<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-272337987890703271</id><updated>2011-07-28T23:09:03.731+02:00</updated><category term='12/03/07'/><title type='text'>ROMAN/LE COUP DE CHAUD (JL GANTNER)</title><subtitle type='html'>Un roman d'amour, ou plutôt... l'expérience d'une idée amoureuse sous la forme absurde du temps qui passe
loin de tout ce qu'on a aimé vraiment. Un véritable inventaire sur le mode de la digression.Un voyage au sens géographique, environnemental et social du terme. Tout ce qui se passe sur un plateau de cinéma, mais hord du champ des caméras</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>jean-Luc Gantner</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://1.bp.blogspot.com/-mRvgoJL0ohM/TX8U-FgjFwI/AAAAAAAAEbo/VZoUQW5Bq_c/s220/photomobile%2B0.jpg'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>15</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-272337987890703271.post-4171542725244856675</id><published>2008-02-01T16:54:00.010+01:00</published><updated>2009-08-27T09:18:58.326+02:00</updated><title type='text'>LE COUP DE CHAUD/CHAPITRE I</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Un roman...  Sacré &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_1"&gt;Tony&lt;/span&gt; ™ ! Un roman... ou une somme de lignes superposées au mouvement de l'air ambiant. Un de ces procédés écologiques pour dire la couleur verte qui lui coule dans les yeux au lieu d'une industrie lourde incapable de la distraire vraiment. Un roman... disons plutôt un inventaire... une correction à la volée d'un vieux manuscrit laissé pour compte par faute de temps, l'été 2003. Le coup de chaud... où ce qui arrive à force de prendre des douches froides au travers du cadre strict d'une météo de merde. Le coup de chaud ou une façon de décliner un paquet d'histoires anciennes, des engrenages, la mécanique rouillée des passions en retard. L'effort illuminé d'en découdre avec ses vieilles leçons de voyages, les malles défaites un peu partout dans le coeur de gens admirables et réconfortants. Le coup de chaud... comme on dirait : de La poésie, le cinéma... un tas d'emmerdements à la fin. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les héros populaires de demain ne seront ni tragiques, ni grandioses. Ils auront été prudents, avisés, habiles au compromis et soucieux d’éviter les affrontements inutiles.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_2"&gt;Luc&lt;/span&gt; &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_3"&gt;Rosenzweig&lt;/span&gt; &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center; font-weight: bold;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;"LE COUP DE CHAUD"&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;PENSÉES, POÉSIES ET AUTRES  EMMERDEMENTS&lt;br /&gt;JEAN-LUC GANTNER&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Timeo hominem unius libri&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Je crains l’homme d’un seul livre… et la chaleur un p’tit peu aussi !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;AVANT-PROPOS&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Un milliard et demi d’années après le &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_4"&gt;big-bang&lt;/span&gt;, la vie est apparue sur terre — un peu chaude en ce &lt;span class="blsp-spelling-error" id="SPELLING_ERROR_5"&gt;temps-là&lt;/span&gt; — sous la forme d’un individu primitif, indépendant, immortel et asexué. Un être archaïque, dépourvu d’intelligence et totalement aliéné à son programme de survie dans le grand bouillon originel. Une étrange et infime créature aquatique unicellulaire et auto reproductrice, notre ancêtre… Vouée sans le savoir à l’élaboration des conditions de vie du règne moderne des vivants. Tout ça pour en arriver là !&lt;/span&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’avais d’abord prévu d’entreprendre le lecteur dans la perspective de lui soumettre un portrait magnifique, la photographie singulière et précise d’un premier rôle idéal ; une toile, habilement élaborée sur le sujet d’une forte nature aux traits caractéristiques et bien pensés... L’idée d’une bonne tête plantée sur un beau paysage, le tout interagissant comme un ensemble absolument compatible et circonscrit par la lice familière. Oui, le genre de tête qui plairait à tout le monde dans son décor de littérature balnéaire et honnêtement relié. Le genre de type plutôt résolu dans ses bonnes manières et qui correspondrait parfaitement à son accoutrement estival.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et voilà que j’avais alors détecté mon homme... ce personnage qui ferait l’affaire à coup sûr, le protagoniste idéal qui garantirait la recette : ce René Barthélemy et son nom plutôt facile à retenir, son occupation que je lui trouvais plutôt bien cadrée à mon dessein. Un ingénieur diplômé de l’ancienne et prestigieuse école supérieure d’électricité, notoirement réputée aujourd’hui sous la dénomination abrégée en &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Supélec&lt;/span&gt;(X)... Ce René Barthélemy... et la date historique à laquelle on devait rattacher son nom : la date du 14 avril 1931 où l’on tenta en France cette première expérience de télévision. En réalité le fruit d’une vive collaboration entre la science inédite des laboratoires de Malakoff... et la politique industrielle agressive de la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Compagnie des compteurs&lt;/span&gt; à Montrouge (« une bonne boîte » comme on disait alors... Un haut lieu de la résistance française, devenu &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Shlumberger &lt;/span&gt;en 1970, puis démantelé, et transformé par Renzo Piano).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- L’école doctorante fondée en 1894 est dorénavant partenaire d’un réseau d’universités étrangères de très grande réputation dont l’Imperial College London en Angleterre ou la Massachusetts Institute of Technologie aux Etats-Unis (le célèbre MIT... dont il nous faut ici comprendre tout l’intérêt de cet outil de recherche pour appréhender certains des événements qui ne manqueront pas de survenir un peu plus tard).&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Entendez donc que c’est bien par ce fait d’un patronyme assez courant déniché par une sorte de coïncidence, que tout eut dû facilement commencer. L’histoire d’un bon élève en électricité dont il est facile de retrouver la trace dans les archives de la grande école née à l’adresse de la rue de Staël dans le XVe arrondissement parisien, reconnue aujourd’hui comme référence mondiale dans le domaine des sciences de l’information et de l’énergie... René Barthélemy (promotion 1910), pionnier de la télévision. Juste avant René Leduc (1921), un des précurseurs dans le domaine de l’aérospatiale, un autre pionnier... mais dans la chose d’un statoréacteur. Ou bien encore plus tard : Jean-Daniel Boissonnat (1976), le fondateur de la géométrie algorithmique... Tout commençait bien : un héro détaché d’une flopée de génies perfectionnés ou d’hommes d’affaires réputés dans le domaine de leur utilisation adéquat sur les marchés. Le conglomérat parfait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais il faut aussi quelquefois, savoir reconnaître la force d’attraction qui gouverne à nos sens par la voie d’une extraordinaire care intérieure... cette « volonté » dont causait sérieusement Schopenhauer et reprenant Kant au point où il en était resté... ce vrai courant d’idées fixes, une aliénation ; ce diable endémique qui vous tire sans cesse par la queue... Je veux dire : cette actualité qui nous absorbe sans restriction jusqu’à nous tourmenter les os. Voilà si je puis dire, comment les choses véritables et qui vont suivre ont commencé. Un vaste chantier. Le projet d’en découdre avec la trame du jour et les horizons définitifs. Des tas de contradictions océaniques au lieu d’un écueil fade et arbitraire, une montagne de convenances hédonistes (au sens ethnologique du terme). L’idée d’une humanité d’abord mise en scène sur les quais du jeu minable de la bonne intelligence confondue dans la raison d’état, la voie d’une géométrie perfide comme corollaire de nos troubles anxieux, du sang tourmenté de nos fleuves intérieurs. Alors voilà, Jules Chaumont m’est apparu comme ça ; à l’instant d’une effluve, une émanation tragique qui passait par là. Ce scolopendre, oui cet arthropode, cette bête liminaire... cette chose repoussante baignant tout à fait en son dispendieux climat. Jules Chaumont... remplaçant au pied levé ce précieux Barthélemy dont on parlait à l’instant. Qu’on puisse alors me pardonner cette première digression, à cette heure maintenant où vous voudrez bien m’entendre sur le point de vous exposer le personnage et son rôle en tout points conformes à ma tentative de démonstration.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;CHAPITRE 1&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;L'ELLIPSOÏDE DE CLARKE&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le projet de Jules Chaumont, et parce qu’il faut bien parler pour commencer du formidable projet qui engage la notoriété de ce récit... consiste à rejoindre l’endroit d’une courbe de niveau mesurée pour le compte du service de la documentation nationale du Cadastre.  Un point très précis d’une nature forestière banale reproduit sur un document photogrammétrique révisé en 1993. Le projet, en réalité plutôt scabreux... de retrouver cette « foutue » courbe de niveau surlignée en rouge sur une carte à l’échelle 1:25000e et qui ne ressemble à rien de forcément convaincant à l’épreuve d’un véritable relief observable sur le terrain. C’est tout du moins ce que Jules pensa tournant et retournant dans le périmètre tout à fait abstrait pour lequel le fonctionnaire eut encore à estimer le prix, la valeur foncière... la possibilité d’un tarif fiscal approprié au lieu et à la circonstance. C’est-à-dire que cette personne d’un Jules Chaumont tout occupé à cogiter sur la chose topographique et planimétrique... ne pensa pas tout de suite aux dispositions du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;décret 94-1112 du 19 décembre 1994, qui prévoyait l’obligation pour les communes de plus de deux mille habitants, de communiquer au CDIF tous les changements affectant la dénomination des voies et leur numérotage&lt;/span&gt;. L’agent, géomètre titulaire qui avait aussi beaucoup progressé dans l’ordre des hauteurs de son administration, ne pensa pas plus à &lt;span style="font-style: italic;"&gt;l’effet Barnum&lt;/span&gt; et tout le cirque qui avait fini par s’imposer à la télé depuis le début des années quatre-vingt. Jules ne pensa pas plus au &lt;span style="font-style: italic;"&gt;paradoxe de Condorcet &lt;/span&gt;qui foutait un peu le bordel dans les sondages d’opinions, et jusque dans le détail de ses propres jugements. (Jules avait lu la formule quelque part, mais n’avait pas réussi à tout déchiffrer dès la première lecture !)&lt;br /&gt;Du même coup, l’homme, le salarié du corps d’état précité, avait alors abandonné la probabilité tout à fait négligeable qu’il aurait un jour de gagner au loto alors qu’il n’y jouait jamais (7.10-8 s’il avait fait l’effort d’essayer au moins une fois juste pour voir ! soit : 1 chance sur 14 millions d’obtenir une grille de 6 numéros) ; le vrai coup de bol, tout de même un peu plus vraisemblable de réussir pour une fois, juste une fois... à emporter le gros lot ; cette veine inouïe de faire enfin fortune... multipliable par le nombre infini de raisons de se ruiner les neurones en conjectures grotesques avant d’accéder à cette sorte d’agrément trivial... l’assurance en réalité, d’une addiction vicieuse qui ne manquerait pas de lui pourrir la vie à l’instant même où il mettrait le doigt dedans... celle surtout qu’il prévoyait de finir parfaitement idiot comme ces millions de types qu’il croisait dans les queues chaque jour chez les buralistes des galeries marchandes.  Tous ces types le regard vide et leurs occupations affligeantes. Cette foule inutile du grand invariable. Oui, « &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Je te salue, vieil océan !&lt;/span&gt; » disait sur une autre vague cet improbable conte de Lautréamont.&lt;br /&gt;Jules avait encore réfléchi à cela, aux biens commodes, à la raison économique... jusqu’à ce qu’il trouve finalement absurde cette sorte de raisonnement forcément arbitraire qu’il se faisait à propos des jeux de hasard et du drôle de débordement des gens lorsqu’il s’agissait entre eux d’aborder les questions d’argent. Le capital, les actifs... le patrimoine. Le cadre de la fonction publique ne jugea pas nécessaire de s’étendre en ce trop vaste champ d’investigation sur la nature humaine, mais pensa plutôt aux effets de la rémanence rétinienne sur le cerveau (Jules y pensait souvent !) à ce qu’il croyait quelquefois qui s’était déjà produit et qui ne manquerait pas de se reproduire à nouveau ; à cette délicieuse illusion de posséder plusieurs vies et l’hypothèse de pouvoir corriger ses erreurs dans celle d’après (à la douce prémonition d’en avoir plusieurs comme les chats. L’idée le rassurait un petit peu !) Aux &lt;span style="font-style: italic;"&gt;particules élémentaires&lt;/span&gt;… au rayonnement tellurique émis par les roches et aux émanations incompressibles de radon ; à la radioactivité propre du corps humain (soit : 0,25 milli Sievert sur une dose totale annuelle d'exposition estimée à 3,5 mSv par personne vivant en France entre la fin du vingtième et le début du vingt-et-unième siècle), à ces quelques huit mille becquerels de radioactivité naturelle, ces huit mille désintégrations atomiques par seconde qu’on se prenait dans la gueule depuis le début des temps de l’ère humaine, et sans que ça ne déclenche la moindre manif. Pire, à croire Jules, les meilleurs spécialistes évaluaient par exemple à 0,001mSv la dose reçue par le fumeur d’une seule cigarette pendant qu’une centrale nucléaire n’était responsable que pour une quantité d’environ 0,002mSv/an... (Jules râlait tout de même contre la politique regrettable d’enfouissage des déchets radioactifs sous les plages normandes ou dans la campagne auboise, autant que du manque de transparence des organismes de santé publique dont l’affaire de Tchernobyl en 1986 avait constitué la preuve incontestable de cet état d’esprit). Jules gambergea encore sur une utilisation possible de ce qui ne représentait somme toute qu’un peu de poussière d’étoiles comme l’uranium, ou ce carbone-14 capable de mesurer comme le temps passe... (parce que le temps passe toujours ! et comme disait toujours le père de Jules, « Après la pluie… ») Jules avait surtout réfléchi aux rayonnements gamma un peu fort au sommet des montagnes (mais ce type-là n’aimait pas forcément ces hauteurs considérables, leurs parois abruptes... et Jules avait sûrement ses raisons !) Il pensa à toute la terre baignée dans son flux de radiations naturelles, aux particules de très haute énergie qui nous tombaient dessus sans prévenir ; aux neutrinos (des particules de masse nulle et sans charge électrique) qui nous transperçaient en permanence et tout l’univers avec ! (Jules trouvait ça absurde, vraiment magnifique !…) Oui, Jules Chaumont pensa tout à coup aux rayons cosmiques qui nous tombaient dessus à un rythme effrayant, et ça ressemblait à un immense feu d’artifice au ralenti. Il pensa aux feux d’artifices au ralenti dans les films, aux premiers films en technicolor ; aux milliers de couleurs qui exposaient la pellicule, comme la peinture explosait en mille nuances au crépuscule ! Jules pensa au crépuscule et aux champignons nucléaires… à tous ces trucs reliés entre eux sans qu’on ne puisse en déceler le sens véritable… à tous ces trucs surprenants qui nous arrivaient du ciel et que certains prenaient pour Dieu. Jules pensa à la couleur, aux belles couleurs du monde qui nous entoure (et il ne se souvint pas y avoir autant pensé auparavant !)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et Jules Chaumont pensa encore à la couleur du ciel, de la terre et de la mer aussi… un bleu outremer pour commencer ! aux quatorze mille quatre cent tonalités chromatiques du catalogue d’Eugène Chevreul, à toutes les nuances que l’œil était capable de distinguer, aux centaines de millions de couleurs qui s’affichaient sur nos écrans d’ordinateurs alors qu’on ne pouvait pas en distinguer plus de cent mille… des couleurs qui ne servaient à rien, mais c’était quand même assez joli et on ne pouvait plus s’en passer ! Jules pensa aux manuels d’enluminure du moyen âge qui en comptaient bien moins, un minimum. Il pensa au minium, au rouge cinabre dans l’art pictural florentin, celui de Pise et à Venise aussi, et c’était quand même assez beau…  À l’indigo oriental (celui de Baghdad), à l’orpiment, aux vessies de blanc de plomb et de jaune de nappes (des vessies qu’on trouvait chez Mme Haro). Jules pensa encore aux vieux marchands de couleurs disparus, au commerce de la teinture, à la guerre des colorants ; à l’antique vertu de la pourpre, aux couleurs artificielles qui la remplaçaient aujourd’hui et c’était tellement dommage ! À la lumière visible, à l’invisible… à l’abstraction de la couleur dans la nature, à la couleur du monde et à toutes ses apparences tragiques… aux longueurs d’ondes, à l’énergie électromagnétique... aux instruments qu’on ne cessait d’inventer pour mesurer les couleurs fondamentales et le gris aussi ! à la constance du gris de nos villes, à la dominante du gris dans la vie moderne, sa tonalité grisâtre, l’absence de couleurs du monde moderne, ou le peu qu’il en resterait dés qu’un régime politique essayerait de s’en charger. Jules pensa au mélange arbitraire des couleurs primaires dans l’industrie du marketing occidental et à la télévision surtout !… au grand blanchiment, au grand lessivage des idées pour commencer... et du noir pour continuer ! au noir idéal… du noir de carbone pour tout absorber. Un noir idéal !… Jules Chaumont pensa à ces choses-là et à d’autres auxquelles il avait décidé d’y réfléchir plus tard, parce qu’il avait un peu chaud et qu’il devait d’abord bien regarder où il mettait les pieds. À l’inverse, Jules ne jugea pas nécessaire d’évaluer l’ensemble de verts dissonants culbutés sous les hêtres, mais comprit aussi qu’il aurait à s’en soucier largement à l’heure où il serait enfin sorti de ce bourbier, et complètement décrassé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour tout vous dire... Jules se tritura encore l’esprit à propos de la pollution, des gaz à effet de serre, du réchauffement de la planète et du protocole de Kyoto dont il avait entendu parler à la télé ; il pensa aux américains et aux russes qui n’avaient rien voulu savoir pour signer ; il pensa au sommet de la terre à Rio... Un sommet au raz des plages, bondées de touristes allemands… bondées de putes, de patrouilles de flics et de petits voyous qui ne valaient pas mieux. Rio, ses belles plages tropicales, son climat chaud et humide difficilement supportable en été. Rio, ses filles refaites et ses touristes aussi !… bourrées au silicone, piquées à mille deux cent euros les trois passes de Botox. Rio, ses plages un peu chaudes, bon, passons ! Jules pensa aux nombreuses réunions politiques internationales sur la dégradation du climat, ces belles paroles prononcées dans la mégapole brésilienne et à Johannesburg ensuite. Jules y pensa, comme il pensait toujours à beaucoup de choses ; il y pensa comme tout le monde regardait le journal à la télé, mais seulement parce qu’il avait un peu chaud ce jour-là ! il y pensa comme tout le monde y pensait chaque jour un peu plus depuis le début de l’été 2003…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jules essuya la transpiration qui perlait à grosses gouttes sur son front mêlé de pluie, s’épongea encore une fois, mais ça n’y changeait rien !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le fonctionnaire mit un certain temps pour matérialiser la dite courbe de niveau sur le terrain. Repensa d’emblée à l’effet &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Koulechov&lt;/span&gt;. À l’invention « du montage au cinéma » au « collages » politiques de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Godard&lt;/span&gt;, à tout ce qu’on pouvait coller l’un à côté de l’autre sans le moindre souci du bordel que ça posait dans les esprits simples de la majorité consentante. Le cadre supérieur s’enfonça plus loin à l’intérieur du bois de Palluau et spécula sur plusieurs directions qu’il pourrait encore prendre pour se sortir de ce merdier ; décida finalement de revenir sur ses pas, fit plusieurs va et viens pour retrouver sa trace, mais la pluie avait déjà tout effacé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/272337987890703271-4171542725244856675?l=lecoupdechaud.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/feeds/4171542725244856675/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=272337987890703271&amp;postID=4171542725244856675' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/4171542725244856675'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/4171542725244856675'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/2008/01/roman-le-coup-de-chaudpremire-partie.html' title='LE COUP DE CHAUD/CHAPITRE I'/><author><name>jean-Luc Gantner</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://1.bp.blogspot.com/-mRvgoJL0ohM/TX8U-FgjFwI/AAAAAAAAEbo/VZoUQW5Bq_c/s220/photomobile%2B0.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-272337987890703271.post-4318671792334239302</id><published>2008-01-02T17:50:00.004+01:00</published><updated>2009-02-25T16:27:33.374+01:00</updated><title type='text'>LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE II</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:130%;" &gt;CHAPITRE 2&lt;/span&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:130%;" &gt;&lt;br /&gt;EXCRÉTION AMOUREUSE&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Deux corps flambants d’ardeur et d’amour fou s’étaient promis la construction d’un monde atypique et simplement modelé à leur image. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Un caractère amoureux typique&lt;/span&gt;, mais développé dans des mesures tout à fait considérables. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Une simple tentative de rapprochement cellulaire,&lt;/span&gt; mais dans des proportions   cosmiques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Il y a 65 millions d’années : Une astéroïde de taille et d’allure respectable à l’échelle de l’univers, mais apocalyptique pour un coléoptère, un agaricacée ou toute autre forme de vie sur terre. Un caillou aux allures de conquistador cosmique... oui, se prit d’amour fou pour cette drôle de toute petite planète d’un peu moins de 13000 Km de diamètre... oui, cette terre là, ce vieux morceau de nébuleuse, cette simple masse de gaz poussiéreuse et probablement détachée d’un simple coup de soleil, disons... il y aurait 4,5 milliards d’années...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ce météorite donc ! s’enticha de cette fonderie hautement énergétique, cette fournaise. Et provoqua son embrasement immédiat... une nuit si fougueuse, frénétique ( « volcanique » ne serait pas forcément inopportun dans ce contexte précis !...) que toute espèce, sous-espèce, genre ou sous genre de toutes les familles du monde, ont ainsi été privés de tous les projets que leurs parents avaient lentement, amoureusement, laborieusement, douloureusement, élaborés pour eux. Massacrés, exterminés, rayés des cartes, évincés à tout jamais de la grande histoire du grand livre du monde. À cause d’un simple fichu morceau de caillou. (Une simple saloperie de putain de morceau de caillou...)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La grande affaire de l’attraction de la matière pour quelques natures des forces extérieures qui l’entourent. Cet étrange besoin de fusion des corps célestes, passé un certain seuil de rapprochement... composait à la taille minuscule des relations humaines, les exemples les plus tragiques d’une sorte de dégénérescence universelle programmée pour foutre un sérieux dans le monde des sentiments amoureux et de la perception du monde sensible en général.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un juste retour des choses adressé à « l’homme d’affaires » du dessus et plutôt très arrêté sur l’idée du mariage, des alliances irrévocables, des accouplements définitifs. Un type bloqué à mort sur l’idée d’une fusion globale entre des êtres faits l’un pour l’autre depuis le départ. Le truc du mec incapable de laisser le moindre champ libre à la discussion sur le sujet des histoires de cul et qui ne seraient pas toujours obligées de finir dans le mur. Un vrai caractère de cochon de ce côté-là ! Le mec borné de chez borné. Un jeu des « Mille bornes » à lui tout seul ! Le genre de joueur qui tire toujours les bonnes cartes. Un as du volant. Le genre qui crève jamais. Un type, le genre qui sait tout sur tout, qui ne se laisse jamais déborder sur les côtés. Un directeur de firme moderne, pour la paix dans le monde et l’arrêt immédiat de toutes formes d’hostilités qui pourrissent la vie des gens, mais bourré d’idées pour soutenir les guerres de tranchées, les conflits d’intérêts ; déclencher des luttes intestines, la concurrence déloyale et les rivalités de tout poil à une échelle astronomique. Un chef d’entreprise militant du parti socialiste, mais qui préfère quand même la droite pour ramener un peu d’ordre dans les rangs syndicaux des usines. Un dirigeant social-démocrate de nature chrétienne assez ostensible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marie aurait dû se méfier, Marie n’aurait pas dû, Marie aurait dû consulter son horoscope ce matin-là ! Marie aurait dû se méfier de l’eau qui dort, avant de se jeter dans le bain, Marie aurait dû, avant qu’il y ait de l’eau dans le gaz. Marie... aurait dû déguerpir. (Les filles savent bien quelquefois qu’elles devraient, juste avant que le pire ne finisse par leur tomber dessus… mais les filles ont besoin d’amour, c’est comme ça ! d’une petite flamme qui brille chaque jour pour elle, d’un regard sur elle, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;qui s’accorde chaque jour à ses désirs.&lt;/span&gt;.. aurait aussi pu dire André Bazin. Une dépendance sans espoir, une regrettable addiction du sexe « faible » qui ordonne la grande mécanique de l’univers à l’image de son horoscope dans les magazines féminins).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;VIERGE (23 août - 22 septembre) Le cosmos sourit enfin à vos amours. Le ciel vous aide à vous reprendre en mains grâce à Mercure prêt à en découdre avec Pluton. Chassez vos idées noires, n’écoutez pas Saturne.... Vénus est amoureuse, faites comme elle ; c’est l’heure d’une rencontre qui peut changer votre vie. Bref, le ciel vous sourit, profitez-en ! JOUR DE CHANCE : 21 juillet.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bon d’accord ! Marie « n’aurait pas dû » lire son horoscope, pas celui-là, pas ce matin-là, pas ce 21 juillet de l’année 1964 ! Une année propice aux rencontres astrales les plus farfelues. Une conjonction planétaire biscornue, qui entraînerait pêle-mêle : La remise du prix Nobel de la paix à Martin Luther King qui luttait pour l’égalité des droits entre les noirs et les blancs, et la condamnation à la prison à vie de Nelson Mandela qui se battait pourtant exactement pour la même chose. La consécration de Robert Rauschenberg à la biennale de Venise pour ses « combines ». La destitution de Nikita Khrouchtchev et son remplacement à la tête de l’URSS par Léonid Brejnev. Le décès de Maurice Thorez, premier secrétaire du parti communiste français. La fermeture définitive du dossier Warren avec la conclusion d’une culpabilité assurée et sans équivoque d’un certain Lee Harvey Oswald dans l’affaire de l’assassinat du président John Kennedy. Le triomphe des Beatles au hit-parade américain et dans le reste du monde disposant au minimum d’une radio susceptible de recevoir les grandes ondes à ce moment-là. Le combat légendaire du boxeur Cassius Clay pour la ceinture mondiale, Cassius Clay, plus connu sous le nom musulman de Muhammed Ali. Une année totalement extravagante, oui, qui vu naître en France l’actrice Béatrice Dalle, et la sublime Maggie Cheung à Hong Kong ; le futur champion cycliste espagnol Miguel Indurain et la star du porno Rocco Siffredi. J’en oublie forcément ! des naissances, une multitude d’événements comme La création des FARC en Colombie. L’inauguration du plafond de Chagall à l’opéra de Paris ou bien encore le transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon. Rentre ici jean Moulin... Toi et ton terrible cortège... Jean Moulin, Béatrice dalle, Muhammed Ali, Nikita Khrouchtchev... Je ne fais que reproduire ici cet inventaire de péripéties, ce catalogue de coïncidences, de circonstances atténuantes pour tenter d’expliquer tout ce qui suit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une année pauvre pour le cinéma français ( &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le mépris&lt;/span&gt;  &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Et mes fesses ? Tu les trouves jolies mes fesses ?...&lt;/span&gt; datait de l’année précédente, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La religieuse&lt;/span&gt; ne serait tourné que l’année suivante. Notons toutefois, et l’affaire est loin d’être négligeable, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les parapluies de Cherbourg&lt;/span&gt; de Michel Legrand&lt;span style="font-weight: bold;font-size:78%;" &gt;1&lt;/span&gt; véritable OVNI dans la cinématographie nationale française).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-1- On avait tirer un trait rouge à la règle sur le nom de l’auteur de la musique du film et inscrit dans la marge le nom de Jacques Demy.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette année-là : Le monde en question n’était qu’à peine remis de cette image sanglante de John F. Kennedy dans sa belle voiture de fonction, la cervelle explosée sur le Chanel tout neuf de sa femme la mieux mise de son époque… (Je veux dire par là : la plus élégante, la mieux habillée de son temps. Une dame, une épouse disposant de tous les moyens nécessaires à son accoutrement de luxe et à ses bonnes manières pour épater la galerie du monde libre et civilisé). Une époque... qui pleurait encore le suicide de Norma Jean Mortenson, dite Marylin Monroe (une actrice, une blonde qui couchait avec tout le monde – entendez bien le cliché ! – avec tout le monde et y compris avec son gentil président américain écervelé). Yves Klein, lui, était mort depuis deux ans, qui cherchait une symbolique universelle intégrant l’homme au cosmos par la théorie de la couleur pure et absolue. Henri Cartier-Bresson&lt;span style="font-size:78%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;2&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; retournait au Mexique photographier l’anniversaire de la mort d’Emiliano Zapata.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-2- HCB, Né en 1908. Neveu de Louis Cartier-Bresson, prix de Rome 1910 ; études au lycée Condorcet, n’obtient pas son baccalauréat ; fréquente le café de la place Blanche où il subit l’influence des surréalistes (André Breton, Louis Aragon, Max Ernst) ; étudie la peinture avec André Lhote, voit les films d’Eisenstein et de Griffith ; séjour à Cambridge ; vit de la chasse en côte d’ivoire ; achète enfin un « Leica » en 1932 et part voyager en Europe ; Continue de parcourir le monde ; revient en France photographier les congés payés, rencontre et travaille avec Jean Renoir ; épouse une danseuse Javanaise, travaille pour les communistes au journal « Ce soir » ; part à la guerre comme tout le monde ou presque en 40 ; prisonnier pendant 3 ans ; reprend ses boîtiers à la libération, s’affranchira plus tard de l’étiquette de photographe surréaliste grâce à son ami Robert Capa en fondant la célèbre agence coopérative « Magnum » à New-York ; continue de faire le tour du monde, publie régulièrement dans « Life magazine », épouse Martine Franck, sa seconde femme ; lâche la photographie pour le dessin ; rencontre et collaboration fructueuse avec Robert Delpire ; rétrospective géante à Beaubourg 2003.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les dunes gigantesques du plateau d’Alashan avançaient inexorablement sur les ruines de Khara Khoto, la ville noire légendaire conquise par Gengis Khan en 1226 et rendu au sable de Gobi dans un bain de sang par les Ming, un siècle plus tard. (Une expédition occidentale dirigée par les géologues Allemands Dieter Jäkel et Jürgen Hofmann découvrira la région en 1995&lt;span style="font-size:78%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;3&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-3- A partir de la fin des années 90, la région sera visité chaque année par environ 200 000 touristes du monde entier qui contribueront encore un peu plus à sa désertification.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une passe plus loin (à l’extrémité nord d’un lac saturé de bactéries halophiles qui lui donne une incroyable couleur rouge orangé), une vieille femme nommée Diu Diu, une mongole semi-nomade, jette des feuilles de thé dans une bouilloire. Un geste qu’elle répète tous les jours de l’année 1964, chaque jour, inlassablement depuis 72 ans. Autour de la vieille femme, des chèvres broutent une Armoise &lt;span style="font-style: italic;"&gt;artemisia&lt;/span&gt; une plante réputée vermifuge et abortive, plus couramment connu sous nos climats sous le nom d’absinthe, de citronnelle, de génépi ou d’estragon. Cette année-là : près d’un milliard de musulmans s’aimaient sur la terre. L’année de l’éruption des « Chaumont ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chaumont ? Jules détestait ce nom idiot appliqué à une personne. Chaumont !... Pourquoi pas : Château-Thierry, Brive-la-Gaillarde, Villersexel ou Knokke-le-Zoute ?!... se répétait le fonctionnaire.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/272337987890703271-4318671792334239302?l=lecoupdechaud.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/feeds/4318671792334239302/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=272337987890703271&amp;postID=4318671792334239302' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/4318671792334239302'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/4318671792334239302'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/2008/01/le-coup-de-chaud-chapitre-ii.html' title='LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE II'/><author><name>jean-Luc Gantner</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://1.bp.blogspot.com/-mRvgoJL0ohM/TX8U-FgjFwI/AAAAAAAAEbo/VZoUQW5Bq_c/s220/photomobile%2B0.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-272337987890703271.post-9108806404310405337</id><published>2007-12-03T07:39:00.007+01:00</published><updated>2009-06-18T08:21:01.643+02:00</updated><title type='text'>LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE III</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;CHAPITRE 3&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;DU BESOIN DE CADRES&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;(Et du vide qui risquerait un jour de les emporter avec lui !)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jules, cadre salarié de la fonction publique à la direction départementale du cadastre dans le département de l’Aube. Auquel il faut d’emblée commencer de rajouter Vanessa pour tenter de se faire une idée d’ensemble du tableau final. Une toute jeune secrétaire pour laquelle Jules éprouve depuis plusieurs mois quelques sentiments « honteux ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous sommes le 21 juillet vers la fin de la matinée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Recroquevillée au fond d’un fauteuil de travail ergonomique équipé d’un système de basculement, à vis, mais qui ne fonctionne plus depuis longtemps… Vanessa tente pour la seconde fois de la matinée de se lever pour se rafraîchir la figure au lavabo. Pour la seconde fois, elle hésite encore et se dit finalement que ce serait encore pire après ! Pour la seconde fois... Vanessa replonge alors dans la lecture d’une sorte de traité des formes appliquées à la géographie sociale, une poésie écrite sur le ton un peu naïf d’une rédaction de troisième. La possibilité d’un journal intime, un carnet d’artiste un peu abscond. Des notes manuscrites sur un simple cahier d’écolier (le cahier rouge à spirale). Mais Vanessa a chaud et ne songe qu’aux deux premiers boutons de sa petite robe rose qu’elle voudrait bien détacher pour sentir un peu l’air frais du climatiseur général sur sa peau. (La robe, un vieux rose pâle.) Au dernier moment, La jeune femme s’était souvenue de son simple statut d’intérimaire, estimant plus avisé, de rester les cuisses collées à son fauteuil en sky sous l’effet du paquet de sueur qui coulait de ses seins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Du vide et des formes modernes de l’assurance pour nous en protéger.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Que l’homme se rassure... du monde qui le protège ! Le monde le protège parce que la terre est son berceau, sa nourrice, son garde du corps ; sa mère nourricière, et son océan déchaîné ; son ventre gras, son corps céleste et sa nature profonde ; son huile et sa marne, son grain du large et sa pluie de flots bleus ; sa rose des vents ; son voile devant les yeux, sa reine d’orient ; son soleil ardent et puis ses crises de lunes aussi... Mais l’homme a peur du vide. Une peur ancestrale des abîmes... et ne cesse de circonscrire son champ d’investigation spirituelle à la force de ces peurs immémoriales. Il ne cesse vouloir se barricader contre ce fossé qui l’entoure, contre ce perpétuel précipice qui le borde. Le monde, oui, est un abîme pour l’homme, un maelström, la révélation de mille morts affreuses contre lesquelles il tente de s’assurer... un avenir garanti, un océan infini. L’homme ne cesse de vouloir se prémunir d’un vertige inacceptable pour lui ;de tirer des filets de protection contre le sort d’un monde sensible inquiétant, contre une multitude infinie d’âmes discrètes, de brumes inattendues, de brouillards inopinés sur sa route. L’homme réfute le vide qui l’entoure, comme il dément les formes abstraites, absurdes et surréalistes, repousse les ectoplasmes, les mirages et les vaisseaux fantôme... comme il ne voyage pas sur des bateaux ivres. Ainsi l’homme dévore l’apesanteur et finit toujours par s’effondrer sous son propre poids. L’homme se rempli, oui par trouille ! il « se comble », fait le plein... se rassasie jusqu’à déborder. Cet homme qui comble le vide comme il remplit les fosses septiques. De sorte que nos sociétés modernes à ce point gavées dans l’assurance de leur cadre protecteur infaillible, L’homme moderne à ce point bouffi de murs d’enceinte, de fortifications parfaites, s’assurent en vérité... les conditions d’un échec pitoyable à se comprendre eux-mêmes pour réussir à se sortir de la merde sans l’aide de personne. Une véritable crise d’intestins, un mal de bide permanent.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vanessa, concentrée sur l’hypothèse de ses formes vertigineuses qui la protégeaient encore d’un besoin d’assurance particulière contre le vide du ciel et de tous ses bienfaits comme la pluie un peu rare cette année 2003 depuis le mois de Juin ! n’avait pas remarqué le visage austère et condescendant du cadre supérieur qui l’observait depuis un moment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jules Chaumont, la quarantaine (ce qui ne voulait pas forcément dire grand chose de précis). Sec ! Petit et sec. « L’air con ! » aurait dit Vanessa, si on lui avait demandé son avis. « Chaumont ?... Quel nom absurde pour une personne, pensait la jeune femme. « Chaumont !... » Vanessa se le répétait par jeu. « Chaumont(X)&lt;span style="font-size:78%;"&gt;&lt;/span&gt;, un nom de ville ! » Elle avait vérifié dans le dictionnaire des noms propres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-(X)« Chaumont-sur-Loire » et « Chaumont (tout court... !) ». La première dans le département du Loir-et-Cher ; la seconde dans celui de la Haute-Marne. ha (chaumontais). Carrefour ferroviaire et routier. Centre admin. Et commercial avec quelques indus. En vrac : Église St Jean-Baptiste, peintures de J-B. Bouchardon, viaduc, musée de l’affiche. © 2003 Éditions Dictionnaires Le Robert.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Souvent, les patronymes sont un peu à leurs propriétaires ce que la caricature des chiens est à celle de leurs maîtres. Arrangée d’un nom pareil, Jules Chaumont n’avait pas dû trouver de quoi remuer la queue tous les jours ! Que je vous présente alors cette belle famille d’un coin du département de l’Aube. Jules, que vous connaissez déjà. Et puis Marie, sa mère, une putain de sacrée belle salope lorsqu’elle était jeune. Quant au père, je ne sais pas trop quoi vous dire pour que vous me compreniez bien. Tony. Et peut-être est-ce déjà suffisant ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme à son habitude, l’autorité supérieure adjointe au planning général du service des mesures avait rejoint le rez-de-chaussée par l’escalier de service, préférant cet exercice physique plutôt sain pour la santé à celui d’une aventure aléatoire en ascenseur. « Avait-il besoin, lui, Jules Chaumont, cadre émérite du département troyen de la grande administration fiscale… de voyage précaire et d’aventure ? » N’en avait-il pas déjà assez fait comme ça avec son diable de père, toute son enfance, avant que ce parasite ne finisse enfin par crever tout seul dans sa cave comme un con ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque le chef de service arrive à la hauteur de la secrétaire d’accueil intérimaire, il est donc près de midi ce jour-là. Quatre enceintes nasillardes crachotent ce qu’elles peuvent d’un passage de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Me Butterfly,&lt;/span&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Un bel di vedremo&lt;/span&gt;, quelques notes aériennes, sublissimes de l’acte II du célèbre opéra de Puccini, sans cesse interrompu... &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Butterfly...&lt;/span&gt; par des annonces personnelles... &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Chiamerà Butterfly dalla lontana&lt;/span&gt; et la répétition... &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Butterfly... a un po’ per non morire&lt;/span&gt;. d’un bulletin météo local plutôt favorable (mais il pouvait se tromper, comme la météo se trompe souvent et il est tout de même de notoriété publique qu’il faut constamment s’en méfier...) &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Tutto questo avverà, te lo prometto. Tienti la tua paura, io con sicura fede l’aspetto&lt;/span&gt; pour le restant de la journée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-Je l’entends « Butterfly » sans qu’il me voie !&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-Et pour ne pas mourir de joie&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-Tout celà adviendra, je te l’assure ! Sois désormais sans crainte ! Moi, du profond de l’âme, j’ai foi.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vanessa, qui préférait la musique des PINK FLOYD aux ambiances de supermarché, décrocha un mouvement de tête blasé, mais poli, sur un rythme tout à fait indépendant du brouhaha Puccino-fortissimo-météo-nasillard qui flinguait l’acoustique du hall d’accueil. Une prouesse, en vérité bien aidée par son iPod 40GO à 549 euros pièce et ses écouteurs enfoncés dans le crâne, capable d’embarquer quelques dix mille morceaux gratuits dans son disque dur de quelques grammes seulement. Un exploit qui étonna réellement l’habitué des escaliers de service.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Ces seins ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce 21 juillet un peu chaud depuis le début de la matinée maintenant passé de dix heures, Jules Chaumont fait la gueule à cause des seins de Vanessa. Il y pense depuis la sonnerie du réveil, depuis son bol de café au lait consciencieusement préparé la veille pour ne pas être en retard au bureau, et très doucement ingurgité pour ne pas risquer de s’étrangler. Ce serait con !… Il pense aux seins de Vanessa, parfaitement incapable de se concentrer plus de trois cases d’affilée sur le planning des tâches du septième et de l’ensemble des étages subordonnés dont il est en charge. Un planning qu’il rectifie pour la énième fois à haute voix devant sa mixture de céréales diététiques. Un assortiment de croix en tout genre, de toutes les tailles, couvertes d’une large gamme de couleurs primaires impeccables. L’ensemble réparti en groupes et sous-groupes (les emmerdeurs et ceux qui ne tarderaient pas à le devenir !) Des croix très adroitement distribuées sur une grille pro format, et repliée deux fois sur elle-même pour tenir à l’intérieur de son agenda personnel. Une sorte de composition magistrale qui avait fait la bonne réputation du fonctionnaire appliqué, et donnait à ses yeux un sens irréfutable au monde réel. Une géométrie arbitraire invariable, comme dans les plus beaux films de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Murnau.&lt;/span&gt;. ou les montages idéologiques de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;S. M. Eisenstein&lt;/span&gt; (quoique Jules Chaumont n’aurait pas pu résister bien longtemps à l’analyse critique de la théorie des conflits, dans le cadre développée par l’orientation prolétarienne et révolutionnaire de l’art soviétique des années 20). Jules s’intéressait beaucoup au cinéma et aux lois obscures qui l’enfermaient dans son cadre stricte, mais s’était arrêté aux tout premiers films parlant, bien avant la couleur et le cinémascope faute de ne plus réussir à classer ces nouvelles catégories dans le fouillis post-Lenniniste-muet-noir &amp;amp; blanc qui s’émancipait. Avant surtout, que ne soit portée à la connaissance du public cette spécificité esthétique militante, fournie par les bolcheviques, leurs « conflits » et leur débauche de condensés temporels contradictoires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le cinéma muet était la seule véritable concession qu’il avait bien voulu faire à l’art moderne et à son luxe de moyens artificiels pour s’employer à ne plus rien dire de très intéressant. Le fonctionnaire en avait rempli des pages entières. Du cinéma tiré à la règle d’écolier dans ses cahiers rouges à spirale et lui servaient aussi d’agenda. Des colonnes de noms, de dates, et d’annotations diverses... &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Melies&lt;/span&gt; - &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Sjöstrom&lt;/span&gt; - &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Marcel l'Herbier &lt;/span&gt;- &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Fritz Lang&lt;/span&gt; - &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Abel Gance&lt;/span&gt; - &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Sternberg&lt;/span&gt; - &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Griffith&lt;/span&gt;- enfin, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Koulechov(X)&lt;/span&gt; et &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Vertov(X)&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt; &lt;/span&gt;renvoyaient à un commentaire sommaire en fin de paragraphe par le procédé typographique d'un signe de croix.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-(X) Lev Koulechov 1924 Les aventures extraordinaires de Mister West au pays des soviets.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-(X) Dziga Vertov, Le kino pravda de Lénine, (même année).&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Chaplin&lt;/span&gt; - &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Larsen&lt;/span&gt; - &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Machin&lt;/span&gt;... La liste s’étendait jusqu’à l’année 1927 où un trait rouge au crayon gras soulignait &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le chanteur de jazz&lt;/span&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;d’A. Crosland&lt;/span&gt;. Une liste définitive qui s’arrêtait comme ça sur le titre du Premier film sonore de l’histoire. Passé cette ligne, l’almanach ne relevait plus rien d’autre concernant le cinéma qui avait suivi cet exploit technique. Une impasse radicale sur les cinq années de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;l’âge d’or français&lt;/span&gt;, et son triomphe définitif face aux expériences esthétiques décadentes des années folles, celles des surréalistes surtout ! et de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Bunuel &lt;/span&gt;en particulier… L’avènement d’une &lt;span style="font-style: italic;"&gt;expression narrative&lt;/span&gt; et d’un &lt;span style="font-style: italic;"&gt;réalisme poétique&lt;/span&gt; couronné d’un succès populaire sur les écrans parlants, et la formidable victoire du front populaire en France aux élections de 1936 grâce à l’union de la gauche et à la bonne bouille de Léon Blum... taisaient un processus en marche d’une nature inimaginable fomentée dés 1933 avec l’arrivée de Hitler à la tête du IIIe reich. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Lois antisémites en Allemagne puis dans l’Europe entière… Annexion de l’Autriche, invasion de la Pologne, et pour finir... l’extermination systématique de 6 millions de juifs par les nazis et leurs alliés. Treblinka, Sobibor, Auschwitz-Birkenau&lt;/span&gt;… oui, auront contribué à l’enterrement définitif des courants alternatifs et dissidents du début du XXe siècle. Le cinéma s’était mis à parler juste au moment où le monde avait compris qu’il valait mieux fermer sa gueule une fois pour toutes ! Fin de l’histoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce cinéphile de Jules Chaumont, qui n’allait jamais au cinéma à cause du noir et de la promiscuité, mais lisait à peu près tout ce qui s’y rapportait d’un peu théorique et susceptible d’un classement dans ses registres bien soignés... retint tout de même cette date funeste de 1933, celle de la sortie en salle du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;King Kong&lt;/span&gt; réalisé par Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack... L’année ou le cinéma commença à savoir fabriquer des monstres affreux pour faire peur à tout le monde et nous les feraient payer de plus en plus cher à l’entrée… Où comme le disait Godard... « mais Godard avait dit tellement de choses déjà ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bref, au jeu des colonnes et des croix ! Jules Chaumont était le chef, et rien ni personne sur son terrain de prédilection n’aurait su ou même seulement oser tenter de lui damer le pion. Une réputation de joueur, international. Le J. Edgar Hoover de la répartition des tâches. Peut-être un jour, reconnaîtrait-on d’ailleurs en haut lieu les véritables capacités du cadre émérite de la brigade départementale foncière troyenne, au point que le dénommé Chaumont finirait un jour secrétaire d’état de la planification générale ou même ministre. Oui, qui sait ? Jules y pensait quelquefois, qui inscrivait ses états d’âme sur les pages réservées aux notes personnelles à la fin de son agenda. Les jours de pluie surtout ! ces jours pisseux d’un crachin en plein été qu’ils détestaient par-dessus tout. Ces putains de saloperies de jours poisseux qui foutaient en l’air l’hygrométrie intérieure des bureaux et dégueulassait le hall d’entrée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Emprunté aux lois classiques du 7e art, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;à la dramaturgie de la forme filmique dans le constructivisme russe et en particulier chez Eisenstein&lt;/span&gt;... le raisonnement du chef de service était des plus simples : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Un conflit&lt;/span&gt; permanent à régler. Une arithmétique du mouvement à circonscrire dans la limite de la fluidité cinématographique spécifique aux bandes muettes, et ça ne s’arrangeait vraiment pas avec le temps. À vrai dire, toute une manière de se foutre les syndicats à dos. Le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;contre champ&lt;/span&gt; de la belle façon de penser « chaumontaise ». Oui, la perspective d’un &lt;span style="font-style: italic;"&gt;conflit&lt;/span&gt; authentique. Une véritable machine de guerre dressée contre les idées à la con du grand maître des croix du septième.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chaumont et son sens étriqué de la cinétique appliqué aux rapports humains. Jules le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;cinétriqué&lt;/span&gt; par son père (ou ce qu’il restât encore de son estomac déglingué les derniers jours de sa vie !) Jules Chaumont, sa grammaire des relations humaines qui ne se conjuguait qu’à la forme jusqu’au-boutiste de ses principes de cinéma un peu étroits.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Où il n’est certainement pas inutile de revoir la scène (Séquence 14 à 21) — restée célèbre — du grand escalier d’Odessa dans « Le cuirassé Potemkine » en alternance avec les résonnements de Jules Chaumont.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D’une rigueur tout autant déterminée, Jules collectionnait les moindres détails sur l’histoire de la pornographie portée au grand écran, son développement plus tard à la télévision, sur le marché de la vidéo et celui du DVD ensuite… Une multitude de points de vue. Une analyse critique très assidue qu’il pratiquait le soir après le boulot et surtout ses week-ends parce qu’il n’aimait pas la campagne et qu’il avait horreur de sortir par ces temps de chiottes si fréquents dans la région.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eisenstein, le cinéma muet, la pornographie...&lt;br /&gt;Jules en avait donc tirer à la règle quelques conclusions parfaitement calibrées sur un tableau prévisionnel de sa marque. Des signes distinctifs pour toutes les catégories de personnels et dessinés sur la base d’une croix de St André(X), chacune parée d’une couleur de référence plutôt pratique à comprendre. Le bleu pour ceux qui pointaient tous les jours à l’heure et quelque soit le temps pourri prévu pour la journée, et puis les rouges (Tous ceux qui n’avaient pas de quoi s’acheter une montre, ceux qui ne couraient jamais assez vite pour attraper leur bus, les trotskistes (Jules prononçait : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;les trot-x-kistes&lt;/span&gt;), les tire-au-flanc, les emmerdeurs de tout poils...)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- &lt;span style="font-style: italic;"&gt;crux decussata&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;Du mot latin crux, pouvant désigner « l’objet du supplice » (pal, potence ou gibet). Pour le Robert, le mot peut également prendre le sens de « torture morale ».&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vanessa ne s’était toujours pas inquiétée de la moue raide et freinée de son chef de service. La jeune femme fit encore deux ou trois choses machinalement sans même s’apercevoir de sa présence, comme continuer de mâcher un morceau de chewing-gum aux fruits commencé la veille en agitant la tête sur le rythme des Pink Floyd, ou tenter d’essuyer toute la transpiration qui coulait sur son fauteuil en plastique à l’aide du revers de sa robe en dentelles presque entièrement déboutonnée. C’est seulement lorsqu’elle s’aperçut de l’ombre portée en train de dévaler de son épaule pour se répandre sur le clavier de son PC, qu’elle redressa la tête d’un coup. « Oh le con ! ». « Pardonnez-moi, je voulais juste dire, Excusez-moi Monsieur Chaumont. Je... À vrai dire, vous m’avez fait une de ces trouilles ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Ces seins... » Jules se prit des paquets de poitrines féminines en pleine figure en commençant par ceux d’Anita Ekberg dans la fontaine de Trevi à Rome, La scène culte de la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Dolce Vita,&lt;/span&gt; mais préféra tout de suite un plan de Margaret Livingston se recoiffant à la hâte dans une scène de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’Aurore&lt;/span&gt;... « Quelque chose qui voue ennuie Monsieur Chaumont ? »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Non, tout est vraiment parfait » sa nuque brûlée, ses cheveux en cascade sur sa nuque sculptée, ses lèvres assorties à ses grands yeux d’ambre, ses gestes élastiques, son brin d’insolence, l’air oppressant, les gouttes de sueur crevées, la vapeur chaude dilatée en motifs aléatoires sur sa robe. « Je pensais juste... » Le type eut un mal de chien à terminer sa phrase jusqu’au bout... « Vous pouvez m’appeler Jules si vous préférez ». C’était, pensait-il, la moindre des politesses à rendre à cette petite garce, cette petite allumeuse qui avait commencé par foutre en l’air toute sa concentration depuis le début de la matinée. La moindre des choses ! » « Jules... » répondit seulement la pin-up avec des yeux de bonbons écarquillés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Satisfait et tout à fait rassuré par cette faculté « innée » qu’il vérifiait une fois de plus à prendre les décisions qui s’imposaient ; un pli de contentement s’imprima au coin de ses lèvres moites et toutes recroquevillées. Un sacré connard ! abandonna encore en souriant Vanessa qui s’était replongée dans la lecture de son traité conceptuel de géométrie sociale, et concentrée sur les accords majeurs des Pink floyd- &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Goodbye blue sky &lt;/span&gt;-&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vanessa relut :&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ainsi l’homme dévore l’apesanteur et finit toujours par s’effondrer sous son propre poids. L’homme se rempli, oui par trouille ! il « se comble », fait le plein... se rassasie jusqu’à déborder. Cet homme qui comble le vide comme il remplit les fosses septiques. De sorte que nos sociétés modernes à ce point gavées dans l’assurance de leur cadre protecteur infaillible, L’homme moderne à ce point bouffi de murs d’enceinte, de fortifications parfaites, s’assurent en vérité... les conditions d’un échec pitoyable à se comprendre eux-mêmes pour réussir à se sortir de la merde sans l’aide de personne. Une véritable crise d’intestins, un mal de bide permanent.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et s’il osait, aujourd’hui, Jules Chaumont ! Si pour une fois il se laissait aller avec cette petite intérimaire qui n’attendait que ça ?… L’idée lui traversa l’esprit comme un grand vide.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bulletin météo pour la journée du 21 juillet...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Goodbye blue sky - Temps chaud et déjà lourd le matin - &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Did, did, did, did, you see the frightened ones.Did you hear the falling bombs. Did you ever wonder&lt;/span&gt; -Le puissant anticyclone centré sur l’Europe s’affaisse devant une dépression - &lt;span style="font-style: italic;"&gt;why we had to run for shelter. when the promise of a brave new world&lt;/span&gt; - permettant l’arrivée des perturbations atlantiques qui apporteront beaucoup de nuages et d’abondantes précipitations. Ce front pluvieux laissera toutefois la place au retour rapide des hautes pressions - &lt;span style="font-style: italic;"&gt;unfouled beneath a clear blue sky&lt;/span&gt; – De grosses chaleurs encore à venir - &lt;span style="font-style: italic;"&gt;ooooooooooooooooooooooh&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Written by Roger Waters&lt;/span&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;© 1994 Pink Floyd LTD&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/272337987890703271-9108806404310405337?l=lecoupdechaud.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/feeds/9108806404310405337/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=272337987890703271&amp;postID=9108806404310405337' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/9108806404310405337'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/9108806404310405337'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/2007/12/chapitre-3-la-cote-1047-581-son-drle.html' title='LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE III'/><author><name>jean-Luc Gantner</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://1.bp.blogspot.com/-mRvgoJL0ohM/TX8U-FgjFwI/AAAAAAAAEbo/VZoUQW5Bq_c/s220/photomobile%2B0.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-272337987890703271.post-9109298317039759993</id><published>2007-11-04T02:15:00.001+01:00</published><updated>2009-06-18T08:21:33.238+02:00</updated><title type='text'>LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE IV</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;CHAPITRE 4&lt;br /&gt;LA COTE 1047-581&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;(Son drôle d'étang et son micro climat&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque Jules referme la portière de son véhicule de fonction banalisé, l’orage est alors parfaitement accroché au-dessus de sa tête. Jules vérifie encore une fois ses notes au crayon sur la carte au 25000e, boucle sa ceinture, ajuste son rétroviseur et démarre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;La cote 1047-581 de la série bleue IGN N° 2818O est constituée par la pointe supérieure d’un étang marécageux long de 350m environ et large du tiers, culminant  très précisément à une altitude de 149m au-dessus du niveau de la mer. Le Grand étang de Palluau n’est accessible qu’après 1200m d’une route irrégulièrement entretenue mais bien marquée, traversant le bois du grand Palluau depuis le village des Vendues l’Évêque sur la D166 en direction de Chaource&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Depuis l’embranchement de la D116 et de la route bien marquée&lt;/span&gt; sur laquelle le fonctionnaire s’était engagé avec toute la prudence qui le caractérisait, l’averse a redoublé. S’inquiétant de la consistance douteuse du sol qui commence à se dérober sous ses roues, Jules Chaumont juge donc plutôt raisonnable de garer son véhicule sur le bas-côté et de poursuivre à pied. Il est presque midi et la pluie n’a pas cessé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;La cote 1047-581&lt;/span&gt; ne traduit rien de particulier qui trancherait avec le décor —environ deux cents kilomètres carrés de feuillus — à peu près identique entre &lt;span style="font-style: italic;"&gt;la cote 5335 au nord et 5327 au sud selon le quadrillage kilométrique Mercator Transverse Universel Fuseau 31.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jules eut très jeune cette aptitude enviée par ses camarades de classe, à se représenter le monde sous les formes les plus diverses de l’abstraction arithmétique. Un monde traduit en ensembles et sous-ensembles d’estimations comptables à étaler au propre sur du beau papier quadrillé. Une prédisposition, un don !... qui masquait en réalité une tare réellement funeste, celle de n’avoir aucun sens des travaux pratiques.  Une « difformité » dont il pouvait chaque jour mesurer qu’elle s’aggravait à force de ne jamais rien accomplir de concret sur le terrain, sexuellement surtout. Un exercice qui réclamait « prise de risque et dépassement de soi ». Tout ce que Jules Chaumont détestât de la nature humaine. Un désagrément auquel il convint aussi de rajouter cette certitude d’être mieux né que n’importe qui, dans le dessein du commandement. Une capacité toute naturelle à enjoindre, à exiger... Une disposition innée pour l’ordre et la contrainte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’était, relativement conscient de ce vice de forme qui incombait à sa nature singulière, qu’il avait très vite et judicieusement dirigé sa carrière professionnelle vers des postes à responsabilités. (C’est-à-dire que Jules et son assurance de terminer au moins secrétaire d’état au planning de la brigade départementale foncière chargée du cadastre… s’estimât toujours mieux rompu à dire ce qu’il fallait faire qu’à réellement réussir à le faire lui-même). Le signe indiscutable s’il en fût besoin… de sa supériorité sur les autres. Une propriété qui lui valait chaque année, son avancement régulier, au sein de l’entreprise publique des mesures foncières.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Empêtré dans ses pensées d’une règle de Pythagore appliquée en forme des seins tout à fait désirables de Vanessa, multiplié par une somme infinie de possibilités qu’il aurait de ne jamais trouver le moyen de coucher avec elle, le type est maintenant tout à fait perdu, paumé au milieu du terreau détrempé de la forêt de Chaource.  Un vrai « paumage » en règle. Le « pommmage » de chez Madame Pommery™ (une cuvée Louise 1998 à 120 euros l’étiquette. Le must de la maison champenoise). Et à ce prix là, il fallait tout de même pas déconner non plus !  Jules, en train de se fourvoyer complètement, entre une possibilité bien mince de vivre sa première véritable aventure amoureuse avec une secrétaire intérimaire, et le prix un peu fort que ça risquerait de lui coûter pour conclure avec elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un certain laps de temps passe encore, avant qu’il ne commence de considérer sa véritable position dans l’espace. « Un type, pathétique géographe, qui ne serait pas moins avancé, seul à la dérive au-dessus de la grande dorsale indo-antartique, en essayant de s’y retrouver sur l’emplacement exact d’une cité bretonne engloutie dans les profondeurs du triangle des Bermudes ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette dernière considération flanqua la trouille au fonctionnaire qui fit un signe de croix à l’adresse du grand ordre du monde, et dans un mouvement de recul, manqua d’écrabouiller un énorme champignon tout rouge. (Oui, Jules aurait trouvé ça dégueulasse !…) Le rouge l’énervait, et je vous assure qu’il fût tout à fait préférable que Jules ne s’étende en aucune manière sur le sujet d’une couleur vive un peu criarde. Cette saloperie de rouge, et qu’on y revienne plus !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au lieu-dit du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;bois de Palluau&lt;/span&gt;, la pluie n’avait pas cessé, bien au contraire. Elle enflait, déferlait, cascadait d’un arbre à l’autre, comme l’incendie se propage de branche en branche en mille réseaux nerveux... « Toute cette pluie... » Jules Chaumont songea alors à son père. Par analogie sûrement ! avec cette perturbation qui lui battait le visage depuis plusieurs minutes. Son père, qui raffolait des orages, des bourrasques. Un vrai baromètre lorsqu’il s’agissait d’annoncer le mauvais temps, un vrai temps de merde...&lt;br /&gt;Son père... Allez comprendre !... Jules vous aurait dit que Tony prenait l’eau, oui,  comme d’autres pouvaient avoir envie de prendre l’air. Le genre de type légèrement fabriqué à l’envers si vous voyez ce que je veux dire. Le genre d’abruti qui profitait des jours d’intempéries pour sortir ; des aberrations climatiques, pour déverser à son môme ses torrents d’idées toutes faites sur les cycles lunaires ; l’objet humide et poisseux d’un joyeux bordel familial... Auprès de lui, Jules s’enhardissait de formules ésotériques qu’il répétait inlassablement ensuite à sa mère dépitée et blasée. Des locutions pleines d’esprit comme par exemple : « Il fait un temps à ne pas mettre un chien dehors ; il fait un froid de canard ; Le diable bat sa femme et marie sa fille… Des proverbes plutôt brillants comme : Ciel pommelé et femme fardée ne sont pas de longue durée ; Noël au balcon, Pâques au tison »... Le mioche, à la manière d’un petit phénomène surdoué, balançait ensuite ces slogans à tout va. Des dictons auxquels il ne comprenait rien, mais qu’il prenait à son âge pour des formules magiques ; des recettes linguistiques occultes qui préservaient le monde des aléas, de la malchance, des calamités et de la mauvaise fortune. Tout ce qui pourrissait la vie des Chaumont depuis leur mariage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autant qu’il pouvait s’en souvenir, mais l’image était floue à cause du voile de brume qui accompagne presque toujours la pluie en été ! son père avait toujours vécu sous cette forme singulière d’une contradiction à la raison générale, détestant les anticyclones bien accrochés au-dessus de l’Est de la France parce qu’ils l’empêcheraient à coup sûr de sortir pour traîner son fils dans les flaques... détestant surtout... les surplus de lumière naturelle... les lieux publics fortement éclairés ; tout ce que les gens allumaient un peu vite pour se débarrasser des trous noirs et du vide sidéral, les contre-feux au soleil couchant. Tout ce que l’humanité se chargeait d’incendier de la couleur tragique des errances et du temps maussade qui reviendrait, « parce que ce putain temps de merde trouve toujours le moyen de revenir ! » Tout ce combustible foutu en l’air pour rien et qui dégueulassait tout. Un type qui ne s’était jamais totalement désintéressé du vrai sens commun, mais seulement pour avoir toujours cherché à lui opposer ses propres contradictions. Non que ce type-là ne se fût tout à fait passionné pour rien ! (la démonstration de son intérêt pour les choses du ciel, les contrastes thermiques et les perturbations saisonnières établissait toute la preuve du contraire) mais plus précisément, Tony n’eut jamais pour personne, la moindre propension à établir cette matière d’un lien social et garante d’une quelconque attache communautaire, familiale ou même seulement amicale. Le genre de sale individualiste, indifférent à tout ce qui n’aurait pas su l’atteindre  directement. Un type et son caractère exécrable, mais passons !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsqu’on l’avait interrogée, son épouse n’avait pas su quoi répondre exactement. Elle dût encore expliquer aux enquêteurs, comment « le comportement de Tony avait beaucoup changé à la fin ». Marie était restée évasive, sûre de rien, mais s’était tout de même rappelé que « Tony semblait avoir trouvé d’un coup, cette forme de calme, c’est ça ! une brusque inclinaison au bien-être pour des choses aussi sommaires que les changements de température ou les variations climatiques ». « Une plante verte ! » aurait sûrement dit Vanessa ! mais qui se serait aussi mêlée de ce qui ne la regardait pas. Marie, se souvînt s’être d’abord et forcément réjouie de la transformation de son mari, quelques jours seulement... avant de devoir très vite une nouvelle fois déchanter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils s’étaient rencontrés au « Citizen Kane ». Elle avait vingt ans, lui, un désir sexuel. Marie était tombée amoureuse de lui au premier regard(X). À cause de ses yeux bleus et de son air timide. Sa façon rentrée de toujours essayer de dire ce qu’il pensait et ses cheveux bruns plutôt clairs. Son côté ténébreux et solide malgré sa petite taille. Bon, oui, sa taille un peu en dessous de la moyenne, mais à force... elle se disait qu’elle n’y penserait plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-X- Formule littéraire usée, vieillotte, voir franchement miteuse pour définir l’idée d’un début d’histoire d’amour banale. Prémices amoureux et sans réel intérêt, dont l’auteur souhaitait se débarrasser au plus vite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelques verres de Crieck™ bécasse à la cerise plus tard, et la sottise d’un baiser enflammé(X). Plus rien ne manquait plus à  la combustion de ses deux matières fissibles dans le temps et les emmerdes quotidiennes en commençant par l’excrétion miraculeuse du plaisir accompli, digéré puis régurgité en forme de projet d’avenir un peu encombrant. Un certain Jules Chaumont (3,2kg), tout le portrait de son père.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- L’auteur... insiste. Qu’on veuille bien encore une fois lui pardonner ses excès, son goût immodéré pour la facilité. Les eaux blêmes d’une certaine complaisance avec les commodités de la langue française lorsqu’elle est amoureuse.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout avait donc commencé comme ça. Un ouvrier plutôt « polyvalent » dans le domaine du bâtiment et les couches du mioche à régler en fin de mois. Tony voulait refaire le monde à son image... mais son image n’était déjà plus belle à voir... le soir surtout ! très tard, lorsque le bistrot fermait. chez « Kane », où le julot avait encore ses habitude, lui et ses potes de chantiers.&lt;br /&gt;Avec Marie, ils s’étaient installés rue Michelet, dans un appartement plus grand pour faire de la place au petit. Un immeuble en béton précontraint dans un quartier modeste, mais complètement rénové. Une entrée secondaire donnait au rez-de-chaussée sur la rue du commissariat, l’entrée mais également la fenêtre de leur chambre. L’unique fenêtre de l’appartement au dernier étage sous le grenier. C’est à ce moment-là que la jeune femme s’était mise à fréquenter Antoine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Antoine Conte de Beauregard, « Conte » par son père, et « Beauregard » du côté de sa mère. Photographe reporter spécialisé dans l’exploration des cimes, la conquête des hauts sommets. Plutôt réputé jusqu’ici pour des cadrages serrés, ses close-up de jeunes filles en petite tenue débraillée. Son modèle : Barry Bishop, rédacteur et photographe du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;National Géographic,&lt;/span&gt; amputé de tous ses orteils au cours de l’expédition américaine victorieuse à l’Everest(X) le 22 mai 1963.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- De son nom d’origine « Peak XV » alt. 8848m (la dernière mesure connue à ce jour) rebaptisé « Everest » en 1865 par le bureau des Indes du service trigonométrique et géodésique de la couronne britannique, pour honorer la mémoire de sir Georges Everest, un des pionniers de la cartographie du sous-continent indien. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une simple incartade pour commencer. Un simple flirt. Jusqu’à ce que l’aventure finisse un jour par dégénérer en affaire sérieuse, au moins pour Marie. Quelques rendez-vous avaient suffi pour que la jeune mariée ne puisse plus se passer de son photographe. Accrochée à son reporter comme de la craie broyée sur une ardoise (le résultat d’une loi universelle de l’attraction des corps plutôt désagréable à entendre et surtout pour Tony !) Mais Marie n’en avait vraiment rien à foutre ! Ni des lois universelles dessinées à la craie, ni des codes de procédures civiles qui encadraient encore la vie de couple au sein de l’institution du mariage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’année 68 défilait, le printemps, la fête à Paris, la libération sexuelle... Antoine était parti tenter sa chance dans les manifs pour essayer de vendre quelques photos dans la grande presse ; la Sorbonne et l’École de médecine avec un appareil flambant neuf comme celui de Robert Capa flingué en Indo. Celui de Cartier-Bresson qui depuis, avait décidé de se mettre au dessin. Un « Leica » équipé d’un trente-cinq, pour accentuer les effets de surprise des compagnies mobiles en contre-plongée. Prague aussi.  Puis Août déjà. La fin du bal entre la Tchécoslovaquie et les troupes du pacte de Varsovie. Ses premières publications dans la presse d’opinion, son premier &lt;span style="font-style: italic;"&gt;C.B.&lt;/span&gt; imprimé au pied d’un cliché.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un an plus tard. Le jour exact du vingt-cinquième anniversaire de Marie. Ce 21 juillet 1969. À 3 heures 56 du matin, la mission Apollo 11 venait d’accomplir le plus vieux rêve de l’humanité : S’extirper enfin de son enveloppe maternelle à la conquête de l’espace infini, en commençant par se rendre chez sa voisine la plus proche. Au mois d’Août de la même année, 400 000 hippies et leurs idées anticonformistes se rejoindraient à Woodstock &lt;span style="font-size:78%;"&gt;petite île proche de New-York (états-Unis)&lt;/span&gt; pour écouter de la musique rock, fumer de la Marijuana, s’aimer... Décidément ! se promettre la lune, eux(X) aussi ! et râler contre la politique américaine au Vietnam.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Une génération couramment surnommée post-soixantehuitarde se dégagerait spontanément des évènements de cette année de fête, d’amour et de liberté d’opinion. Ceux-là même qui trente ans plus tard donneraient des leçons de morale à tout le monde en applaudissant la police ; réclameraient un contrôle plus sévère de l’immigration ; laisseraient crever les pays du sud en leur balançant même des bombes sur la gueule pour qu’ils évitent de l’ouvrir trop fort. Une génération qui n’aurait jamais rien à dire sur l’abattage systématique des forêts équatoriales, boréales... et tutti quanti des cargaisons de bois précieux ratissés pour s’en faire des meubles de jardin. Une génération qui ne prendrait jamais le temps de s’inquiéter des conséquences pour le monde, d’adorer poser son cul sur ce genre d’ameublement étanche, à savoir : Provoquer l’extinction de la moitié des espèces de plantes et d’animaux sur terre et dans les plus brefs délais. Une génération de vacanciers au corps badigeonné d’ambre solaire et qui éplucherait les récifs coralliens pour s’en faire des souvenirs un peu moches ! Ceux-là mêmes qui viendraient les premiers déballer leur bordel intime sur des programmes de télévision de leur propre invention. Une génération affalée devant son poste pour s’empêcher de penser. Tous ceux qui finiraient par acheter des chiens pour les faire chier sur les trottoirs ou pour bouffer les gosses des voisins. Des gros, pour faire peur aux noirs ou aux coureurs cyclistes. Une génération qui ne voudrait plus payer d’impôts, mais qui réclamerait le service minimum dans les transports publics. Tous ceux qui aurait un peu égaré leur carte d’électeur où qui réussiraient à la refiler en douce à Le pen. Tous ceux qui n’en pensaient pas moins et qui ne valaient pas mieux !  &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’année de la tentative de suicide de Marie Chaumont.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/272337987890703271-9109298317039759993?l=lecoupdechaud.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/feeds/9109298317039759993/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=272337987890703271&amp;postID=9109298317039759993' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/9109298317039759993'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/9109298317039759993'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/2007/11/le-coup-de-chaud-capitre-iv.html' title='LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE IV'/><author><name>jean-Luc Gantner</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://1.bp.blogspot.com/-mRvgoJL0ohM/TX8U-FgjFwI/AAAAAAAAEbo/VZoUQW5Bq_c/s220/photomobile%2B0.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-272337987890703271.post-4786718209626080227</id><published>2007-10-05T19:32:00.002+02:00</published><updated>2009-06-18T08:22:02.158+02:00</updated><title type='text'>LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE V</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;CHAPITRE 5&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;LE SYNDROME DE MILTON&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien né, intelligent. Un garçon plutôt sensible et tout ce qu’il y avait de bien élevé... surtout avec les filles qui ne rechignaient pas à se laisser photographier dans les tenues qu’elles acceptaient de porter pour lui. Antoine Conte-de-Beauregard, poursuivit son périple sur les terrains d’investigation journalistique à la mode du monde entier, grâce aux nombreuses relations artistiques et politiques de Madeleine Conte-de-Beauregard, née Beauregard, sa mère. Grâce surtout, au fric et à la mauvaise conscience de son père, Charles Conte-de-Beauregard, né Conte, cadre commercial spécialisé sur le marché de l’industrie textile et plus particulièrement dans la bonneterie qui lui prenait tout son temps. Quant à Marie... Elle ne l’avait plus jamais revu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme à peu près tous les gamins de cette époque et de sa condition sociale, la progéniture de « B... » s’était découvert dans l’enfance, une passion pour les mondes fantastiques de Jules Verne(X), la poésie de St-Ex &lt;span style="font-size:78%;"&gt;le facteur aérien disparu dans les sables sahariens,&lt;/span&gt; les aventures de Jack London(X) surtout... mais l’adolescent persista dans ses lectures infantiles et puériles. Au désespoir de « C... » très à cheval sur les principes de transmission du capital  héréditaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Écrivain de romans d’anticipation d’origine nantaise (1828-1905). Plutôt Monarchiste (orléaniste) malgré son élection au conseil municipal d’Amiens sur une liste de la gauche modérée. Un antisémite selon l'historien Jacques Sadoul. L’antidreyfusard prit tout de même position contre l’esclavagisme dans le même temps qu’il continuait de cultiver quelques idées racistes à l’endroit de tout ce qui n’était pas aryen. Se barre en Suisse entre 1870 et 1872 pendant les événements parisiens. Failli se faire flinguer vers la fin de sa vie par son neveu Gaston, venu lui soutirer un peu de fric. Une œuvre considérable.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Écrivain voyageur américain (1876-1916) spécialisé dans la rédaction de livres d’animaux. L’appel de la forêt et Croc blanc sont toujours aujourd’hui des succès considérables dans les librairies du monde entier. L’auteur fut aussi très inspiré par les idées socialistes, la lecture de Victor Hugo, de Karl Marx et de Maupassant. Des idées classées alors d’extrême gauche, qui lui valurent d’être expulsé en Corée.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À la maison, c’est « B. » qui s’occupait de tout. Une correspondance familiale assidue, la couleur des fleurs du salon, le planning de la bonne et la lourde charge de l’éducation de leur fils unique. Pour le développement de ses aptitudes sportives, Madeleine avait d’abord pensé pour Antoine à quelques tentatives dans la pratique de l’équitation, mais considéra très vite la discipline corrompue et de plus en plus mal fréquentée depuis que les milieux de gauche et les fortunes faites après-guerre s’investissaient dorénavant dans cette occupation ordinaire... Non, sa véritable idée, l’authentique projet de Madeleine B. fut de destiner son cher petit Antoine à une immense carrière de danseur classique. Un petit rat. « Sa véritable vocation d’étoile ». Madeleine avait elle même passé quelques temps comme quadrille dans le corps de ballet de l’institution nationale losqu’elle faisait encore partie de l’école de danse de Paris. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La sylphide&lt;/span&gt;, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Giselle&lt;/span&gt;, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le lac des cygnes&lt;/span&gt;... Une passion. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;George&lt;/span&gt; surtout ! né &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Guergui Mélitonovitch Balanchivadze&lt;/span&gt; à St Petersbourg. (Au-delà de ses frontières naturelles, tout le monde avait fini par l’appeler George !) Elle l’avait vu dans Les 7 pêchés capitaux à Garnier, lorsqu’avec C. ils habitaient encore leur appartement parisien. George portait l’adage comme une feuille de vigne sur les belles proportions des Kouros helléniques ou sur &lt;span style="font-style: italic;"&gt;l’Apoxyomène(X) de Lysippe&lt;/span&gt;. Quoique &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’Eros(X) de Thespies&lt;/span&gt; l’inspirait beaucoup aussi... Ou bien encore cet &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Hermès de Praxitèle &lt;/span&gt;dont la jeune femme avait entendu parler bien sûr ! mais elle ne l’avait jamais vu. Charles — « un vrai con ! aurait certainement dit Vanessa… » — avait beau lui dire : « qu’il était pédé !… » Madeleine n’avait jamais voulu y croire ! Elle s’était précipitée chez un libraire de la rue St Honoré pour fouiller dans les annales de l’artiste, mais n’avait trouvé aucune preuve de ce que son mari avançait pour déshonorer son petit prince de ballets. Elle avait bien cherché, décelé peut-être quelques bribes... mais n’avait rien pu trouver d’irréfutable sur son compte à ce sujet. Madeleine expia la jalousie de son petit époux prétentieux, glissant son doigt d’une manière affectueuse sur une photographie en noir et blanc de l’athlète américain d’origine Georgienne à demi nu sous les « douches » du théâtre Kirov à Leningrad (la scène de ses débuts). Ce jour-là, Madame Conte-de-Beauregard s’était rabattue sur le Goncourt de Marcel Proust. Un roman qu’elle n’avait lu qu’en partie à ces moments perdus. Antoine était né rapidement... Antoine pour qui Carlo Blassis, Diaghilev, Nijinski Rudolph Noureev ou Carolyn Carlson... ne diraient jamais rien.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;&lt;br /&gt;-X- Sculpture de l’art classique Grec -IVe s. montrant un athlète se nettoyant le corps avec un strigile.&lt;br /&gt;-X- Anagramme de Rose&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au cours de l’année 1949, Madame Conte... sentit les premiers troubles s’installer à propos de son enviable, mais inaliénable condition de femme mariée. Cette année-là, Antoine faisait encore des dents pendant que son père s’usait les siennes à exercer sa prédestination naturelle d’homme libre, le plus souvent hors du domicile conjugal et jusque très tard dans la nuit. Le jeune énarque terminait sa formation à la tête d’une grande fabrique bonnetière installée à Troyes(X), et terminait de développer une spécialisation très appliquée dans le secteur plein de promesses des dessous féminins en fibre nylon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- « Ancienne » capitale de la Champagne , dont l’image s’est fortement altérée, dégradée, corrodée, décomposée, putréfiée... au fil du temps et des pouvoirs successifs ¬— acharnés eux — à tenir les ficelles d’un petit monde de filous reconvertis dans l’art du fil à retordre et de la maille à partir avec la classe salariale... pour continuer se d’en foutre plein les fouilles aussi longtemps qu’on les laisserait tricoter leurs coups en douce dans leur coin...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Monsieur le Comte » comme on l’avait tout de suite amicalement appelé à l’usine. L’année de leur déménagement en province. Les visites régulières d’Antoine chez le dentiste, le planning du personnel de maison, la couleur des fleurs en fonction des saisons... Madeleine avait alors commencé de s’ennuyer terriblement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle regrettait : « Paris, son 9e arrondissement parisien, (le quartier de l’Opéra où elle avait laissé la plus part de ses amies d’enfance, celui du café de la Paix…) Les garçons du lycée Condorcet ; le 1er, le 2e... assez proches de chez-elle ; les films au Max Linder, des baisers volés dans les jardins du palais royal en sortant ! un flirt sans dommage sur Quai du Vert-Galant, le 1er plus sérieux devant la bourse, le 2e… le troisième, rue des Vertus (qui avait su tenir toutes ses promesses , et Madeleine n’avait pas voulu insister !) Le quatrième « un peu plus poussé », dans le marais… rue des mauvais garçons (et Madeleine avait préféré ce beau baiser-là un peu rude ! Le quatrième... et le cinquième que le garçon lui avait redonné pour la remercier « de lui avoir filé son numéro pour qu’il puisse la rappeler le lendemain »). La brasserie Lipp et puis Chez Georges dans le 6e, le café de Flore et ses amants célèbres (son côté romantique). Les deux magots, Verlaine, Arthur Rimbaud (tout le fric que Madeleine avait dépensé dans les cafés, mais elle ne s’en était pas vraiment rendue compte sur le coup !) Eugène Delacroix ; l’école des beaux arts, sa passion pour la sculpture et les colonnes statuaires, les calvaires, les bas-reliefs, les figurines, les idoles, les camées... La couleur rose claire aussi (un vieux rose pâle un peu jauni avec le temps). Madeleine aimait bien ces roses-là, toutes sortes de roses aussi et puis le bleu ! le bleu de Paris &lt;span style="font-style: italic;"&gt;ferrocyanure potassoferrique&lt;/span&gt;, le bleu roi, le bleu de France... Le train bleu à la gare de Lyon, l’express très serré, les trains pour l’Italie ; Vérone, Venise, Florence, Pise, Rome et puis Capri… la Méditerranée, l’incroyable lumière bleutée qui baigne la grotte Azzurra à Capri ; les touristes allemands… (Madeleine n’oublierait jamais !) Non, jamais elle n’avait réussi à oublié Georg, un photographe de Göttingen, qui réalisait un reportage dans le sud de l’Italie… leur premier échange de politesses, leur virée inavouable au rez-de-chaussée du Louvre lorsqu’ils s’étaient retrouvés à Paris (Georg aimait bien Paris, et la sculpture aussi ! les enjolivures et les beaux ornements ; les tresses, les nattes et les rubans coincés dedans) le rez-de-chaussée... et le premier étage sous l’école italienne… Leurs adieux finalement, le deuxième… sous un triptyque de Rubens (Georg, marié, avait dû rentrer chez lui en Basse-Saxe). Madeleine était restée longtemps à pleurer sous la Victoire de Samothrace… Oui, Madeleine regrettait la sculpture gréco-romaine, la sculpture antique en général, et puis les bronzes dorés, sur le parvis néoclassique du Trocadéro aussi… sa rencontre avec Charles, le 16e… (mais elle n’avait jamais rien osé lui dire des quinze premiers qu’elle avait déjà rencontrés !… Ni des quinze premiers et encore moins de Georg non plus, le photographe de Göttingen qu’elle avait rencontré à Capri, pendant leur voyage de noces…) »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette année-là (et parce qu’elle n’avait vraiment rien trouvé d’autre à foutre d’un peu intéressant entre les quatre murs de leur petit hôtel particulier d’un quartier troyen, comme il en existe des répliques à l’infini de l’architecture bourgeoise du début du siècle dans toutes les villes de l’est de la France). Madeleine... s’était jetée à corps perdu dans la lecture du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Deuxième sexe&lt;/span&gt;(X)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- L’essai de Simone de Beauvoir sorti en 1949 marque une sorte de tournant définitif et irrémédiable dans les rapports qu’entretenaient ensemble les hommes et les femmes depuis la glaciation de Würm…. Deux ans plus tard, la « 17a ethinyl-19nor-téstostérone » synthétisée presque par erreur par Carl Djerassi, passa d’abord sous silence pour devenir en 1960 : « la pilule contraceptive » (soit le bout plausible et et enfin vraisemblable du tunnel glaciaire le plus long de l’histoire des rapports humains ; une guerre de 100 000 ans écartée des manuels officiels et de la chronologie masculine universelle). Une année encore marquée par la diffusion du premier Journal à la télévision française. À cette époque, personne ou presque n’avait la télé et tout le monde s’en foutait donc complètement !  Personne ne verra donc Mao Tsé Toung traverser le Yang-Tseu-Kiang avec son drapeau rouge tout neuf, butter au passage quelques centaines de milliers de ses compatriotes et fonder la république populaire de Chine dans le pire des bains de sang qu’il puisse s’imaginer, et le drame chinois ne faisait que commencer.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;La fameuse « sensibilité féminine »&lt;/span&gt;, écrit Simone de Beauvoir, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;tient un peu du mythe, un peu de la comédie ; mais le fait est aussi que la femme est plus attentive que l’homme à soi-même et au monde. Sexuellement elle vit dans un climat masculin qui est âpre. Elle a par compensation, le goût des « jolies choses », ce qui peut engendrer de la mièvrerie, mais aussi de la délicatesse ; parce que son domaine est limité, les objets qu’elle atteint lui paraissent précieux.../... elle subit la réalité qui la submerge d’une manière plus passionnée, plus pathétique que l’individu absorbé par une ambition ou un métier ; elle a le loisir et le goût de s’abandonner à ses émotions, d’étudier ses sensations et d’en dégager les sens... &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Madeleine — dont une de ses relations m’avait confié qu’elle aurait toujours voulu s’appeler « Hélène » — avait dû abandonner d’un coup toute sa vie artistique pour l’organe minable de son vendeur de bas à la mode, et pour les murs gris d’une petite ville de province qui puait la teinture industrielle, le chlorure d’ammoniaque et les maladies ouvrières à plein nez. Sa soumission était totale, qu’elle décrivait en phrases impitoyables dans un journal intime rédigé à la manière de ses études de lettres. Une source de plaisir masochiste aussi, une certaine aptitude à l’orgasme, dont elle pouvait dorénavant mieux déchiffrer l’origine... Oui, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;la plupart des femmes qui sacrifient à leur orgueil deviennent frigides&lt;/span&gt;. Disait la philosophe...  alors que pour Madeleine, voyez-vous ! je puis vous assurer qu’il eut fallu plutôt parler d’une sorte de prosternation consentie, d’une servilité totalement admise à l’endroit du rôle que son éducation lui avait assigné ; de sorte que cette disposition pour la docilité et la défaite, la soumission définitive à l’entretien de son foyer familial... lui permettait d’atteindre des limites considérables de volupté dans l’acte de fornication. Le précieux renseignement fut tout de même de taille pour tenter de trouver une cause vraisemblable à tout ce qui allait suivre. En conséquences et premièrement : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Hélène... entourât Antoine, d’un amour exemplaire et sans restriction...&lt;/span&gt; son protégé, son petit « B. B. » (et tant pis si ça faisait chier « C » !) ne serait donc jamais danseur étoile ! Une décision irrévocable promulguée « une fois pour toutes » par le chef de famille, ce barbare... le vandale inculte et borné qui faisait jouir Madeleine pour les mêmes raisons qu’elle le détestât de n’être « qu’un sale pervers ambitieux à l’éducation franchement incertaine. Un sale petit bourgeois qui ne pensait qu’au fric. Une raclure de petit patron à l’instruction douteuse, et qui savait aussi profiter de sa situation avec son petit personnel ; oui ces petites secrétaires narcissiques, prêtes à tous les sacrifices pour mettre à l’épreuve leur complexe d’infériorité bien pratique ; les petites bonnes jalouses, les ouvrières, toutes ces coucheuses, ces bordéliques... »&lt;br /&gt;C’est au fait que Charles préféra ce jour-là en rester sur ces bonnes paroles de sa femme au lieu de lui infliger la correction de sa vie, que Madeleine comprit le point de non retour qu’ils venaient d’atteindre ensemble. Une jouissance absurde, le trouble indéfinissable d’être enfin dégagée de toute obligation de promiscuité dans sa vie de couple. Pour la première fois de sa vie, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Hélène se sentit libre, vraiment libre.&lt;/span&gt;.. et perdit en même temps toute forme de libido.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Hélène...&lt;/span&gt; Pardon ! Madeleine s’était rabattue sur un professeur de piano un peu ruineux, mais plutôt disponible et bien mis de sa personne. Un excellent pédagogue et qui raffolerait des capacités d’apprentissage exemplaire de son fils prodigue. Un ancien concertiste. Un virtuose de la structure harmonique, de l’air transporté par petites touches discrètes ; un doigté exemplaire. Un fidèle compagnon de l’après-midi... Quelque chose d’un peu ridicule aussi dans sa manière d’honorer sa charge à l’heure du thé. Antoine pour sa part, ne tarderait pas à préférer les yéyés le twist, le rock’n roll et les balbutiements de la matière électronique synthétique. Tout s’accélérait autour de B. Les premières précipitations hertziennes sur le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Schneider &lt;/span&gt;tout neuf. Un meuble difficile à placer entre les moulures dorées du buffet Louis XVI (un &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Riesener&lt;/span&gt; certifié), et une table bouillotte à galerie ajourée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au lieu du beau &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Beichtein&lt;/span&gt; patiné et des &lt;span style="font-style: italic;"&gt;suites de Bach&lt;/span&gt; un peu emmerdantes pour aller avec… Madeleine s’était finalement laissée convaincre par l’achat d’une guitare électrique amplifiée. Lassé, le professeur de musique préféra ne plus devoir en supporter d’avantage et se contenta de prodiguer ses dernières politesses à Madame B.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Moyennant quoi, c’est bel et bien entre les murs en bois vernis imitation cabane de bivouac et manches de piolets forgés à l’ancienne de la prestigieuse institution nationale alpine tendance knickers et bas côtelés... que le jeune Antoine Beauregard — comme l’avait orthographié sa mère sur le registre des inscriptions officielles au club alpin — put se bâtir cette destinée toute particulière d’amateur d’abîmes de toutes sortes pour commencer, et d’explorateur en général pour continuer. Oui, la montagne, les parois glacées... À l’apprentissage du ski pour lequel Madeleine avait inscrit son rejeton sur les conseils d’un ami architecte tout à fait séduisant, Antoine entrevit rapidement une possibilité d’associer les prémices d’une véritable fascination pour les régions hautes et hostiles de la terre. Plutôt réfractaire à quelque matière scolaire, Plus rien désormais ne saurait enrayer la destinée du virtuose, et Madeleine s’était dit qu’il ne pouvait rien arriver de pire à un danseur étoile ?!...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les curieux événements qui se précipiteront dès lors, feront l’objet des pages les plus abscondes d’un &lt;span style="font-style: italic;"&gt;traité des formes appliquées à la géographie sociale&lt;/span&gt;, dont Vanessa (la jolie secrétaire intérimaire du rez-de-chaussée)... n’avait pas d’emblée réussi à déchiffrer l’infinité d’arguments.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Madeleine fit à peu près tout ce qu’elle put afin de dissuader Antoine d’une lubie éphémère, mais surtout bien trop dangereuse pour un garçon de sa si prestigieuse condition. Un talent qu’il aurait aisément pu utilisé à des fins plus... sérieuses (elle aurait voulu dire : plus sages, prudentes... plus esthétiques aussi !) Mais le garçon ne voulait rien savoir, usant y compris jusqu’à l’apparence de sa forme physique impeccable, pour convaincre sa mère de son choix crucial et définitif de devenir... alpiniste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Hélène prit son élan du haut d’un de ses pics affreusement aiguisés.&lt;/span&gt; Tenta de faire promettre à son enfant chéri, son petit ange, la chair de sa chair, son petit B.B... de n’en rien faire, au moins préalablement à ce qu’elle ne disparaisse elle-même, qu’on l’enterre en bonne et due forme, que tout le monde l’oublie une fois pour toutes, et qu’on y revienne plus.&lt;br /&gt;Pendant plusieurs jours, Madeleine dut encore renforcer sa prescription de comprimés pour réussir à dormir quelques heures. Des cauchemars horribles. L’obsession angoissante, sinistre... d’un fils pendu à quelque lèvre d’une crevasse béante des Alpes du Nord, un enfant mort de froid, asphyxié par le gel et le blizzard des parois titanesques sur le versant italien du Mont-Blanc ou Antoine racontait qu’il aimait voir se dissiper les longs fils d’ambres sur l’horizon percuté d’étoiles bleues. Un vrai malheur...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Entre deux chapitres d’une édition de l’œuvre de Proust à tirage limitée, et un verre de Bushmill pour l’aider à digérer, B. intercala progressivement tout ce qui s’était fait d’essentiel dans la littérature alpine durant les deux siècles passés ; d’essentiel et d’anecdotique surtout !... des pages d’écriture assez monotones, un tas d’essais laborieux pour tenter de raconter sa vie sur un plan vertical, de monter en épingle une vie héroïque et qui ne valait pas mieux… Après la lecture de l’obscur recueil montagnard en quatre volumes d’Horace Bénédicte de Saussure et de quelques textes romantiques assez crétins à propos des gens demeurés dans l’Alpe d’autrefois (les montagnards et leur cortège pittoresque…) Madeleine se prit d’un mouvement d’espoir en découvrant le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;voyage&lt;/span&gt; du rédacteur des Mémoires d’outre-tombe. Un auteur, en apparence peu enclin au &lt;span style="font-style: italic;"&gt;spectacle des chimères au-dessus du Montenvers&lt;/span&gt;. Ainsi, écrivait le monument de la littérature romantique à la fin d’une randonnée exténuante sur les formidables hauteurs du Faucigny (Madeleine avait appris le passage par cœur pour réussir à le répéter à Antoine), &lt;span style="font-style: italic;"&gt;cette grandeur des montagnes, dont on fait tant de bruit, n’est réelle que par la fatigue qu’elle vous donne. (…) Ceux qui ont aperçu des diamants, des topazes, des émeraudes dans les glaciers, sont plus heureux que moi ; mon imagination n’a jamais pu découvrir ces trésors. (…) »&lt;/span&gt; (Toute sa vie, Antoine détestât Chateaubriand.) Madeleine... s’était refoutue à boire avec premier de cordée, un modèle tragique dans le genre « ascensionnistique » et ses effets drastiques sur les pesanteurs déjà insupportables des rayons de montagne. Sa bibliothécaire (une vendeuse de livres et diseuse de bonne aventure aussi ; lui avait conseillé « &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les conquérants de l’inutile(&lt;/span&gt;X)qui venait d’être publié chez Gallimard ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Le texte principal de Lionel Terray © 1961 Éditions Gallimard, ajouté d’illustrations, ressortiraient en 1995 sous la célèbre couverture rouge des belles éditions Guérin, (460 pages – 450 photos) gravé et composé par l’atelier Esope à Chamonix, imprimé en Italie par Puntografico, Brescia. Quant à Michel Guérin, par qui la couleur était arrivée sans que Madeleine ne puisse jamais en profiter, une crise cardiaque l’emporterait à Chamonix dans la nuit du 24 octobre 2008. Le jour exact de mon anniversaire.  &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le beau livre d’aventures commençait par l’impression d’une dédicace en italique en plein milieu d’une page blanche : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;A mes camarades de cordée, morts en montagne&lt;/span&gt;. À la moitié du premier chapitre, Madeleine s’était précipitée au débit de tabac le plus proche pour s’acheter un paquet de gauloises sans filtre. 19 mégots plus tard, elle marqua une pause désemparée à la page 365. Lionel Terray « Le conquérant de l’inutile » embarqué pour l’Annapurna avec Herzog, Lachenal, Rebuffat et les autres de l’expédition &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Premier 8000&lt;/span&gt;, quitte le camp II espérant rejoindre le camp III. Surpris par la tempête, la cordée est contrainte de bivouaquer sous un sérac menaçant, à même une vertigineuse pente de glace suspendue dans le vide.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Nous passons une nuit épouvantable. Terrorisés par les avalanches qui, déferlant à tous moments dans le couloir central, passent à moins de 15 mètres de notre tente en la secouant violemment de leur souffle, mes deux sherpas ne ferment pas l’œil de la nuit et fument cigarettes sur cigarettes. Quant à moi, fiévreux sans doute, je souffre de l’absence de ma veste de duvet ! Abruti par les somnifères, je finis tout de même par m’endormir... &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sans s’en apercevoir, Madeleine s’était enfilé les deux tiers de la bouteille de single malt irlandais entre l’arête nord du Chardonnet de la page 30 et l’installation du camp de base sous le géant himalayen. « Acheter une veste en duvet !... » se répétait-elle en titubant à la verticale de la couverture rouge du récit historique. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La bouche sèche, Hélène finit tout de même par s’endormir sur le fauteuil à médaillon Louis XVI, une dernière cigarette pendante au bord des lèvres.&lt;/span&gt; Une nuit terrible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Peu de temps après cet événement, Le médecin de famille serait appelé au chevet de B. pour trouver un remède contre ses fièvres persistantes et sa bouche constamment desséchée. Le thérapeute conclut à un possible début de schizophrénie, mais voulut encore confirmer son diagnostic auprès d’un collègue spécialiste. Le psychothérapeute désigna la maladie de la jeune femme comme un trouble extrêmement rare surnommé &lt;span style="font-style: italic;"&gt;le syndrome de Milton.&lt;/span&gt; Certes ! personne ne mourait de cette rupture mentale originale, mais la maladie pouvait causer à terme, des séquelles irréversibles sur le comportement général des patients. Aux doses quotidiennes d’anxiolytiques, Madeleine dut rajouter une quantité non négligeable de neuroleptiques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;B. reprit la rédaction de son journal, se servit lentement un grand verre d’alcool glacé, se regarda couler au fond d’un psyché empire orné de bronze ciselé posé sur un bureau de ministre. Le décor était parfait. Orientable à souhait dans le sens d’une position confortable, d’une attitude, d’une posture qu’il convient de soutenir coûte que coûte, malgré l’évidente apparence de son image molle sourdit de l’occulte miroir. Un décor magnifique, des enjolivures tout empire... et ce n’était pas prêt de s’arranger !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Journal de B. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ce jour triste d’une première noyade.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Hélène, sur elle sentit ces chairs de glace pantelantes. La sensation de son corps pétrifié dans la glissade infernale. Ils surgiront le précipice et l’abîme, écoeurés. Hélène sent la bête horrible l’absorber et ses lèvres bleues, translucides.  L’animal me délaye, me dissémine... finit par me dissoudre entièrement. Hélène noyée en son propre cadavre... une irréversible coulée sous les séracs ; des gisants, une armada glaciaire… Je suis engloutie, je meurs engourdie, je chambre froide, Je tombe, je croix ; l’on m’enterre, agitée, excitée, encore brûlante de fièvre… et j’ai froid, tellement froid maintenant.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Madeleine avait toujours été sujette au vertige, aux variations climatiques un peu fortes, et aux problèmes d’alcool aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Charles voyageait de plus en plus loin à l’étranger. Son usine éprouvait le premier round d’un match obstiné à vaincre par knock-out toutes les têtes qui pouvaient encore dépasser sur le terrain du grand marché économique et mondial en passe d’être entièrement libéralisé. L’homme d’affaire expérimentait aussi l’attrait aguichant d’une main d’œuvre asiatique toute fraîche qu’il prenait soin d’entretenir sur ses heures supplémentaires lors de déplacements qui n’en finissaient plus. Rose... la principale assistante de C. n’appréciait pas spécialement ses absences répétées, mais le nouveau directeur général de la toute nouvelle unité bonnetière troyenne passée leader sur son secteur d’activité était de ces commerçants de père en fils, et bon marin de surcroît ; sachant voir venir le vent qui annonce la tempête et qui détecte les variations climatiques dans le pli de l’œil de n’importe quel billet de change. Une certaine adresse pour se dépatouiller des climats de chiottes dans les rapports humains à partir de sa capacité de crédit, son pouvoir d’achat, ses mille bonnes manières de négocier sa tranquillité d’esprit sur les marchés à terme. Un type né pour cette tendance générale à la dérégulation des échanges de marchandises et consommables à volonté sur tous les continents en même temps. Charles... « Un américain » comme disait Rose. Son « petit américain »... Charles Conte adorait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des bénéfices déplorables pour Madeleine.&lt;br /&gt;Après quelques temps, les troubles de B. finirent par poser de sérieux problème dans leur vie de couple et leurs rapports conjugaux. Au point qu’il eut fallu consentir à cette solution... dont « personne » ne souhaita jamais qu’elle eut à se présenter si soudainement comme la seule et dernière alternative de sauvetage. En bon marin encore... Charles eut donc à prendre toutes ses responsabilités.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/272337987890703271-4786718209626080227?l=lecoupdechaud.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/feeds/4786718209626080227/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=272337987890703271&amp;postID=4786718209626080227' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/4786718209626080227'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/4786718209626080227'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/2009/02/chapitre-5-le-syndrome-de-milton-bien.html' title='LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE V'/><author><name>jean-Luc Gantner</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://1.bp.blogspot.com/-mRvgoJL0ohM/TX8U-FgjFwI/AAAAAAAAEbo/VZoUQW5Bq_c/s220/photomobile%2B0.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-272337987890703271.post-4710223212758649803</id><published>2007-09-06T16:17:00.004+02:00</published><updated>2009-06-18T08:22:31.067+02:00</updated><title type='text'>LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE VI</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;CHAPITRE 6&lt;br /&gt;MORT AU PILIER DU FRENEY&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;(PREMIÈRE PARTIE)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les journaux de télévision avaient fini par s’imposer au détriment des cinémas de quartier et de la grande presse d’opinion parisienne. Une considération qui n’intéressa jamais Madeleine. Antoine avait déjà vaincu quelques sommets alpins célèbres en amateur et mené à bien plusieurs ascensions hivernales. L’agréable cocon familial ne constituait déjà plus qu’un lointain souvenir qui l’aidait à supporter le froid glacial des faces nord lorsqu’il manquait de petite amie. Pour l’anecdote, le jeune alpiniste ne se séparait jamais de sa veste de duvet achetée par sa mère, ce dont &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Hélène&lt;/span&gt; était extrêmement fière. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Elle était comme une deuxième peau, lui servait d’enveloppe sécurisante dans les éléments déchaînés. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsqu’on avait dû placer(X) Madeleine ; Antoine était au pilier du Freney, au sommet de la gigantesque face italienne du Mont-blanc, occupé depuis deux jours à forcer la difficile chandelle terminale. La glace dans les fissures freinait la progression de la cordée, et l’issue de cette aventure tournait carrément au cauchemar.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Mot relativement inquiétant inscrit au dictionnaire de la langue française, qui peut indifféremment désigner l’emplacement d’un pion embusqué pour contrarier son adversaire, voir encore de l’éliminer définitivement de la partie ! – La position d’un cheval de course au nom complètement farfelu, prêt à bondir sur la ligne d’arrivée pour le compte de son propriétaire bien habillé grâce à lui - La boule qui roule tranquillement sur la terre battue marseillaise ou Lyonnaise, dans l’effluve pittoresque qui les rassemble d’un parfum anisé, et qui s’arrête miraculeusement à presque rien du cochonnet sous les « putain, con !... » d’un public qui fréquente assez rarement les bonnes places des champs de course mais plutôt celles des PMU « enfumés » et les stades de foot « enculé ! » - Le ballon bien envoyé en pleine lucarne d’un gardien qui sent bien que la coupe du monde vient de lui passer sous le nez ; à lui ; ses collègues « infortunés » à cause de lui, mais qui en ont « quand même » gardé sous le pied au cas où il serait obligés un jour de remarcher dedans à force de perdre tous leurs matchs importants !…  ) – Et par conséquent : les coups de pied dans les couilles qui se perdent sur tous les terrains de football de la terre, « putain, les cons !... » - Placé... dans le sens de savoir se placer, se mettre en avant, passer devant tout le monde (et pourquoi se faire chier ?)... comme le petit coup de piston nécessaire pour s’épargner les files d’attente à l’ANPE, les queues plus longues encore… pour décrocher un rendez-vous avec un éditeur sérieux ou trouver un emploi stable à la télévision…une sacré chiquenaude pour y devenir célèbre comme tout le monde – Placé... comme Le geste du père de famille qui pense à l’avenir de ses enfants plutôt qu’à dépenser tout son fric dans une multitude de conneries comme des postes de télévision grands formats aux quatre coins carrés, pour être bien sûr de ne pas rater les corners – Terme enfin... qui désigne la convenance polie du vocable propre à la même langue pour désigner l’acte sordide d’extraction d’une personne « dérangée » comme Madeleine (qui préférât toujours qu’on l’appelle Hélène), de la place qu’elle occupait sur le terrain du grand amour universel. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelque temps plus tôt, Antoine parla très précisément à sa mère de ce projet de chandelle au Mont-Blanc.  C’était — expliquait-il — un tournant dans sa carrière d’alpiniste, le moment de vérité, l’axiome de sa raison d’être. Quelque chose de l’ordre d’une tentative à faire coexister le corps lourd et le poids du feu instable sur des parois affreuses. Un nouvel ordre des choses, oui... forgé à la matière du vide corrosif et de l’oxygène raréfié. L’idée d’une équation idéale entre la vie et la mort. Tout ce qu’on entendait par là d’une lueur étrange et molle qui gouvernait les profondeurs de la condition humaine à des altitudes tristes, et les faîtes, les pinacles... comme ligne d’horizon parfaite. L’absurdité de la vie sur terre rapportée à l’élégance de la prise de risque, du péril imminent... une mort permanente. Antoine expliquait son projet du pilier du Freney par le truchement d’une  ascèse à laquelle il s’était astreint jour et nuit depuis des mois. Un entraînement de combat pour s’accoutumer aux incandescences de l’esprit par l’entremise d’un savant dosage de souffrances extrêmes et d’un plaisir sensuel aux confins des contingences physiques. Antoine parla encore du mercure comme un but ultime qu’il comptait bien atteindre un jour au lieu de sa propre conscience. Oui, un jour, Antoine saurait  substituer le sang de sa race par l’exquis venin métallique argenté du cinabre. Du haut du ciel transpercé des fines citadelles de granit, Antoine sentirait alors ses veines se gonfler du précieux liquide étoilé, le métal ranimer ses entrailles, et son cerveau s’évaporer dans l’azur. Antoine avait encore rajouté que sa démarche n’avait rien à voir avec une attitude suicidaire romantique, mais qu’il fallait plutôt comprendre sa conduite comme l’expression d’une volonté imprescriptible à manœuvrer de telle sorte pour soi-même, qu’elle deviendrait l’intérêt de tous. Il lâcha un dernier « Vivre, maman... c’est combattre... Et c’est avant tout postuler soi-même au combat., héroïque.. » avant de  permettre à Madeleine de s’effondrer sur elle-même.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alpiniste, soit !... un aventurier, Un trompe-la-mort...  d’accord !... Mais fallait-il aussi qu’Antoine se jette dans cette aussi triste matière que la passion insensée, ridicule... pour ces élévations inertes et tout à fait dissimulées au regard du monde.   Alpiniste... L’habit lui allait bien, certes ! (Antoine aimait à porter son attirail de cordages et de matériel en duralumin sur son torse nu, éphèbe... pour provoquer l’inquiétude de sa mère et en remontrer à son père. (Une sale habitude qu’ont les garçons à cet âge, d’exhiber l’instrument de leur belle vigueur à l’égard du sexe féminin en même temps qu’ils tentent d’écarter toute rivalité par cet effort de démonstration ; y compris venant d’un type comme C.,  &lt;span style="font-style: italic;"&gt;son corps flasque et son ventre mou, ses petits yeux rentrés et sa bouche d’hypocrite. Un lâche !&lt;/span&gt; Une démonstration puérile, et dans certains cas désespérés... parfaitement insurmontable par la suite.) Un bel habit... mais qui en profiterait alors, aux confins de ces pics affreux ? Madeleine et son petit Georges, son petit rat de la grande école du Bolchoï ou du palais Garnier... son petit Noureïev !... (la nouvelle étoile des ballets de Paris).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Hélène se contenta d’admirer une dernière fois son petit Antoine danser, sauter, soubressauter, tournoyer... Son petit mulot, son ange... son papillon. Puis il fallu procéder à ce troc infâme, de l’image d’une scène en bois précieux et dorée du salon bourgeois familial... pour ces planches funèbres, un parquet macabre. Le pandémonium du piédestal, arrangé en forme de pic effrayant, avaleur de rats de toutes sortes et qui ne rendait jamais rien, qu’une fois broyé, laminé... éviscéré.  &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce « pilier du Freney », ce morceau de caillou gelé lui remontait à la gorge comme le bourbon vomit par litres après la lecture d’un roman de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Walter Bonatti&lt;/span&gt;. Une histoire atroce, une des plus grandes tragédies alpines qui emporta avec elle des jeunes gens en pleine force de l’âge. Il n’y avait pas de mot pour décrire l’horreur de ce drame épouvantable, fondateur d’une mythologie définitive dans la grande presse à sensation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Kholman, Vieille, Guillaume, Oggioni, Gallieni. &lt;/span&gt;»  La nuit, Madeleine énumérait le nom des jeunes victimes de ce mois de juillet 1959, sans réussir à écarter celui de « Georges-Antoine Noureïev » qui finirait bien par s’ajouter à la longue liste de tous ceux — ces martyrs — restés là-haut.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;B. regretta encore l’éducation catholique de son fils.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Juste avant de rejoindre Pierre, Antoine avait relu quelques passages de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Nietzsche &lt;/span&gt;soulignés sur son cahier rouge :&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;(...) vivez dangereusement, construisez votre maison sur le Vésuve ! écrivait le philosophe romantique. On n’apprécie jamais si bien la valeur de la vie que lorsqu’on la risque.&lt;/span&gt; Etc...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pierre, préparait une classe scientifique pendant qu’Antoine n’eut assez vite, plus rien à préparer du tout. L’idée effrayait le jeune Conte, d’avoir toujours à supporter la force de démonstration rationnelle de son meilleur ami, par le biais de ses modes de calculs invariables ; de supposer quelquefois que Pierre puisse avoir encore raison sur le plan de la sémantique pure, grâce à des raisonnements théoriques immuables. Le garçon, d’à peine un an l’aîné d’Antoine, et &lt;span style="font-style: italic;"&gt;calé en science des mesures toutes faites&lt;/span&gt;... appliquait son instruction en forme « Point final ! » à toute discussion.  Curieusement, tout ce qui séparait les deux jeunes gens dans la matière banale de leur vie quotidienne, devenait le plus convaincant des moyens de leur réussite encordée. Ainsi, fut-il par-delà, entendu que Pierre deviendrait le stratège méthodique des batailles, pendant qu’Antoine se chargerait de résoudre l’aléatoire des mauvaises conjonctures. La confrontation de l’intuition, de la perception du monde sensible... à l’arithmétique sage de la logique pure, établirait une sorte d’union sacrée, propre à combattre toute forme de résistance extérieure. Ce qui continuerait de prendre en bas, des allures de joutes philosophiques inextricables entre ces deux beaux exemples humains du sens-opposé... élaborerait sur les parois, l’arme incontestable de leur victoire. Oui, ce sont bel et bien les oppositions idéologiques les plus farouches entre les deux grimpeurs, qui édifieraient dans les années qui suivraient, l’armature la plus solide de toutes les machines de guerre à l’endroit des derniers problèmes alpins....&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour « le pilier central », Pierre s’était donc cramponné tout un hiver à la lecture rituelle du document topographique de référence (Le Vallot), au point d’en connaître par cœur le moindre détail technique, la plus petite possibilité de réussir à s’en sortir entier. Une fierté, un orgueil tout distinctif de l’appareillage sensible de Pierre, dont le matheux, le géomètre... répercutait chaque effet sur la substance intangible d’Antoine, lorsqu’ils partaient s’entraîner ; les jours de pluie surtout ! afin de se préparer au pire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Du col de Peuterey (3934m) à l’attaque de la chandelle, 6h-8h. Du col et par une longue traversée à courbe de niveau, se diriger au pied du pilier central (rimaye parfois délicate). Quelques longueurs en terrain mixte mènent au pied du premier ressaut que l’on franchit en son centre par une ligne de fissure caractéristique (deux à trois longueurs IV sup., V)...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Antoine, lui, préférait occuper le vide qui convient à l’attente... à relire des passages entiers de l’amateur d’abîmes et d’en recopier quelques vers sur un cahier à carreaux griffonné de mille virgules bucoliques et amoureuses sur les filles et les montagnes. Les filles surtout !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Maintenant les pierres et le gel ont perdu sur vous tout pouvoir, et le vide lui-même est un mot vide... Et la tourmente n’a plus de griffes, la vallée plus de discours, les horizons plus de mystère pour vous autres que les pénibles chemins de la glace et du roc ont enfin mené quelque part ! Mais nous continuons d’errer dans les labyrinthes de la nuit et d’écorcher nos doigts aux murailles insensibles et de chercher une issue à tâtons vers les cimes où règne la paix. Le gouffre est à nos trousses, gueule ouverte, les pierres embusquées dans leur tanière s’apprêtent à bondir, les ténèbres mûrissent lentement des avalanches... Quoi ! Nulle fissure n’apparaîtra-t-elle dans cette prison, nulle route ne surgira-t-elle sous nos pieds meurtris, nul signe d’alliance ne s’inscrira-t-il quelque part dans le ciel ?... Ô Dieu, donnez-nous enfin l’aurore. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:78%;" &gt;&lt;br /&gt;© SAMIVEL L’amateur d’abîmes&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Vacherie  !  S’exclama Pierre comme percé de toutes les pointes de ses équerres scolaires. Tu savais que c’était du VI dans la cheminée surplombante ?!...&lt;br /&gt;-Qu’elle cheminée ?&lt;br /&gt;Pierre leva les yeux vers le toit du bureau de poste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pierre et Antoine sont assis à &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La terrasse&lt;/span&gt;, le café moderne style appuyé sur la rive droite de l’Arve. Un point de vue de carte postale sur le massif du Mont-blanc et sur toutes les filles qui se croisent en nuée hallucinante sous le totem en bronze vert de la place Balmat. (L’allégorie métallique de la conquête, bien entretenue à l’adresse des découvreurs du sommet le plus photographié du monde). Une foule de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;monchus&lt;/span&gt; des deux sexes s’y pressait chaque jour, dont Antoine cherchait à s’expliquer les douteuses intentions, lorsque ces touristes-là prenaient la pause, à peu près toujours la même, pour se faire tirer le portrait-souvenir au premier plan de l’entrejambe des deux aventuriers les plus célèbres des Alpes. Antoine, se souvenant aussi d’une littérature célébrée dans des cahiers intimes de sa mère... ne pouvait s’empêcher de voir en cet aggloméré de métal forgé, le symbole phallique au pied duquel une grande partie de l’humanité s’exerçait à s’offrir. L’image du pèlerinage phallocentrique défilant en flux compact au pied des neiges éternelles, l’amusait chaque fois. Un rendement couard et affreusement bruyant sous l’élément des hauteurs virginales de la terre. L’alpiniste mesurait d’autant mieux ce hâle ostensible de la foule banale... que le jeune homme s’efforçait à inscrire son action dans un effort de transcendance virile. Un noble combat qu’Antoine tentait de coucher sur son carnet de courses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’aventure montagnarde constitue bien en cette expérience de la raison humaine confrontée à son désespoir amoureux. Une formidable expérience de la prédominance masculine pour le progrès de l’espèce...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La preuve était considérable dans les défis que les deux jeunes gens se lançaient sans cesse sur les cimes et qui égaraient les filles lorsqu’ils redescendaient.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Oui, l’esprit de conquête fut bien de tout temps l’apanage du sexe fort et joua même une sorte de rôle essentiel au perfectionnement du monde libre et civilisé. En substance, je vis personnellement cet effet dramatique d’une noble semence éjectée de son enveloppe naturelle, alors qu’une nature abstraite refusait d’y souscrire entièrement. Une certaine dynamique de la dispersion engendrée par l’humeur exécrable d’une jeune réceptrice non consentante. Exception faite de cas très rares, et particulièrement bien dotés... un tel comportement de sa partenaire provoque une rupture de la chaîne instinctive d’actions-réactions combinées, obéissant à des lois universelles de la reproduction, oui... indispensable à sa survie. Si l’on voulait aller plus loin... Prenez Darwin, la Théorie de la sélection sexuelle de Darwin, 1871.  Et considérez qu’une augmentation importante de la descendance des mâles préférés, au sein de l’espèce, permet bien l’évolution des caractères, par ailleurs, affirme-t’il...  sans intérêt. Mais bon passons !...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Bef ! D’aucun comprendra qu’il est au demeurant plus estimable qu’une jeune femme se laissât prendre d’un amour absolu pour le garçon de sa vie et se réserve entièrement pour lui, au lieu d’à moitié concéder son pucelage à n’importe quel camionneur de passage... En pure perte donc !&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Et pour en terminer !&lt;/span&gt; écrivit encore « l’alpinietzsche » pour en terminer là d’une vengeance lentement préméditée à l’adresse de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;cette espèce de transporteur d’âme un peu simple et forceur de boutons... ce routier !... La femme donne la vie, un privilège homogène à toutes les espèces ou presque... Mais le mâle, ainsi dégagé du rôle aliénant de la gestation, à cette capacité extraordinaire de disposer du temps nécessaire à forger sa destinée à la hauteur de ses ambitions. « La transcendance de la vie par l’existence... » qui caractérise la supériorité de l’espèce humaine sur le règne animal est donc bien l’apanage des hommes. Dés lors, et ne serait-ce que par respect au moins de cette nature supérieure consentie à leur endroit, ceux-là  ne doivent avoir de cesse de batailler avec acharnement pour défendre leur temps libre...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Antoine conclut plutôt abruptement sur une véritable pensée de gauche. Ce que pierre lui fit remarquer tout de suite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le « naturaliste » compta les filles. Toutes les filles formidables qui vadrouillaient sans raison dans l’air pathétique d’une fin d’après-midi terminée dans l’oxygène raréfié chamoniard. Le « naturaliste » esquissa quelques traits sur son carnet à spirale, deux ou trois figures volées dans la foule au nez et à la barbe de Pierre qui leur trouva un air triste et « malheureuses »... les gomma franchement, s’appliqua de nouveau sur la forme aléatoire d’un papillon... une forme au hasard, une idée lancée au conditionnel pour ne rien décréter à l’avance d’irréversible... Non, pour ne rien présumer d’un bleu extraordinaire épanoui sur les deux ailes d’un lépidoptère exotique, un Morpho cypris de Colombie, parfaitement incapable de survivre plus d’une minute sous cette latitude en pareille saison. Antoine, ravi, entreprit Pierre sur cette preuve supplémentaire quant à la prédominance du monde sensible sur les mathématiques bien réglées de son monde un peu étriqué.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’abstraction n’avait-elle pas cette vertu considérable contre l’aliénation, en luttant contre l’ordre établi !...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pierre, écoeuré, préféra ne rien répondre franchement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En conséquences, Antoine enfonça l’argument de l’impossible bleu du papillon colombien qui persistait pourtant sous cette latitude sans aucune réalité tangible d’un point de vue rationnel, alors qu’une quantité d’adrénaline parfaitement mesurable sur le plan scientifique, continuait de se répandre dans les avant-bras de son compagnon de cordée. La preuve de la pertinence du monde sensible et son corollaire de sensations fortes étaient là, palpables au-dessus de leur tête, sur des montagnes dont ils ignoraient encore l’essentiel mais qui déjà, exerçaient sur eux un pouvoir fascinant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un « Ta gueule ! Putain tu fais chier... » planta nette la tentative d’Antoine de poursuivre son raisonnement sur les conséquences possibles de l’abstraction.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/272337987890703271-4710223212758649803?l=lecoupdechaud.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/feeds/4710223212758649803/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=272337987890703271&amp;postID=4710223212758649803' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/4710223212758649803'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/4710223212758649803'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/2007/07/le-coup-de-chaud-capitre-vii.html' title='LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE VI'/><author><name>jean-Luc Gantner</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://1.bp.blogspot.com/-mRvgoJL0ohM/TX8U-FgjFwI/AAAAAAAAEbo/VZoUQW5Bq_c/s220/photomobile%2B0.jpg'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-272337987890703271.post-5752529746241993568</id><published>2007-08-07T15:20:00.014+02:00</published><updated>2009-07-15T08:42:07.564+02:00</updated><title type='text'>LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE VII</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;CHAPITRE 7&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt; MORT AU PILIER DU FRENEY&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt; (DEUXIEME PARTIE)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Jeudi, Quai du Vert Galant.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Je le sens bouger. Pas seulement un pressentiment, non ! mais un véritable mouvement. Je n’ai encore rien dit à Charles. Je ne suis sûr de rien d’ailleurs, on est jamais sûr de rien. J’ai vu NotoriousX avec Ingrid Bergman et Rose. Ensuite on est allé boire un café, elle m’a dit que le film serait présenté dans ce festival dont tout le monde parle. Cary Grant est vraiment beau. Il faut dire que les autres dans le film ?!... Je ne sais pas pourquoi Rose veut toujours m’emmener voir des films pareils ? Elle adore les intrigues et les histoires tordues. Aujourd’hui un type m’a prise en photo devant la Seine avec ma machine portative sur les genoux. Un type sympathique. Il disposait d’un appareil plutôt impressionnant, m’a dit que l’angle était bon, que je ne devais plus bouger, et je me suis laissé faire.  J’ai tout de même gardé mes lunettes de soleil. Après, le type, un véritable artiste... m’a montré quelques tirages dont il semblait très fier. Des images franchement intéressantes comme ces glaneurs de charbon sur le canal St Denis ou la concierge de la rue Jacob. La dame n’a pas l’air commode ! Des choses très drôles aussi comme ces enfants du 13e qui marchent sur les mains ou bien une amusante mariée chez Gégène à Joinville-le-Pont. Je ne sais pas si l’on se reverra, parce qu’il m’a dit qu’il partait faire un reportage en Yougoslavie bientôt. Il voyage beaucoup. J’aimerais quand même bien voir un jour la photo ! (...)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Les enchaînés, un des meilleurs films d’A. Hitchcock et du premier festival de cannes présenté au public en 1946&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le journal poursuivait :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;« L’homme naît avec la faculté de recevoir des sensations, d’apercevoir et de distinguer, dans celles qu’il reçoit, les sensations simples dont elles sont composées, de les retenir, de les reconnaître, de les combiner, de conserver ou de rappeler dans sa mémoire, de comparer entre elles ces combinaisons, de saisir ce qu’elles ont de commun et ce qui les distingue, d’attacher des signes à tous ces objets, pour les reconnaître mieux, et s’en faciliter de nouvelles combinaisons.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Cette faculté se développe en lui par l’action des choses extérieures, c’est à dire par la présence de certaines sensations composées, dont la constance, soit dans l’identité de leur ensemble, soit dans les lois de leurs changements, est indépendante de lui. Il l’exerce également par la communication avec des individus semblables à lui ; enfin, par des moyens artificiels, qu’après le premier développement de cette même faculté, les hommes sont parvenus à inventer.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les sensations sont accompagnées de plaisir et de douleur ; et l’homme a de même la faculté de transformer ses impressions momentanées en sentiments durables, doux ou pénibles ; d’éprouver des sentiments à la vue ou au souvenir des plaisirs ou des douleurs des autres êtres sensibles. Enfin, de cette faculté unie à celle de former et de combiner des idées, naissent, entre lui et ses semblables, des relations d’intérêt et de devoir, auxquelles la nature même à voulu attacher la portion la plus précieuse de notre bonheur et les plus douloureux de nos maux.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Si l’on se borne à observer, à connaître les faits généraux et les lois constantes que présente le développement de ces facultés, dans ce qu’il a de commun aux divers individus de l’espèce humaine, cette science porte le nom de métaphysique(X) ».&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:78%;" &gt;Jean-Antoine-Nicolas Caritat, Marquis de Condorcet&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Déf : Recherche rationnelle ayant pour objet la connaissance de l’être absolu, des causes de l’univers et des principes premiers de la connaissance. (Dans le cas du Marquis de Condorcet, « L’esquisse » de ces beaux principes s’achève en prison sous « la terreur », qui le condamne à la guillotine. L’apôtre de la défense des droits de l’homme, des femmes, et des noirs ; « le girondin » opposé aux « Montagnards » de la convention, refusant de voter la peine de mort pour Louis XVI ; s’empoisonna dans sa cellule de Bourg-la-Reine le 2 8 mars 1794 pour échapper à l’échafaud).&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour l’heure, Antoine s’était borné, à ce point final d’un début d’esquisse « d’humanité perfectible à l’infini » &lt;span style="font-style: italic;"&gt;dans l’art et la manière de savoir ce qui pouvait bien se passer d’un peu étrange dans le liquide placentaire après plusieurs mois de grossesse&lt;/span&gt;.  La phrase était rajoutée à la marge de l’opus républicain recopié par sa mère, bien des années plutôt.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Le truc de Condorcet... c’était les « &lt;span style="font-style: italic;"&gt;probabilités &lt;/span&gt;». Finit par répliquer Pierre, lassé de jouer les potiches face aux déblatérations tortueuses et abscondes de son camarade de jeu très en verve du moment.&lt;br /&gt;-Pardon ?&lt;br /&gt;-Les calculs de probabilité, je te dis. Pierre, affligé, mais sûr de ses chiffres, matait l’accumulation de notes éparpillées sur le cahier d’Antoine depuis ses lunettes de glacier. Un modèle Cébé™ fabriqué en Frasne dans le Doubs(X)...&lt;br /&gt;-T’as pas froid aux yeux avec des loupes pareilles ? Avec tes verres, on dirait une mouche je te jure ! Antoine interposa son avant-bras en forme de barricade à ses figures intimes.&lt;br /&gt;-Ha, ha !... Pierre se gaussa, ajustant sa mire très haut vers les pentes neigeuses et leurs rimayes respectives.&lt;br /&gt;-Condorcet... son truc, c’était la crédibilité des conjonctures par le moyen  des lois mesurables. Tout le contraire de toi. Demande, si tu sais pas.&lt;br /&gt;-Et ça lui a coûté sa tête... ou moins une !  C’est-à-dire que dans son cas, la bonne mesure pu être celle de sa taille par exemple... mais déduite de sa tête de p’tit matheux dont personne n’avait rien à foutre à ce moment-là.&lt;br /&gt;-T’es vraiment con !&lt;br /&gt;-Parce que toi, tu l’a lu Condorcet ! Antoine referma son bloc-notes et visa très haut à son tour.&lt;br /&gt;Pierre s’enfila dans la brèche pour occuper à nouveau le terrain.&lt;br /&gt;-Son truc, articula Pierre, c’était : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’analyse de la règle générale qui prescrit de prendre pour valeur d’un événement incertain la probabilité de cet événement multipliée par la valeur de cet événement en lui-même&lt;/span&gt;. Ça t’en bouche un coin ça hein ! Et il est probable que dans « la cheminée » d’où nous sommes parti, le pas de VI... te pose un sérieux problème mon petit lapin ! Aussi vrai qu’il y est pas mal de chances pour que je m’appelle Pierre et que je te colle une gaufre dans cette vacherie de cheminée à la con .&lt;br /&gt;-Et toi, c’est quoi ton truc ? T’es ramoneur ? T’aimes pas « les  montagnards » C’est ça ? (Antoine avait dit « Montagnards » par opposition aux &lt;span style="font-style: italic;"&gt;girondins,&lt;/span&gt; vous l’aviez bien sûr entendu comme moi...)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pierre avait conclu d’un : « S’il plait à Monsieur le Comte... » très haut perché sur un mouvement de tête inclinée qui marquait toujours chez lui, non la déférence imbécile à tous ces titres pompeux étalés dans la presse du dimanche après la messe... mais une sorte de vif encouragement à en terminer-là des beaux discours pendus à la lanterne d’un si triste empire philosophique.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;&lt;br /&gt;-X- La marque en question, née en 1892 de la volonté de Carl Benz à disposer d’une paire de lunettes adaptée à sa conduite et à celle de son chien... débuta sa véritable success story à partir des années soixante-dix sur le secteur de l’équipement de loisirs. En 2007, le groupe italien Marcolin, propriétaire de la marque délocalisée en chine depuis 1999, annoncerait la fermeture de sa bonne vieille usine de Frasne, dans le Doubs, et le licenciement de 92 personnes. Cette année-là le groupe confirmerait aussi un chiffre d’affaire assez confortable de16 millions d’euros.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le beau temps était annoncé pour au moins trois jours dans toutes les alpes du nord. Les informations émanaient du centre local de météo France qui confirmait les prévisions générales de la station de Genève.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Beau temps sur toutes les vallées de l’Arve, du Faucigny et du Beaufortain. Du col de la Faucille au col de l’Iseran. Un vent modéré en vallée, plus sensible toutefois au-dessus de 3000m. Précisions pour la haute montagne : Se méfier d’un possible mouvement de température à la hausse cette nuit qui pourrait entraîner un isotherme,1000m au-dessus d’une moyenne satisfaisante pour de bonnes conditions de gel.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La nuit s’annonçait magnifique. Avant de sauter dans la dernière benne du téléphérique de l’aiguille chargés de tout leur matériel d’escalade, Antoine prit la peine de téléphoner à sa mère. Un rituel auquel il ne dérogeait jamais. ni l’un, ni l’autre n’avait évidemment le moindre moyen de s’en douter, mais à ce moment précis des toutes dernières précautions d’usage, et d’un ciel bleu, dense et presque noir où pointeraient bientôt les premières étoiles...  Madeleine et Antoine se parlèrent pour la dernière fois. Elle l’embrassa très fort à plusieurs reprises et Antoine ressentir ses lèvres humides et chaudes, réconfortantes sur ses joues. Un court instant, les yeux plantés dans la grâce du couchant, il pensa au papillon... se dit qu’il devrait un jour renseigner sa mère d’une vague préférence qu’il éprouvait pour les papillons au lieu des rats, mais s’avisa de n’en faire rien pour cette fois. L’esprit d’Antoine grignotait la ligne d’horizon accablée sur les crêtes occidentales pendant que Madeleine se rongeait le sang dans son luxe inutile de recommandations. Sa mère lui fit promettre de faire attention à lui, de ne prendre aucun risque inutile, de ne rien envisager qu’il puisse regretter ensuite... Madeleine fit comme font toutes les mères du monde dans ces cas-là, puis raccrocha. Les ombres du Brévent achevaient d’embarquer l’architecture typiquement savoyarde, et le béton gris des constructions nouvelles, sans distinction de classe. La montagne, immense colosse, prit le relais sous la forme d’une silhouette monumentale en mouvement sur la ville. Puis ce fut le rugissement métallique du téléphérique s’arrachant du monde veule, amorphe et ses reflets violets, vers les hautes sphères éclatantes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain vers onze heures trente, La bonne retrouva sa patronne debout sur un fauteuil à médaillon, nue ou à peu près nue... installée juste au pied de la fenêtre ouverte de la chambre d’où l’on aurait juré que Madeleine avait pris la décision de s’envoler !...  L’employée de maison tenta tout ce qu’elle pu afin d’essayer de ramener Madeleine dans l’alignement d’une ère d’atterrissage plus propice, mais n’en trouva pas la force suffisante. Une véritable hystérique.&lt;br /&gt;-Voulez-vous que j’appelle Monsieur ? Répétait la bonne...&lt;br /&gt;Madeleine ne répondait plus qu’en jurant, ou par de longs râles stridents.&lt;br /&gt;-J’appelle le docteur madame. Faites pas de bêtise, je l’appelle tout de suite... Terrifiée, l’employée avait composé le numéro du médecin de famille, mais avait avalé sa langue en même temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pierre et Antoine n’étaient plus qu’à quelques longueurs de corde du sommet. Ils attaquaient la traversée difficile qui mène au grand dièdre-cheminée surplombant. Antoine, engagé sur quelques prises mal-aisées avait tout d’abord ressenti des picotements comme des fourmillements aux extrémités des doigts. C’est à peu près au même instant que Pierre remarqua l’énorme masse noirâtre se comprimer au-dessus d’eux. Les jambes d’Antoine se mirent à flageoler, légèrement pour commencer, mais qui communiquèrent en ondes successives et de plus en plus fortes au reste du corps, comme un frissonnement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Vacherie de merde, qu’est-ce que tu fous ?!...  Pierre voyait l’issue de leur aventure se dessiner en une suite logique de verticales tirées vers le bas. Il était 11h30 ce dimanche matin, c’est-à-dire 66 heures et 30 minutes exactement après qu’ils eurent quitté la vallée de Chamonix par le téléphérique. Soit 12 heures d’escalade depuis le col de Peuterey. À 11h31 calculait Pierre... Antoine décrocherait « de ce putain de pas de VI » (selon l’échelle de cotations proposée par Lucien Devies pour les alpes occidentales, et qui coïncidait pour le VIe degré aux limites des possibilités humaines). À peine une seconde plus tard, il l’entraînerait lui, dans une  chute que rien ni personne alors ne pourrait enrayer, lui... ses savants calculs et sa panoplie de petit géomètre. Aussi et en conséquences tragiques de quoi ; considérant encore de l’ordre de la minute... le temps qu’il leur faudrait pour parcourir le segment de droite précédemment cité sous la forme du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Pilier central &lt;/span&gt;: Pierre estima À 11h32 au grand maximum, le moment où ils auraient rejoint le col Italien par la voie la plus courte. Un record de descente toutes catégories. La grande classe !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Antoine enviait tout de même cette faculté de Pierre à pratiquer le calcul mental avec autant d’esprit, sincèrement !  Mais pas ce jour-là, non ! Pas cette fin de matinée juste avant midi. Pierre, son frère de courses. Un génie de la règle des trois et de la preuve par neuf ; un savant considérable en système métrique ; un accro des chiffres ronds, des nombres proportionnels et inversement... Le Georges Mallory du pourcentage, le Paul Preuss(X) de la racine carrée... Avec un peu de chance, on l’aurait même plus tard embauché à la SNCF ou au service des sports d’un journal télévisé. Mais pas tout de suite, pas maintenant ! Pour l’heure, l’arpenteur bloquait sur le zéro, le trouillomètre figé sur le premier chiffre d’un alphabet quantique qu’il maîtrisait pourtant mieux que personne.  L’aventure de leur vie, « le tournant décisif », l’aurore de leur fortune prochaine... basculait indubitablement du côté des chiffres impairs, et de leur stricte part variable... Dans un instant, Antoine allait planter-là, au comble d’un vide affreux, les plus beaux rêves de son avenir d’expert géomètre. Tout était joué, « comme deux et deux font quatre »... Antoine allait lâcher prise. Ils mourraient tous les deux comme Antoine parlait toujours d’un grand éclat blanc à la fin. Voilà Tout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Paul Preuss. Grimpeur autrichien célèbre pour ses ascensions de parois difficiles en solitaire. Une référence dans le domaine qui servira d’exemple à beaucoup de grands alpinistes qui suivront comme le tyrolien Reihnold Messner ou encore Patrick Edlinger d’origine toulonnaise. Preuss fut l’auteur d’un théorème appliqué à cette discipline dont un des point essentiels consistait en cette simple formule. À savoir que le principe de sécurité dérive d'une honnête estimation de ses capacités, et non de l'utilisation de moyens de progression artificiels. Preuss meurt en octobre 1913, après une chute de 300 mètres alors qu'il gravissait en solo la face nord du Mandlwand.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;Le grimpeur de tête, sentit la force considérable de la terre aimantée ; toute la puissance des atomes. Mais le garçon ne cria pas d’instinct. « Immortel... » persuadé d’une assurance individuelle unique contre les aléas des grandes énergies cosmiques ; protégé des trous noirs et de toute la matière instable. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les anges célestes n’expirent-t’ils jamais qu’à la stricte limite des fournaises sidérales ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au même moment, Hélène ressentit l’abîme brûlant ; mille flammes infernales... et une multitude d’archanges célestes complètement dépassés face à la puissance terrible du grand incendie. Le moment exact où la mère d’Antoine tenta d’engager le pire des combats contre les forces réfugiées en une commissure calcinée de son ventre pillé. La pire des batailles. Un vrai carnage ! Mais Hélène ne se laisserait pas faire... Non, Hélène ne laisserait pas son petit Antoine supplicié de telle manière, infâme... sans réagir. Hélène sauverait son petit ange, son martyr, oui, quitte à se faire cramer elle-même dans l’ypocauste de la maison de son fils prodigue, et pour l’éternité éternelle... Son artiste, son petit rat d’amour... son angelot, son petit bout de mulot à elle...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Antoine n’avait éprouvé qu’une chaleur intense lui traverser le corps ; un éclair fulgurant. La foudre s’était abattue sur la paroi qui gardait encore son odeur écœurante. À quelques mètres... ou quelques centimètres seulement de la cordée. La frayeur de leur vie, mais saufs. Une simple manœuvre d’intimidation. Faible, pauvre argument ! Le cœur de l’orage, lui, s’était déplacé plus à l’Est, et la neige qui tombait maintenant sur les dalles lisses de protogyne menant au sommet, conférait à cette fin d’expédition le caractère singulier, d’un monde tout entier, qui recommencerait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À 12h30 l’équipe marchait sur l’arête du brouillard en héros. Trois heures plus tard, selon les prévisions de Pierre, la cordée tiendrait sa victoire définitive au sommet du Mont-blanc. Dans une sorte de joie confinant à l’euphorie, l’élève ingénieur s’accorda la faveur d’un dernier calcul...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-4606m... Encore 201m et c’est gagné mon pote !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce furent ses derniers mots. Pour une raison inconnue, le garçon se détacha du Cordon ombilical qui le reliait à son compagnon depuis la veille, et disparut à jamais dans la tempête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marie avait écouté l’histoire d’Antoine, serrée tout contre son corps bouillant. Pour la première fois, la jeune femme s’était rendu compte de son amour pour lui. Son amant... Son amant d’alpiniste d’Antoine, son Antoine aujourd’hui photographe ou tout ce qu’il pouvait bien lui faire plaisir d’imaginer être encore pour tenter de l’épater !... &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Elle et son p’tit cul.&lt;/span&gt; Elle fut aussi un peu triste pour Tony, mais c’était déjà trop tard. Marie n’avait pas envie d’y penser, pas maintenant ! Marie ne voulait plus penser à rien justement. Je crois qu’ils écoutaient un truc d’Edith Piaf à ce moment-là. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Paris,&lt;/span&gt; cet air d’accordéon lancinant. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Paris... Montparnasse et le café du dôme, les faubourgs, le quartier latin, les Tuileries et la place Vandômeuh...&lt;/span&gt; Antoine aimait beaucoup les sonorités, le timbre de voix de la nana de Paname.  Ses vieilles voix étranges et ronronnantes dans l’arrière-plan sonore craquelé... Tout ce qui lui rappelait son enfance avec sa mère. Ces souvenirs d’un cinéma réaliste en noir et blanc, un peu chiant aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marie sut qu’Antoine repartirait encore loin d’elle. Elle sut qu’elle aurait mal encore une fois, qu’elle aurait encore froid et qu’elle pleurerait sûrement.&lt;br /&gt;Alors Marie s’occuperait de son petit Jules... Marie entourerait Jules d’un amour total qui l’accompagnerait chaque jour, chaque nuit, à chaque seconde... Ça lui prendrait beaucoup de temps bien sûr ! pas assez pourtant... Non, pas assez pour occuper les absences d’Antoine. Lui, continua de parler, de chercher une explication rationnelle, évidente à la chute de Pierre. C’était il y a longtemps déjà, cette perte de mémoire subite, cette amputation d’un frère, son seul et véritable ami. Elle, Pleura sur &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’hymne à l’amour&lt;/span&gt; avant que le disque ne s’arrête de tourner. L’année 1968.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Toutes ces questions qu’Antoine C. Beauregard se posait sans cesse étaient consignées dans ce qui représentait aujourd’hui une collection assez conséquente de carnets scrupuleusement numérotés. Les carnets d’Antoine et ceux de sa mère. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Qu’est-ce qu’il croyait ce p’tit con !?... »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/272337987890703271-5752529746241993568?l=lecoupdechaud.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/feeds/5752529746241993568/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=272337987890703271&amp;postID=5752529746241993568' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/5752529746241993568'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/5752529746241993568'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/2007/09/le-coup-de-chaud-capitre-vii.html' title='LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE VII'/><author><name>jean-Luc Gantner</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://1.bp.blogspot.com/-mRvgoJL0ohM/TX8U-FgjFwI/AAAAAAAAEbo/VZoUQW5Bq_c/s220/photomobile%2B0.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-272337987890703271.post-8762933306655870019</id><published>2007-07-08T14:39:00.019+02:00</published><updated>2009-07-15T08:42:44.558+02:00</updated><title type='text'>LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE VIII</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;CHAPITRE 8&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;L’AMANITE TUE-MOUCHES&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;Amanita muscaria&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Madeleine ne s’était pas réellement senti concerné par l’accident de Pierre à l’époque. D’ailleurs Madeleine Conte ne s’était plus jamais senti concernée par grand chose, en vérité !…  ni de cette folie passée des &lt;span style="font-style: italic;"&gt;montagnards&lt;/span&gt;, ni du grand amour de Sophie pour son intelligent marquis (ses paradoxes, la probabilité d’une révolution... Tout ce qui pour finir, avait pu lui empoisonner la vie jusqu’à cette fin tragique…) Non, rien n’avait plus jamais intéressé madeleine au-delà des yeux brillants du petit garçon qui lui rendait visite de temps en temps dans sa chambre d’hôpital à Brienne-le-chateau(X). Le petit garçon et ses beaux yeux bleus, son beau regard triste qui lui rappelait pourtant quelque chose… quelque chose d’elle peut-être ?… quelque chose rien qu’à elle. Mais Madeleine n’en était pas sûre, comme Madeleine ne fut plus jamais sûre de rien. « Antoine, son petit roi, son petit prince, son petit Conte, son petit rat », « son petit papillon »... (mais Madeleine ne s’en était plus souvenu non plus !) »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Château construit au XVIIIe s. Par L. Fontaine sur l’emplacement d’un château féodal. L’ancien couvent des Minimes abritait l’école militaire où Bonaparte fit ses études de 1779 à 1784 (et par conséquent : musée Napoléon) ; culture du chou ; fabrication et fête de la choucroute ; hôpital psychiatrique.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Une à deux fois par mois, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Hélène&lt;/span&gt; recevait ces gens... dans son élégante petite robe vieux rose. Le Chanel qu’elle avait toujours préféré entre toutes. La couleur lui allait bien, un vieux rose pâle sur le teint jaune de Madeleine, mais le père d’Antoine continuait de voir sa femme, nue, en génuflexion… prosternée par-dessus de la fenêtre de leur hôtel particulier troyen… s’écartant les cuisses au-dessus de la rue, à deux doigts de sauter dans le vide en hurlant ». L’image grotesque et obsédante avait fini par lui gâché la vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Depuis ce jour, Charles Conte-de-Beauregard n’avait plus jamais réussi à pénétrer une femme correctement. Ni Rose, ni plus aucune autre secrétaire intérimaire qui ne demandait que ça... Madeleine et sa génuflexion... lui avaient gâché sa vie, sa virilité et le reste de ses activités commerciales. De son côté, Antoine s’était mis à la peinture et calquait à l’infini toutes sortes d’insectes lépidoptères sur des papiers jaunis qu’il envoyait à sa mère par la poste et à ses petites amies lorsqu’il avait le cafard. Ses grands yeux très clairs et sa réputation héroïque au pilier du Freney, l’avaient en partie épargné du désagrément physique contracté par son père. Au lycée par contre, où il redoublait son année de terminale, les choses allaient de mal en pis. La science et la géographie exceptées, cette année-là fut catastrophique. C’est sa professeur de Français, la première, qui fit part à son père d’une transformation malheureuse dans la conduite du garçon. Un simple exercice l’avait convaincu du bouleversement considérable de son jeune poète, oui...  Un enfant très doué pour l’improvisation. Un esthète à sa manière. Un élève de talent dans la matière du maniement de la langue et sensible à ses sonorités « vous comprenez ?! » Son professeur raconta à Charles comment elle avait découvert Antoine, le nez dans un atlas d’astronomie, « oui, comprenez bien »... répétait l’enseignante. « Un simple atlas...  pour parler d’un passage  du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Chant X&lt;/span&gt; (celui du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Paradis&lt;/span&gt;) dans la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Divine comédie&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;SOLEIL : Astre central, lumineux du monde que nous habitons et autour duquel gravitent les planètes. Sa température superficielle est estimée à 5750°C. Le rayon du globe solaire considéré comme sphérique, vaut 109 fois le rayon équatorial de la terre. La distance de la terre au soleil est de 149,5 millions de kilomètres. Sa lumière met 8 mm 18 s pour parvenir jusqu’à nous...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce jour-là, Antoine hésita un long moment devant sa page blanche à cause d’une image séduisante de Marion installée à sa droite, puis recopia mot pour mot cette version mesurée du Larousse pour expédier ce qu’il pensait de l’astre éclatant. « Entendez encore Monsieur Comte... qu’Antoine aurait pu au moins s’arrêter sur l&lt;span style="font-style: italic;"&gt;es soleils noirs de la mélancolie&lt;/span&gt; de Nerval, l&lt;span style="font-style: italic;"&gt;e soleil de minuit&lt;/span&gt; de Tournier et puis &lt;span style="font-style: italic;"&gt;les soleils mouillés&lt;/span&gt; de Baudelaire... tous réunis à la même page à la lettre S du Robert. Mais non, rien. Une suite de mesures toutes faites et dénuées du moindre sentiment humain, voilà tout. Une simple conclusion algébrique, je ne sais pas si vous vous rendez compte ?! » Charles ne se rendait pas tout à fait compte c’est vrai. Mais n’importe qui aurait pu voir qu’il faisait aussi un effort honnête pour intéresser la jeune femme à son activité commerciale en berne. Un outil plein d’ardeurs au savoir faire irréprochable, mais qui ne répondait plus aux exigences du marché. « Que voulez-vous ? » Charles parla avec une légère tristesse dans la voix. Un timbre sombre qui plut tout de suite à la jeune femme. « Sa drôle de bouche et ses petits yeux rentrés. Oui, peut-être ?... mais je ne suis pas certaine. Je ne m’arrête jamais à ce genre de détail physique dans la conversation d’un garçon ».&lt;br /&gt;Antoine échoua au baccalauréat, mais avec un dix-neuf sur vingt en géographie et une note très prometteuse en maths.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils se retrouvèrent au &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Kane&lt;/span&gt;, le café le plus proche du lycée. Antoine disait le Kane comme tous les garçons, au contraire de Marion (sa voisine de droite en Français) qui préférait dire le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Citizen&lt;/span&gt; comme la grande majorité des filles de son âge qui fréquentaient l'établissement. « Une sacrée belle plante ! » aurait affirmé Pierre (mais Pierre ne pouvait plus rien dire à présent ! ni au &lt;span style="font-style: italic;"&gt;présent&lt;/span&gt;, ni même à &lt;span style="font-style: italic;"&gt;la première forme du conditionnel passé&lt;/span&gt;. Pierre gisait, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;imparfait&lt;/span&gt;… écrabouillé quelque part au pied d’une affreuse paroi des Alpes du Nord). Personne, non, personne ne l’avait jamais retrouvé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marion était une de ces filles piquées aux croyances naturelles et à la Mythologie des peuples anciens. Un truc qu’elle tenait de sa tante à ce qu’elle racontait... Une vieille tante du côté de son père dont la famille disait que c’était une sorcière. La belle plante... ou plutôt la fleur d’élite, le p’tit bouquet... visait une carrière d’astrologue entre ses cours de science nat’ et un certain attrait pour la biologie génétique. La garance &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Rubia peregrina&lt;/span&gt; spéculait sur les lignes du ciel et apprenait à lire l’avenir dans le cœur des arbres ; le nœud, ou la rosette des bouts de bois. L’Arménia maritime (ou Gazon de l’Olympe) devinait le meilleur et surtout le pire des gens dans le bouchot ou la culée. « Depuis toujours… » racontait Marion, «  l’arbre représentait un symbole universel. L’arbre cosmique autour duquel s’organisait les jolies choses du monde. Il fut un temps, expliquait encore la jeune vierge... où, bien avant l’apparition de l’homme sur la terre, un arbre géant s’élevait jusqu’aux cieux, et constituait l’axe de l’univers... »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;On retrouvait ce frêne géant dans les textes traditionnels de la mythologie germanique sous le nom d’Yggdrasill. Il était le sycomore de l’Égypte antique ou encore l’olivier de l’orient musulman. Les croyances populaires de Sibérie décrivaient l’esprit d’une femme d’âge mûr qui apparaissait quelquefois entre les racines du bouleau. Ses cheveux au vent, elle découvrait ses seins nus qu’elle offrait au voyageur. Marion regrettait le monde des nymphes, les dryades et des elfes. Aux fleurs-fée... des forêts magiques, succédaient aujourd’hui la glèbe d’un monde balisé sans espoir pour lequel la jeune fille n’était pas réellement préparée...&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;&lt;br /&gt;Un samedi après-midi, la jolie fée Marion entraîna Antoine dans la forêt de Chaource toute proche. C’était là que se trouvait son arbre, une espèce d’idole en forme de hêtre baptisé du nom d’une aïeule disparue. Une déité naturelle censée protéger les hommes de la foudre et d’un tas de trucs dont parla la jeune fille avec tendresse, mais le garçon avoua qu’il avait un peu de mal à se concentrer sur ces sortes d’images hermétiques. Marion expliqua son origine lituanienne(X) à Antoine. Une filiation du côté de sa mère…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- HIS : En 1410 le roi Ladislas II Jagellon (grand prince de Lituanie et roi de Pologne) porta le coup décisif dans les rangs des chevaliers teutoniques. La bataille de Grunwald (Tannenberg) sonna le glas des dernières grandes croisades chrétiennes. On raconte que c’est un chêne mythique &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Romuva&lt;/span&gt;, détruit par les armées allemandes qui avait déclenché les foudres des gens de l’Est. Dégagés de leurs obligations communistes depuis 1991, et malgré leur conversion officielle au catholicisme il y a bien longtemps déjà ; les lituaniens ont renoué avec leurs anciennes coutumes forestières et pratiquent volontiers les cérémonies naturelles. Ainsi, bien souvent, dans les campagnes colorées des rives de la Baltique, certaines églises restaurées apparaissent au spectateur attentif, dans l’alignement d’un poteau de bois sacré, d’un totem à tête de serpent couronné, d’un essaim d’abeilles, ou d’un loup… des saints de bois sculptés dans la mémoire du temps, prêts à en découdre à nouveau avec le premier bolchevique qui oserait pointer son nez dans la campagne inspirée. Des saints de bois et leurs rites païens, qui sentent bon le frêne, le tilleul et l’Armoise ; le parfum des champs. (Mais qui se souviendrait encore d’un tas de choses pareilles ? disons, d’ici dix ans ?…) Des saints, quand même gonflés ! Des saints qui bombent le torse depuis 1992 pour  plaire aux touristes, aux marchands ; pour  plaire aux marchands de touristes… Des saints, météorisés dans la belle et grande Europe économique et libéralisée jusqu’à la sciure de ses chaussures. Des saints d’ébénisteries en kit,  de charpentiers en libre-service ; des saints de bois de d’industrie lourde, des saints industriels… des saints en Teck pour prier au sec ! de l’Okoumé, de l’Amarante, des saints exotiques pour faire plus de fric ! des saints en lamellé-collé, des saints agglomérés, reconstitués… des saints promis au grand marché commun, à la monnaie unique. (Du beau bois, du bois excité par le progrès, la nouveauté ; et qui allait vite cramer... Une bonne boiserie catholique reconvertie au droit d’inventaire et à la liberté d’expression, mais tout le monde ne finirait par y voir que du feu !)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’angiosperme en question mesurait environ 30 mètres et portait le nom mystérieux de Viviane sur l’arbre généalogique familial. Un feuillu du côté de son père... mais relativement difficile à repérer au milieu d’une descendance aussi luxuriante. Fagoté de son titre d’alpiniste malgré sa décision de tout arrêter, Antoine considéra plus galant de prendre en main les opérations de topographie sur le terrain pour permettre à la demoiselle de rester concentrée sur son ouvrage de métaphysique. Se rappelant les conseils de Pierre avant chaque départ de course, le garçon s’était procuré au dernier moment un &lt;span style="font-style: italic;"&gt;guide topographique précis des environs de Palluau  édité par le comité national des sentiers de grande randonnée avec l’autorisation de l’Institut Géographique National&lt;/span&gt;. (On retrouvait la forêt magique de Marion, répertoriée d’Ouest en Est comme un ensemble de feuillus communs, parcouru par un itinéraire(X) balisé de Grande Randonnée, le GR2 dans l’une de ses subdivisions, intitulée Gr24C entre la commune d’Estissac et celle de Mussy s/seine).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X-On dénombre en France au moins 100 000kms de ces chemins de traverse parfaitement normalisés, où il suffit de suivre les flèches bicolores rouges et blanches pour vivre une expérience exceptionnelle de pleine nature.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La brochure conseillait la précaution préalable à toute aventure sur les sentiers, d&lt;span style="font-style: italic;"&gt;’adhérer à une association de plein-air, et de veiller surtout à ce qu’elle soit membre de la fédération française de la randonnée pédestre&lt;/span&gt;... Une sorte de parti fédéraliste dominant sûrement ! dans l’idéologie du parcours à pied &lt;span style="font-style: italic;"&gt;nationaliste promeneur&lt;/span&gt; ! Un mouvement de pieds, mais ajusté à son cadre strict de pratique, dans la droite de ligne du parti des marcheurs d’élite.  Une sorte de Club Alpin Français si vous voulez ! les joies du relief en moins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’ouvrage ouvrait sur cette information capitale :&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;SAVEZ-VOUS QUE :&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;-VOUS ETES RESPONSABLES DE TOUS LES DEGATS CORPORELS OU MATERIELS QUE VOUS POUVEZ CAUSER A AUTRUI.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;-VOUS COUREZ VOUS-MEMES DES RISQUES DE TOUS ORDRES ENTRAINANT DES FRAIS MEDICAUX, D’HOSPITALISATION, DE TRANSPORT, UNE INCAPACITE PARTIELLE, TOTALE, OU PIRE LE DECES.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;ASSUREZ-VOUS ! PRECISAIT ENCORE LA PLAQUETTE.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Enfin, une belle publicité concluait :&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;UN JOUR DE SENTIER =HUIT JOURS DE SANTE !&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Antoine regretta Pierre pour ce qu’il ne fût pas avec lui pour atteindre son but avec son aisance habituelle, mais se débrouilla tout de même pour l’imiter. La route était décrite avec une certaine perspicacité par les auteurs du guide, mais dans un sens seulement (venant du Nord-Ouest). S’engageant par le Sud-Est, Antoine dut faire preuve d’une certaine circonspection pour réussir à se diriger dans le paysage : Il lut donc en commençant par la fin : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;A l’extrémité du sentier, tourner à gauche : on atteint le D.34 qu’on suit à droite sur environ 2,8 km (forêt privée). Prendre à gauche un chemin empierré, en lisière de forêt, jusqu’au D.166 qu’on emprunte à droite jusqu’à : LES LOGES-MARGUERON.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;A l’intersection des cotes 2346 et 730,5 du quadrillage kilométrique Lambert zone II&lt;/span&gt;, Marion, qui s’était laissé conduire sans être dupe des embranchements, des fourches ou des ramifications détournées... serra très fort Antoine dans ses bras et l’embrassa plusieurs fois sur la bouche pour le récompenser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ses lèvres mouillées d’ambre, sa bouche comme l’enfer, un ravin d’amour frais… l’abîme sublime et la langue didactique, déferlante de Marion. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le temps était magnifique. Les hautes pressions persistaient depuis plusieurs jours sur une bonne partie de l’Europe occidentale, mais on pouvait déjà sentir les prémices d’une perturbation imminente par l’arrivée d’un front froid se déplaçant rapidement au-dessus des côtes Atlantique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Pierre aurait pu facilement calculer qu’à la vitesse moyenne de 40 km/h, le courant d’air critique mettrait au moins onze heures pour parcourir la distance qui les séparait des côtes anglaises&lt;/span&gt;. De sorte que les deux promeneurs pouvaient marcher quelques heures encore sans souci particulier d’aucune sorte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La forêt de Chaource™ (pour le nom d’une marque déposée de fromage au lait cru, et rachetée par un groupe commercial nippon au début des années quatre-vingt-dix comme pas mal d’autres choses encore… fromages, châteaux, vins de Bordeaux...) n’avait pas cette aura particulière de l’histoire de la forêt d’Orient, sa voisine au Nord Nord Est d’à peine une dizaine de kilomètres. La forêt d’Orient et sa réputation de décor fabuleux où eurent galopé, dit-on, les Chevaliers de la table ronde avant d’y enfouir « quelque part » leur formidable trésor (beaucoup creusaient depuis !… des candidats à la fortune regroupés sous forme d’associations loi 1901 à but… non lucratif). Une forêt commune, mais qui n’en restait pas moins un merveilleux exemplaire de ce qu’était l’état naturel du monde aux prémices du temps des fleurs, des arbres et des plantes vertes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Quoique les fleurs, plus complexes que les plantes vertes étaient apparues bien plus tard à la surface de la terre&lt;/span&gt;… Mais de cela, précisément à ce moment-là, Antoine n’en n’eut vraiment rien à foutre ! Ni des fleurs (en particulier des pissenlits qui nourrissaient les vaches du canton de Chaource), ni du lait cru qu’on caillait avant de récupérer la crème pour faire du beurre cru ; ni des techniques d’affinage ancestrales qui foutaient le camp à l’étranger ; ni de tout cela, ni de la vie bactérienne (schizomycètes ou protistes procaryotes), protophyte, protozoaire, ou métazoaires (par opposition), et — de toute façon — microscopique… qu’il écrasait sous ses pieds sans même le savoir ! Non plus qu’il n’eut le moindre début d’attention pour les Chanterelles, les Coprins, les Pleurotes… l’Armillaire couleur de miel (très parfumé), le Rosé des prés, la Volvaire gluante (qui comme son nom ne l’indique pas forcément est un excellent comestible)… Ni de toutes ces élucubrations champignonesques parfaitement indigestes, ni d’aucun vénéneux non plus ! Pas même l’énorme Amanite tue-mouche qu’il allait s’enfiler pour rire et qui lui collerait la pire gerbe de sa vie pendant huit jours. Oui, et Antoine se rappela la publicité : Un jour de sentier…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Antoine dut se résoudre à lâcher là ses règles de géographie un peu gauches et ses balises de sécurité de toutes sortes empruntées à Pierre, son nord magnétique, qui tirait déjà un peu vers l’Est (Antoine n’en était pas forcément conscient). Mille puissances vertigineuses se confondaient maintenant avec le soleil, le ciel et la terre, l’humus tendre et fertile du sous-bois ; le corps chaud, embrasé… flambant neuf de Marion ; sa peau légèrement mate d’origine et un trompe l’œil en forme d’un bien étrange papillon dessiné sur son dos… Un principe cabalistique tracé à la plume jusqu’au sang…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’air sentait bon, un parfum comme la feinte d’une conjugaison. Le temps, était &lt;span style="font-style: italic;"&gt;plus-que-parfait&lt;/span&gt;… Elle, la plus habile dans cette forme du temps passé, s’était défaite la première sous les ramées allogènes de Dame Viviane. Marion se défit… aida aussi le jeune homme à se défaire de son &lt;span style="font-style: italic;"&gt;infinitif&lt;/span&gt; un peu sommaire, tant et si bien que tous deux s’ôtèrent… l’un l’autre dans cette sorte de grammaire douteuse, même pour un temps de saison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toute une vie minuscule et merveilleuse des sous-bois, amorçait d’accomplir la métamorphose d’Antoine B. par le biais d’une première tentative sur le terrain de la linguistique appliquée. Est-ce à dire aussi que le fils de Charles et Madeleine, le troyen… le danseur raté, l’ami de Pierre disparu en montagne ; l’alpiniste qui apparaîtrait plus tard sous les traits d’un photographe de guerre pour stagner au fond des yeux détrempés de Marie ; l’amateur d’abîmes, pour l’heure reconverti aux horizons modérés pour baiser au verbe « hêtre » (cette forme de conjugaison de style sylvestre) ; oui, ce poète travesti dans la lumière mordorée des futaies… irait jusqu’à entreprendre cette mue considérable, thérapeutique… par l’entremise d’un style de jouissance, forestière ? Un roman d’amour à la façon d’une profession champêtre. Un guide de botanique ; l’ouvrage naïf d’un simple amateur en jardinerie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Depuis sa première virée dans la forêt de Marion, Antoine s’était considérablement émancipé sur le plan sexuel au détriment de ses facultés premières en poésie. Des progrès en science dont Pierre aurait pu s’amuser, au contraire de sa prof de français qui commençait à ne plus y comprendre rien. « Un usurpateur… un fumiste, voilà tout ! » La belle affaire d’un type plein de talents qui gaspille tout en conjectures imprécises pour se faire remarquer dans les cercles réputés de la science infuse. Marion avait tout essayé en forme de lettres que la jeune fille gardait serrées entre ses cuisses pour l’aider à vomir les soirs de cuite. Des billets doux qu’Antoine effeuillait les uns après les autres, dans un bouillon de culture archaïque. Des lettres qu’il s’empressait de reproduire par goût du dessin, des traits et des plis délicats, sur son cahier à spirale. Des lettres ou une somme de caractères plutôt ; épandus à partir d’une lettrine cabalistique, une forme élémentaire d’un papillon bleu exotique à la manière d’un « M » majuscule introspectif. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;M comme Marion ; M comme Muse… M comme ça m’amuse de baiser avec elle dans les bois… (mais) c’est aussi le Mois de Mai qui arriverait bientôt.&lt;/span&gt; À une autre page, le journal poursuivait par une suite de casses, sensiblement plus ouvertes sur le monde extérieur.  Un &lt;span style="font-style: italic;"&gt;M comme joli Mois de Mai, un M… comme Mai 68 (les manifs à la Sorbonne, les barricades dans le quartier latin…) M comme Marxistes-léninistes pro chinois, comme Maoïstes « égarés » dans la perspective d’une jeune garde rouge à la française, pour se délivrer du mal gaulliste et d’un tas de saloperies bourgeoises et réactionnaires qui allait avec… Les freudo-marxistes libertaires, truc, machin… et leur impressionnante Marge de progression pour réussir à finir quelques années plus tard dans les rangs d’un néolibéralisme sauvage et mondialisé…) M comme Marijuana pour aider à faire des trucs aussi contradictoires sans se rendre compte de rien… M comme Minijupes (comme tout ce qu’on pourrait maintenant voir dessous sans avoir à se baisser), M comme Révolution sexuelle, et c’était quand même pas trop tôt ! &lt;/span&gt;(Un certain sens de l’emportement d’Antoine avait manifestement dû laisser échapper la possibilité d’un caractère… relativement inopportun dans ce contexte d’un abécédaire aussi rigoureux). La liste s’allongeait sur plusieurs pages de digressions plus ou moins cultivées, jusqu’au M de… &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Marie&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- On avait encore rajouté à l’encre effaçable : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;M comme le Mépris. JL Godard 1963&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À la lettre « V » comme &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Verbatim, Verlaine, Valgaudmar&lt;/span&gt;(X), ou &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Vermeer&lt;/span&gt;… Marion ressentit comme une forte douleur au ventre, une impression de dégoût tout de suite après. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Vérone, Venise&lt;/span&gt;… Marion n’avait pas voulu insister. À la radio, on annonça l’assassinat de Martin Luther King à Memphis, Tennessee, mais il était déjà trop tard !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Vallée étroite et encaissée du massif des Écrins. Réputée pour son pastoralisme, son manque d’ensoleillement en hiver et ses oreilles d’ânes…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les mois qui suivirent eurent des effets déplorables sur la condition physique de la jeune partenaire d’Antoine. Une période critique de la politique française où montait jour après jour une irrépressible envie de s’exprimer à l’endroit d’une jeunesse étudiante des beaux quartiers parisiens, bientôt prête à tout foutre en l’air pour se faire de la place dans le conservatisme « solidaire » et « durable » D’une époque où tout allait pourtant pour le mieux. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Cette manie des français de vouloir tout le temps la ramener, de ne jamais se satisfaire de rien, d’en vouloir toujours plus alors qu’ils n’en foutent déjà pas une rame… Cette façon qu’ont les petites gens d’espérer changer le monde à coup de slogans souffreteux dans la foule ramassée. Des communistes… Une bande de saloperie de gauchistes, des fouteurs de merde et puis c’est tout !&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette sorte d’idée et mille autres du même acabit… faisaient l’objet de nombreux débats, de longues soirées à boire au « Citizen Kane ». Des désaccords à n’en plus finir, tranchées entre deux catégories de discoureurs d’élite. « Entre ces deux groupes d’humanité en progrès » (et là aussi : le philosophe de Ribemond, le légataire testamentaire des lumières, le dernier des encyclopédistes, le mari de Sophie… aurait pu trouver matière à compter) Mille formes de positivisme entraînaient mille manières constructives de s’y opposer formellement... ou le contraire le plus souvent ! Le progrès chiffré contre l’idéal indéchiffrable... ou tout l’inverse encore ! L’exercice creusait des fossés entre des paquets d’ « artistes-philosophes » de la bonne société et un tas de gens « de terrain »…  Ceux-là, et ceux qui détestaient la culture physique, les trop grandes enjambées, l’impression de vitesse, de creux dans les vagues et le vent dans les yeux ; ceux qui creusaient des écarts de champions olympiques derrière eux et ceux qui creusaient tout court sans espoir de rattraper personne (« Tous ces putains de bougnouls(X), les rats, les maghrébins, et puis tous ces africains qu’on commencerait un jour à voir débouler de partout »…) ceux qui bouchaient les trous ; ceux qui rebouchaient tout juste avant de partir pour qu’on les oublie, pour qu’on leur foute enfin la paix. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les alpinistes et ceux qui préfèrent la plage, les « girondins » contre les « montagnards » ; la vita contemplativa et la vita activa, le ciel et la terre... Un sacré joyeux bordel !&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;br /&gt;-X- N.D.E. Le terme « Bougnoule » est ici employé avec toutes les pincettes et les guillemets qui conviennent, et bien avant qu'on lui adjoigne le synonyme d'« acculturation » responsable de pas mal de maux affligeants dans les écoles françaises. Car vérification faite, et nous avons bien sûr tout, absolument tout vérifié avant d’imprimer, comme il est de notre nature de le pratiquer, pour être bien sûrs de ce que nous pourrions nous faire reprocher de ne pas avoir suffisamment tout et vraiment tout vérifié, par mesure de précaution et de sécurité pour le bien de tous, de nous-même et de l’auteur. Pour sa protection, la nôtre, ceux des lecteurs qui seraient en droit de se poser la question et d’espérer une réponse rassurante… Par respect des règles d’éthique et du code de déontologie propres au métier de diffuseur culturel dont nous mesurons toute l’importance pour les générations futures. Pour l’histoire, en tant que le texte témoigne de faits de dates et de lieux absolument et incontestablement véritables... Nous tenons à préciser au jour de l’impression, qu’à notre connaissance et d’une façon avérée et indubitable : Aucune personne de couleur n’avait jamais encore fréquenté l’établissement (ci avant et après dénommé dans le texte « le Citizen Kane »),  au moment de l’action décrite dans cet ouvrage. Aussi et au vu de ce qui précède, conscient de l’inopportunité d’une telle erreur commise par l’auteur et uniquement par lui-même, comme le dit-auteur nous l’a avoué par écrit et signé à notre demande devant huissier (et l’acte est bien sûr à déduire des bénéfices partagés par cette personne) ; nous donc ! nous l’éditeur, déclinons toute responsabilité passée, présente et à venir, individuelle ou collective, consentante ou non... quant à l’interprétation raciale discriminatoire qui pourrait foutre en l’air l’esprit général du texte et sa mise en conformité avec les lois en vigueur dans ce pays (ce pays et tous ceux dans lesquels il pourrait être négocié des droits de traduction à l’avenir)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;.  &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au point des derniers verres d’alcool supplémentaires offerts de part et d’autres des différents camps opposés, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;la quête du progrès infini de l’esprit humain &lt;/span&gt;s’achevait invariablement de la même façon. Une véritable foire d’empoigne, et « Kane » en personne (pas le mari de Barbie, mais le patron du troquet qui défendait toujours la cause de ses propres intérêts) foutait tout le monde dehors à coup de pompes dans le cul, sans distinction de couche sociale dominante ni de catégorie socio-culturelle particulière. Kane… Un drôle de sacré puncheur ! Le mec était gaulliste, je crois ? (ce qui ne présente qu’un intérêt tout à fait limité pour ce qui nous concerne ici.) Enfin, le type resté gaulliste comme tout le monde même après les événements. Mais là, c’était juste avant ! Juste avant le bordel dans les rues à Paris. Juste avant le souk dans les amphis, sur les boulevards et dans les usines. « La chienlit ». Juste avant, ou disons, quelques mois plus tôt, pour être un tout petit peu précis d’un point de vue historique. Un véritable hiver de merde sur le plan musical. Sheila caracolait au top des ventes de 45 tours depuis plusieurs années, mais il y eut encore pire ! Pensez qu’Éric Charden par exemple (&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Eric qui ?!...&lt;/span&gt;) tentait de chanter l’&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ave Maria&lt;/span&gt; pendant que les Charlots répandaient leur célèbre &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Paulette, la reine des paupiettes&lt;/span&gt; sur les ondes radiophoniques à la fois belges, suisses et françaises. Michèle Torr… couinait un truc que tout le monde ou presque a forcément oublié, comme ce néo réaliste nationaliste nauséabond de Michel Sardou qui en plus chantait complètement faux. C Jérôme enfin… « C » pour le prénom de la vedette en question, à moins que ce ne fut le contraire ?! Cet hiver-là, ce « C » là avec un Jérôme au derrière,  cartonnait dans les hits parade avec &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le petit chaperon rouge est mort&lt;/span&gt;… Tout un programme ! Par je ne sais quel miracle, le pays avait tout de même réussi à tenir le coup jusqu’au milieu du printemps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le nom d’Alexander Dubček(X) commençait à peine de circuler dans les journaux français à propos du mouvement d’émancipation en Tchécoslovaquie. Antoine venait de rencontrer Marie, et Marion fit ce qu’elle put pour encaisser le coup.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- À partir du mois de janvier 1968, des réformes libérales entreprises par le nouveau responsable du parti communiste tchécoslovaque promirent un assouplissement du régime et une démocratisation politique. Au programme : un &lt;span style="font-style: italic;"&gt;socialisme à visage humain&lt;/span&gt;… qui s’achèvera le 21 août avec l’entrée des troupes du pacte de Varsovie dans le pays. Ces événements sont connus sous le nom de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Printemps de Prague&lt;/span&gt;. (Voir sur le même thème : Leonid Brejnev, deux fois président du soviet suprême, 4 fois Héros de l'Union soviétique, cavalier de l'Ordre de la Victoire, 8 fois titulaire de l'Ordre de Lénine, 2 fois titulaire de l'Ordre du Drapeau Rouge, 2 fois titulaire de l'Ordre de la Révolution d'Octobre, Nombreuses autres décorations…)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un après-midi d’avril, alors qu’il était venu récupérer son disque &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Sgt Pepper’s &lt;/span&gt;des Beatles dans l’appartement de ses parents, la jeune astrologue le contraignit une dernière fois à conclure un pacte avec les puissances occultes de la forêt voisine, un dernier soubresaut amoureux. Il faisait encore frais, l’ex alpiniste, le forceur de cimes à la retraite… n’avait pas forcément envie de sortir pour baiser dans la nuit noire des sous-bois et pensait aussi qu’il aurait l’impression de s’agiter dans le sens d’un lointain souvenir, ce qu’il détestait comme toutes autres formes de conservatisme ; par principe, ou par opposition momentanée, conjoncturelle… à son éducation bourgeoise. Le jeune homme préféra d’abord discuter de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Their Satanic Majesties Request,&lt;/span&gt; le dernier album des Rolling stones. « Psychédélique et… nul ! » Marion se déshabilla doucement avant de s’allonger sur le banc de la cuisine en bois blond d’origine suédoise (le souvenir d’un voyage à Stockholm ramené par ses parents). Antoine regretta le fauteuil à médaillon de sa mère, mais vaqua tout de même à son devoir de mémoire avec l’ardeur de son âge et l’envie de tester les limites de la résistance scandinave à l’export. Un truc en kit vendu sur catalogue, du prêt-à-monter en un seul tour de vis avec des chevilles plastiques. Marion tenta de retenir Antoine en elle par quelques procédés magiques de sa propre invention, lui rappela son arbre de vie à la croisée de tous les chemins qu’ils avaient emprunté ensemble depuis près d’un an ; tout ce qui leur avait plu de partager dans le paysage des grandes forêts enchantées ; les colonies de saprophytes dans l’ombre humide des ramures, des russules violettes aux pieds charnus qui les avaient tant fait rire, les geais et les pinsons, les petits écureuils qui couraient sur les troncs… leur abécédaire commun pour parler de leurs convictions respectives, même s’ils n’étaient jamais d’accords sur le fond ; enfin, la possibilité d’une dernière aventure sur le terrain des croisements naturels et de la division cellulaire. Marion au martyr et perlée de sueur parfumée de brumes assassines ferma encore une fois les yeux en hurlant avant de coller une gifle magistrale au grand amour de sa vie. T&lt;span style="font-style: italic;"&gt;out ce que j’ai sur le cœur… tes regards infestés de mousses intangibles, toutes ces marques de toi sur mon corps, ton mépris du ciel, tes empreintes de doigts sur ma peau infectée, tes regards jetés sur le vide, ta propre mort dans ma vie, tes abîmes à en crever, tes masques d’adieux peints sur les murs de mon lit. Putain, va te faire foutre ! Dégage ! Puisses-tu déguerpir de ma vie que je puisse enfin pleurer, me répandre… que je puisse enfin tout cramer. Mon héros… Tout ton corps meurtri, tes armures essentielles ; tes yeux bleus comme le ciel, toutes tes marées, tes angles de grandes profondeurs et tes horizons lointains…&lt;/span&gt; Antoine n’avait pas tout compris. S’était juste rhabillé, savait que c’était la dernière fois qu’il se rhabillait dans les yeux de Marion pour de vrai. Antoine s’était dit qu’elle était tellement belle, son corps merveilleux, l’odeur de sa peau… Le garçon s’était dit que Marion fût aussi un peu fragile, dans son ventre qui contenait l’univers et mille étoiles pour essayer de le faire briller. Antoine s’était dit, oui, qu’il serait bien resté, mais que ce ventre-là aurait fini par lui foutre la trouille, une frousse épouvantable… La trouille de vivre à deux sans le moindre espace pour les séparer du monde réel (à deux sous le même toit et un p’tit).&lt;br /&gt;Au mois d’août soixante-huit, les esprits lunaires auraient achevé d’accomplir leur ouvrage dans un immense sentiment de tristesse partagée de part et d’autre du rideau de fer qui séparait encore l’Europe en deux façons de penser strictement contradictoires. (Ceux qui affirmaient l’impératif d’un Prince comme ingénieur du désir et de quelque liberté que ce fut, comme corollaire indispensable à une sorte de pax romana moderne. « Pas de société sans pouvoir » affirmaient ceux-là... contre ceux de la grande tradition libertaire, ceux qui refusaient tout en bloc ; ceux qui préféraient voler de leurs propres ailes, mais qui finiraient aussi par vouloir garder tout l’air pour eux. Ceux qui espéraient dans la solidarité sociale, et ceux qui pensaient qu’elle représentait un coût exorbitant pour la réussite de leurs affaires. Ceux qui croyaient à la stricte application des contrats qui auraient tenté d’attaché les individus au groupe dans la perspective du bien commun, disons Rousseau, pour aller vite... contre ceux, plus tard, qui avaient plutôt souhaité s’attacher entre eux de la manière qu’ils leur plairait ; disons les sado masochistes pour rigoler un peu. Le droit public contre le droit privé. Le droit de s’aimer un peu contre le droit de continuer de se faire enculer...) Tout le monde finirait par oublier Prague, au moins jusqu’à l’hiver quatre-vingt-neuf…  Prague et puis les voyages d’agrément à Moscou jusqu’à l’installation du premier Mc Do sur la place rouge, la fin des années de plomb ; Prague, Moscou, Pékin… la révolution culturelle en Chine et le reste ; comme on oublierait plus tard les morts en Somalie, le Bengladesh, le Rwanda… comme on oublierait tout ce qu’on s’amusait bien dans les manifs (95, 2002...), comme tout le monde oublie tout si facilement, comme Antoine oublierait aussi Marion, comme vous, comme moi.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/272337987890703271-8762933306655870019?l=lecoupdechaud.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/feeds/8762933306655870019/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=272337987890703271&amp;postID=8762933306655870019' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/8762933306655870019'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/8762933306655870019'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/2007/03/le-coup-de-chaud-capitre-vii.html' title='LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE VIII'/><author><name>jean-Luc Gantner</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://1.bp.blogspot.com/-mRvgoJL0ohM/TX8U-FgjFwI/AAAAAAAAEbo/VZoUQW5Bq_c/s220/photomobile%2B0.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-272337987890703271.post-8823883294215289622</id><published>2007-06-09T14:24:00.005+02:00</published><updated>2009-07-15T08:43:35.336+02:00</updated><title type='text'>LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE IX</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: 130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;CHAPITRE 9&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;in&lt;/span&gt; « L’OSMOSE » &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;Introduction à la nature humaine&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Vanessa comment déjà ?... » Jules, recroquevillé sous les aulnes détrempés, fulmine contre la terre entière, la pluie, l’été pourri, les emmerdeurs, les cons, le mondialisme à la con, les antimondialistes, les alters… Tout ce qui pèse lourd dans la connerie générale ! Une météo infecte. Une simple coulemelle, mais d’une taille respectable d’au moins quarante centimètres s’ébranlait sous le grain. Juste une image d’un champignon tout à fait comestible du groupe des lépiotes, plantée dans le yeux de Jules qui commence à prendre l’eau… Une odeur significative de noisette.  Jules s’était souvenu que son père adorait ça. Oui, les champignons avaient changé la vie de son père, il s’en souvenait très bien ; (son père et ses aphorismes à propos de la pluie, ses proverbes à propos du temps qu’il ferait…) et puis, les arbres aussi ; les charmes, les bouleaux, les hêtres, mais Jules n’aurait pas su dire exactement pourquoi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tony… Tony Chaumont, un nom de ville pour fonder une famille, et ça commençait mal forcément ! Tony, le mari de Marie… Pour vous dire la somme d’emmerdes dés le début. Marie, son petit cul bien foutu, tout son amour à revendre, et un gars du bâtiment qui préférait passer ses soirées au bistrot au lieu de rentrer bricoler à la maison, s’occuper des courses… Non, rien n’était gagné d’avance ! Jules s’était dit que pour sa mère non plus, les choses n’avaient pas toujours dû être faciles tous les jours. Toutes ces années, les meilleures… (Un taux de croissance annuel de 5% en France jusqu’en 1974 pour un taux de chômage de moins de 2%). Qu’est-ce qui n’avait pas marché ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;C’est-à-dire que c’est comme ça que les choses ont dû commencer. Une idée simple au départ, mais qui se faufile très vite dans les trous d’airs, qui profite du moindre interstice. De cette simple manière là. Une simple hypothèse de travail, un beau projet sur le papier ;  le dessin d’un système qui fonctionne en théorie, mais parfaitement inapplicable dans la réalité. Voilà où nous en étions arrivés.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jules est ratatiné sur lui avec des paquets d’eau qui lui dégouline de partout. Un sentiment amer alors qu’il est loin de la plage, des marées estivales. Un reflux balnéaire insinué dans l’été propice, et nous voilà bien avancé. Un vrai bordel à remettre en ordre depuis le décor imbibé et jusqu’à sa manière d’hêtre. Jules, que je vous dise aussi ! Le type, fonctionnaire à la direction d’un service abscond du cadastre, épris d’une Vanessa d’abord un peu trop jeune pour lui. Une Vanessa de style Baroque, et ses seins en forme de bombes à retardement pour espérer sauter quelques pages jusqu’à l’endroit d’un tableau vernis à l’ancienne. Un drôle de tableau avec Vanessa les cuisses ouvertes au milieu. Un type, et vous l’imaginez bien... le genre de type et sa cravate revêche pendu à son cou. Un acariâtre déguisé en chien de fusil à cause de sa crainte de finir noyé dans les bois sans que personne le chasse. Des symptômes d’une dyslexie détectée tardivement qui n’arrangeait rien. (Jules se rendait régulièrement dans un service de neuro-psychologie réputé d’un CHU parisien, mais son orthophoniste lui avait conseillé de ne plus insister). Le cadre de la fonction publique décentralisée trimballait comme ça quelques points d’embarras depuis l’enfance. Des difficultés de concentration qui nuisaient forcément à ses qualités de synthèses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sous le ciel dégringolé, Jules s’inquiète des masses de gris noircis ; s’inquiète et pour dire les choses honnêtement, finit par se chier dessus franchement. Une tendance aussi aux ulcères qui ne pouvait venir que de son père.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On cherche toujours dans la vie des gens ce qu’ils leur manque pour qu’ils puissent se détendre un peu. Une opinion toute faite sur la vanité des blizzards par exemple, Une certaine indifférence au mauvais temps, à toutes les mocheries climatiques passagères. Et puis ce tempérament sincère qu’il leur faudrait pour apprécier l’absurdité des histoires modernes (le chahut du temps présent, le goût des glissades racoleuses... les toboggans idéals du monde libre. Tout ce qui se passe à quinze mille au lieu des archanges obsolètes ; les kilomètres/heure avalés pour rien dans les ciels mornes, les crises de foi ; l’activité policière qui la remplace).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour Jules et son sens étendu des calculs, Jules qui pensait toujours à tout et toujours en même temps pour ne rien oublier d’important... cette nature humaine expressionniste pour ne pas dire plus, et pleine de salive à r’abord d’estomac, dégueulait d’instincts chaotiques et souffrait de désordres multiples ; un tas de gens dérangés qu’il conviendrait un jour de faire revenir à la raison par tous les moyens. Tous... et Jules pensa qu’il était déjà grand temps d’engager un processus de retour aux vraies valeurs, aux valeurs vraies, essentielles pour le bien commun et la condition générale. Un jour, ministre ou au moins secrétaire d’état, il veillerait enfin au respect des droites lignes et des carrefours balisés.  Ce don qu’il avait contracté tout petit pour les horizons garantis, les destins certifiés. Dans le cinéma, le théâtre, la littérature comme dans le reste, au service du plan comme dans l’audiovisuel public... rien ne lui échapperait ! Ni la pluie, ni toute cette saloperie de mouillure forestière qui commence à lui rentrer dans le slip depuis bientôt une heure.  Une grande mission de salubrité publique pour laquelle le fonctionnaire d’état se sentait tout désigné. Jules, malgré l’orage et les suintures saumâtres qu’il devinait ruisseler sous ses vêtements de peau, eut alors une sorte... d’érection, un vrai mouvement de désir fortuit à l’endroit du substrat arrosé, une démangeaison embarrassante comme lorsqu’il dépassait les gorges abjectes de cette petite secrétaire contractuelle du rez-de-chaussée. Vanessa... tout ce qu’il lui aurait bien avouer sur ce qu’il pensait vraiment d’elle, de ses seins comme une obsession ; un tas de films qu’il se faisait à propos de son corps bien fait et de ses grands yeux qui allaient avec ; les chewing-gums aux fruits qu’elle mâchait et sa robe rose un peu froissée à force de continuer d’avoir chaud les cuisses trempées sur son fauteuil en sky. (Une température exécrable pour à peine huit balles de l’heure !...) Vanessa... mais son chef de service n’avait encore jamais osé lui demander son nom entier (un des effets pervers des opérations délicates de remembrement(X) forcé. Des tas de terres ancestrales et leurs noms rustiques mélangés. Tout un ensemble de nouvelles marques™ de substitution pour remplacer les terroirs en tête de gondoles des grands magasins) le corollaire obscène du procédé d’ajustement cadastral des propriétés foncières. Une concentration de terres cuites au lance-flammes, les méthodes radicales d’un état incendiaire.  L’histoire qui se consume, tout ce qu’on brûle un peu vite du passé sans jamais rien remplacer vraiment. Jules, prudent jusque dans ses convictions idéologiques, préféra ne rien juger en hâte d’une vraisemblable perversion d’un courant progressiste de gauche, insinué dans une nouvelle politique rationaliste de droite. Un point de vue qui en valait un autre... comme toutes formes de cogitation intellectuelle s’équivaudraient de plus en plus à partir des années quatre-vingt et des premiers usages de la cohabitation. Une idée comme ça, du moins celle d’un agent de l’administration fiscale chargé de mission sur son terrain d’investigation favori).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- En France, le remembrement en tant que tel, largement utilisé depuis l’empire romain jusque dans les années quatre-vingt pour faciliter l’application des politiques d’état en matière d’optimisation du secteur agricole et leur déploiement sur le territoire national, disparaîtrait, au moins sous cette forme, puisque &lt;span style="font-style: italic;"&gt;la Loi Relative au Développement des Territoires Ruraux &lt;/span&gt;(LDTR du 23 février 2005) l'aura remplacée par &lt;span style="font-style: italic;"&gt;la procédure d'Aménagement foncier agricole et forestier&lt;/span&gt;. (Où l’on parlerait aussi de remembrement dit écologique... ou d’une certaine prise de conscience du phénomène de destruction massive des barrières naturelles bien utiles contre un ensemble de fléaux environnementaux).&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;(À SUIVRE)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/272337987890703271-8823883294215289622?l=lecoupdechaud.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/feeds/8823883294215289622/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=272337987890703271&amp;postID=8823883294215289622' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/8823883294215289622'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/8823883294215289622'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/2007/06/le-coup-de-chaud-capitre-viii.html' title='LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE IX'/><author><name>jean-Luc Gantner</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://1.bp.blogspot.com/-mRvgoJL0ohM/TX8U-FgjFwI/AAAAAAAAEbo/VZoUQW5Bq_c/s220/photomobile%2B0.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-272337987890703271.post-5533615669123606538</id><published>2007-05-10T10:52:00.010+02:00</published><updated>2009-07-15T08:44:18.531+02:00</updated><title type='text'>LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE X</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size: 130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;CHAPITRE 10&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;span&gt;BLEU CHIOTTES&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold; font-style: italic;"&gt;(où il doit être question de la couleur de l’uniforme, et du mal qu’on doit avoir à l’enfiler)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’était le jour du départ d’Antoine (la conséquence de sa décision, péremptoire, d’essayer de gagner sa vie comme photographe de guerre au lieu de s’engager comme tout le monde dans le portrait de communiantes ou les défilés de mode... les couvertures des magazines people.) Marie s’était débrouillée pour le rejoindre sur le quai de la gare en inventant à Tony n’importe qu’elle excuse bidon pour qu’il la laisse sortir de l’appartement sans faire d’histoire. Affalé devant le poste, son abruti de mari n’avait même pas tiqué une seconde. Un vrai con ! La jeune femme se souvenait avait couru aussi vite qu’elle avait pu. D’abord la cinquantaine de marches descendues quatre à quatre pour rejoindre le bas de l’immeuble, puis les deux kilomètres et demi d’un revêtement de sol mal commode sur les trottoirs qui la séparaient encore d’Antoine. Marie se souvenait de tout. Ses cheveux dans les yeux qui l’empêchaient d’y voir clair en courant comme une dératée, la température élevée sur son front, la braise sous ses pieds pendant qu’elle cavalait comme une folle à travers les rues étrangement vides de la ville ; l’air poisseux de cette fin du mois de juillet sur son corps ; sa robe (rose) toute collante... sa paire de talons aiguille les mieux aiguisés, une arme ostensible dans chaque main. Ensuite l’image était plus floue. Son amant qui l’embrasse, Antoine qui parle vite en même temps qu’il l’embrasse. L’écho de leurs salives mêlées au son strident du coup de sifflet annonçant l’entrée du train en gare, le roulement de montagnes dans son cœur lorsque l’immense verrière métallique s’était mise à trembler au-dessus d’eux. Lui... une dernière image de lui dans son costume de reporter flambant neuf sur fond d’un puissant moteur diesel qui tirait tout un train vers Paris. L’envie de gerber juste après. L’amour de sa vie en plan serré sur la ligne Paris-Bâle et une certaine idée des fondus enchaînés qui suivraient son départ. Marie se monte un film, un vrai polar... Marie et ses yeux plantés au fond de son verre de Krieck, son béguin qui fout le camp. Marie titube au-dessus de sa mousse en repensant à son amour perdu ; tout ce qui se termine sur le quai d’une gare, les voyages sensibles, les virées clandestines... tout ce qu’on préfère des chemins de traverses à l’usage des transports en commun. Marie qui finit par vomir sa bière à la cerise trop sucrée, son amour exécrable qui la quitte. Assise au comptoir du Citizen, la jeune femme aligne les bocks de Gueuze en récitant des vers opaques sur le thème des chemins de fer et leurs tarifs exorbitants pour une simple bonnetière, une jeune salariée du secteur textile et sa voie toute tracée (une belle grammaire enchaînée à son mode de transports programmé dés le départ). Antoine filait vers le Vietnam, la baie d’Along, le golf du Tonkin... Quant à elle, Marie pris ce soir-là sa décision de trouver n’importe quelle manière originale d’essayer de se foutre en l’air dés le lendemain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et remarquez comment à l’instant d’une épreuve tragique, d’une circonstance un peu raide... un petit rien vous frappe la raison, dont on ne sait trop pourquoi ce détail insignifiant vous reviendra plus tard en mémoire, comme corollaire de tous les courants d’air un peu forts qui vous traverseront l’esprit. Un détail insignifiant comme le banal coup de sifflet d’un cheminot en gros plan, au lieu d’un cœur serré sous la lumière d’une immense verrière jaunâtre ; le signal strident d’un fonctionnaire de la compagnie nationale des transports ferroviaires... au lieu des lèvres pressées d’un amant prêt à partir, et qui la laisserait là, seule... elle et sa vie médiocre, elle et sa toute petite vie ; elle et tout ce qu’elle s’était imaginée changer de son destin tout tracé, par le biais d’une étoile qui filait maintenant vers la mer de Chine, le Mékong... Lui, le souvenir de son corps impatient sur le quai d’une gare de l’Est de la France et recouvert d’une quinzaine de fermes à treillis d’une taille considérable composant l’architecture du grand hall terminé en 1895 pour protéger les voyageurs des intempéries de leur époque ; une date, ce jour par exemple... « Un lundi dans la soirée ». Après ça, elle ne s’était plus souvenue de rien. Juste l’idée d’un express sans destination précise qui lui était passé dessus, au lieu d’un voyage astral retransmis en direct qui aurait peut-être su la réconcilier avec les grandes affaires du ciel, la couleur endolorie des ténèbres, l’éclat des lanternes galactiques dans le grand noir sidéral. Ce lundi dans la soirée... ce lundi 20 juillet un peu chaud de l’année 1969 entre vingt et une et vingt-deux heures (heure américaine).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Bonnetière... Je suis bonnetière-remmailleuse chez Poron S.A. Je... Je fais aussi des à-côtés non déclarés dans un atelier de passementerie. Je ne sais pas si vous vous voyez le boulot ? Regardez mes mains... La couleur désagrégée de la peau de mes mains, des cors qui s’élargissent à chaque doigt. C’est pour le gosse que je fais ça, vous comprenez... Mon petit Jules... Parce que si je compte sur son père... Marie débouche un oeil, fend ses lèvres, finit par entrevoir un peu de lumière dans la nuit sombre qui éparpille la ligne du caniveau de la rue Michelet, présume d’une couleur primaire qui l’attire... du bleu, un flic qui la redresse... Marie ouvre encore un peu plus la bouche, vomit !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Faudrait essayer de vous lever maintenant, vous savez l’heure qu’il est ? Est-ce que vous avez conscience de l’heure qu’il est ?!... Essayez de vous appuyer sur moi, allez-y. Comment vous vous appelez ? Est-ce que vous pouvez me dire comment vous vous appelez ? La jeune recrue du commissariat de quartier parlait, ayant appris qu’il fallait toujours parler dans ces cas-là.&lt;br /&gt;-Bonnetière... Je suis bonnetière... chez Poron, répétait Marie. Je ne sais pas si vous vous rendez compte ! Quarante heures par semaine à moins de cinq cent balles par mois, et on est des milliers comme ça. Des dizaines de millions de petites mains, des soubrettes amovibles... des travailleuses interchangeables. Du petit personnel promis à rien, la grande famille des domestiques élevés pour cirer les pompes d’un tas de salauds qui pensent que le monde leur appartient sous prétexte qu’ils sont nés du bon côté du ruisseau. Un petit groupe d’individus occupés à s’entendre entre eux sous prétexte d’un nom de famille adapté à leur façon de penser.&lt;br /&gt;Marie râlait, plus qu’elle ne réussissait à exprimer clairement au binôme de la force publique toute sa rancœur, toute sa bile.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Et faudrait encore discuter des conséquences du vent d’où qu’il vienne ; du vent quand il tourne... à cause des chocs thermiques au fond des yeux des gens, les coups de chaleur dans le dos, tout ce qui arrive par derrière lorsqu’on ne s’y attend pas... Oui, des brûlures vives sur la peau et du soleil couchant juste après. Une insolation suivie d’un peu d’ombre pour tenter de se calmer devant l’image d’un train lancé à toute vitesse sous les lignes électriques. Un courant alternatif de lumière douce pour se rassurer dans les vapeurs du soir ; un éclairage intermittent entre chien et loup pour espérer voir les effets miroitant des rayons lunaires dans les ombres pâteuses... Je veux dire, les zones floues, les ondes vagues juste après les contraintes d’un éclairage rasant. Et ce putain de trottoir là !... Cette sacrée putain de marche qui nous sépare du ciel !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le flic mesura d’un clignement d’œil exercé, la hauteur relative d’une bordure de trottoir qui servait aussi d’accoudoir à la jeune femme en état de choc. Quelques centimètres seulement. « Une putain » de marche de quelques petits centimètres en forme d’un palier impossible à franchir pour quiconque se serait trouvée dans l’état de Marie cette nuit-là. Une distance parfaitement ridicule à enjamber en temps normal, convertie en aspérité monumentale, une véritable calamité géographique sur le chemin de la jeune femme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lui... Je crois qu’il fait route quelque part dans un paysage fulgurant. Quand je dis lui, je veux dire sa façon si particulière de s’imaginer la terre en train de voler ; Lui, et je ne sais pas ce que ça peut bien vous foutre, à vous ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Appuyez-vous sur moi, insistait Poule, vous n’y arriverez pas toute seule. Allez-y, n’ayez pas peur, appuyez-vous. Poule, c’était le nom du bleu-bite penché au-dessus de Marie pour essayer de l’aider à se relever. Poule... Bon, oui et alors ?! Poule... c’était pas plus con que Chaumont ! et puis c’était facile à retenir pour un flic. « Poule » comme l’appelait juste ses collègues... Le type était habitué à son nom, mais préférait quand même qu’on l’appelle par son prénom. Il préférait à : « ma poulette », « ma petite poule » ou « poupoule »... Il préférait au « sale poulet ! » qu’il prenait souvent dans la gueule, et qui le confondait avec tous ceux qui portaient le même uniforme que lui, sans distinction particulière, ni de sa façon de penser bien à lui... ni de son souci pour le travail bien fait, le sens inné du détail, un maniaque de la chose à sa place. Un vrai con... aurait dit Vanessa. Poule... donc ! avait noté consciencieusement le nom, l’âge et l’adresse de Marie sur son carnet réglementaire ; son collègue resté en retrait, avait tout recopié en douce, moins les fautes de français. Il avait aussi inscrit l’heure précise : « 3 H 56 », le 21 juillet 1969.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tony guettait sa montre, affalé sur le canapé en skaï du salon-cuisine-salle-à-manger, qui servait aussi de chambre à coucher. Tony guettait l’heure sur fond de parasites d’origine lunaire accrochés à un écran bien arrondi dans les coins ; les premiers retransmis en direct sur la planète entière. Un programme de télévision en noir et blanc, à vingt-cinq milliards de dollars... décidé huit ans plus tôt par le président J. F. Kennedy pour faire la nique aux communistes sur leur propre terrain des dépenses publiques exagérées, celui d’un ostensible esprit de clocher livré avec. Le vieux truc de l’exhibition héroïque un peu bestiale des sociétés grégaires pour continuer d’en remontrer à son ennemi intime et se rassurer soi-même sur sa propre force intérieure. Le truc du type qui se la pète en public avec ses tours de passe-passe à dix balles pour épater les gogos. Le genre de magicien d’Oz qui se la raconte depuis le début avec sa grosse voix truquée en se cachant derrière un écran de fumée pour éviter d’être confondu trop tôt aux commandes de sa machine de foire. Un Dr Marvel et sa boule de cristal pour en refiler à Dorothy Gale dés le début de la version du film de 1939 réalisé par Victor Fleming pour la Metro...  oui, imaginez la tête de la jeune Judy Garland sous contrat avec la Metro-Goldwyn-Mayer, obligée de suivre son chemin en briques jaunes dans une forêt de carton-pâte aux bras d’un homme de paille sans cervelle, d’un lion en toc et d’un homme de fer en papier d’alu pour retrouver la trace d’un David Coperfield de pacotille, un mage de cinoche avec son bouquet de plumes dans le cul et ses poches remplies. L’histoire d’une petite fermière du Kansas aux couettes bien nouées qui se prend un battant de fenêtre en pleine figure avant d’ouvrir une porte sur un jardin en technicolor™. L’histoire d’une toute jeune chanteuse américaine et sa robe à bretelles, subjuguée par la beauté des arcs-en-ciels et l’incroyable harmonie du décor en polystyrène expansé, les ornements merveilleux qui se cachent derrière les apparences grossières du monde libre et des bannières étoilées. Dorothy Gale et son petit panier d’osier attaché au bras pendant tout le film ; la méchante sorcière de l’Ouest qui veut lui piquer ses pompes plombées de rubis étincelants ; la gentille fée du Nord qui la protège (la belle Billie Burke...)&lt;br /&gt;Oui, imaginez le travail, l’ouvrage astucieux d’un vieux sorcier libéral, occupé à peaufiner une paire d’idées de gauche pour tenter d’impressionner une jeune ingénue aux cheveux bien mis. Un aéronaute de cirque qui attend son heure avant de conclure sur son traité de la morale appliquée aux animaux en peluche. Un ensorceleur de première classe dans le genre de l’acteur embauché par la Fox pour jouer les capitaine Von Trapp, alias Christopher Plummer dans la Mélodie du bonheur face à Julie Andrews, alias Mary Poppins dans un autre film. Je ne sais pas si vous pouvez vous imaginez le tableau ?!...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque la porte d’entrée-vestibule-salon-cuisine-salle-à-manger, qui servait aussi de chambre à coucher, finit par s’ouvrir avec sa femme pendue aux bras d’un flic ; Tony ne bougea pas un cil. La friture hertzienne noir &amp;amp; blanc en forme de mission Apollo 11 - bip - tentait de restituer l’événement considérable de l’alunissage du LEM - bip - et des premiers pas de Buzz Aldrin - bip - sur la mer de la tranquillité juste après ceux de son coéquipier - bip - Neil Amstrong (les seules considérées comme traces officielles... de la plus déroutante des histoires qu’il fut un jour possible de raconter à l’humanité toute entière et sur toute la surface de la terre en même temps). Jules - bip -  dans son lit-chambre-à-coucher-salon-vestibule-porte-d’entrée - bip - suivait aussi l’entreprise historique d’un vaisseau habité fabuleux, transporté dans les champs magnétiques et les radiations mortelles de l’espace infini. Ce 21 juillet 1969 aux alentours de 4 heures du matin heure française, Neil Amstrong et Buzz Aldrin marchaient sur la surface d’un tas de sable lunaire à une distance de presque 400 000 Km de la terre. Et non seulement ils marchaient, mais on les voyait marcher à la télévision.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;That's one small step for man&lt;/span&gt; - bip - &lt;span style="font-style: italic;"&gt;one giant leap for mankind&lt;/span&gt;. Un petit pas pour l’homme et (...) « Une grande claque dans ta gueule ! » répondit Tony du tac au tac, les pieds posés sur un pouf en plastique aux allures de sablier-engin-spatial bicolore orange et bleu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- « T’étais passé où, putain ?!... »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au Manned Spacecraft Center de Houston, Texas, Gene Krantz, le directeur de vol, alias Ed Harris (dans Apollo 13), plissa très légèrement les yeux sous sa coupe de cheveux en brosse et fit encore un geste automatique de la main pour lisser le gilet blanc qu’il portait spécialement pour l’occasion.Ce jour... de l’anniversaire... de leur rencontre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marie revit son flic quelques jours plus tard. Pour tout dire, elle en rencontra même plusieurs par la suite. D’abord pour remercier Poule et ses collègues de l’avoir tirée de son alunissage forcé en pleine nuit sur un rebord de trottoir de la rue Michelet... puis par goût pour la fonction publique, les questions d’ordre et de sécurité. L’uniforme la rassurait. Un habit bleu, Marie pensait que le costume leur allait bien, leur Browning 7,65 agrafé à la ceinture aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est à cette époque précise que Tony commença de ressentir les premiers signes de ses problèmes gastriques. Les maux d’estomac de Tony répondaient aux migraines de Marie qui s’accordaient aux coliques de Jules. L’histoire d’amour de la famille Chaumont avait fini par foutre en l’air tout un processus naturel de régulation des transits sur lequel l’aspirineX industrielle n’eut rapidement plus aucun effet bénéfique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne sais plus si c’est Jules qui m’avait confié cette remarque sur la santé du couple ? Jules ou Marie elle-même. Ça n’avait d’ailleurs pas vraiment d’importance. Je pensais juste à cette notion selon laquelle &lt;span style="font-style: italic;"&gt;les plantes portent en elles toute la complexité du vivant, et encore, disposent-elles aussi d’une véritable mémoire propre à son besoin d’adaptation&lt;/span&gt; au contraire de nos souvenirs coriaces qui nous empêchent d’avancer malgré la tempête, toute la merde collée sous nos pompes qui nous défend de courir trop vite en dehors des sentiers battus. Une mémoire... cette idée bizarre qu’une simple plante puisse se souvenir de quoi que ce soit des grands équilibres du monde et des histoires d’amour qui dérèglent les vents d’ouest. Une simple plante. Je décidais de feuilleter un petit herbier médicinal en m’arrêtant au chapitre du Saule, Salix alba. Un simple exercice pour essayer de mesurer ma propre capacité à me souvenir de tout, dans le détail, et de voir si ça changerait quelque chose d’une manière générale dans ce qu’il restait de notre atmosphère complètement détraqué. Un paragraphe concernait la salicine, le principe actif contenu dans le Saule pleureur mais aussi un peu plus tôt dans l’abécédaire forestier à la page du peuplier. J’avais lu, les jambes croisées, trois doigts contractés sur le front et d’un seul trait, que l’écorce du Saule contenait quelques 10% de Salicosides que le corps humain transformait facilement en acide Salicylique (de l’aspirine naturelle en quelque sorte, mais aux propriétés thérapeutiques bien plus étendues que dans son équivalent de synthèse). Un complexe antinévralgique et antispasmodique, un calmant nerveux, à la fois fébrifuge et tonique digestif... Une véritable pharmacie naturelle. Je pris encore quelques notes sur le caractère anesthésique de cette substance active d’origine hormonale ; la recette d’une décoction à raison de 30 g d’écorce par litre à faire bouillir, puis infuser une dizaine de minutes. Un sédatif génital, capable disait-on, de retenir l’ardeur des nymphomanes, de comprimer toutes formes de frénésie utérine maladive ; un remède parfaitement efficace contre l’hyperexcitation vénérienne... un analgésique susceptible d'endiguer la plupart des crises satyriasiques, (trois tasses par jour minimum)... toutes sortes de natures sexuelles insolites, d’industries obscènes et de comportements lubriques réprimés par la morale convenue. Une simple plante. J’étais très impressionné. Par tempérament, l’esprit d’une volonté de tout vouloir vérifier, j’entrepris par la suite une lecture assidue de certaines études menées en laboratoire rapportant les effets constatés sur le corps humain à partir d’une pratique de la phytothérapie ancestrale. En réalité, j’étais prêt à tout pour retrouver un semblant d’inspiration, cette sorte de flottement cérébral indispensable à toute construction d’esprit, un emplâtre d’idées en l’air fulgurantes. Je pensais à cette perturbation, ce dérèglement du principe d’apesanteur rapporté au mode d’expression d’un cœur estropié ; une aberration psychique accidentelle capable d’entraîner des effets pervers chroniques entre le jeu de l’intention et une multitude d’effets induits inespérés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je vous livre là l’expérience comme elle vient, d’une tentative de perversion intellectuelle destinée à produire un changement de cap et quelques dommages collatéraux sur une échelle de valeurs d’échanges élémentaires entre vous et moi. Un vice de conformation néanmoins très instructif, capital pour appréhender de manière lucide les grandes mutations sociétales à venir et les changements climatiques annoncés. Un accident. Un simple accident de parcours dont n’importe quel médecin saurait vous dire qu’il résulte en réalité d’un long processus de macération d’un certain nombre d’éléments précurseurs regroupés en symptômes d’une complication clinique à venir. Une complication... comme une mélancolie maladive, le déclenchement d’une peur atroce à propos de tout et de rien, une névrose émotive qui s’installe en vous comme une ecchymose de l’âme en déroute. Le sentiment d’une détresse étrangère qui vous submerge. J’avais tout essayé, les hallucinations, les phobies de toutes sortes, l’hypocondrie, les délires érotiques et les impulsions d’homicides. J’avais tout essayé, et presque tout lu pour tenter d’y remédier, sans succès ; un tas d’articles et des dizaines de pages web sur les processus de la mémoire confrontée aux épreuves de l’enfance et ses dérives inconscientes à partir de l’âge adulte. Des conflits psychiques, des personnalités qui s’opposent... J’avais décidé de ne rien laissé au hasard, de ne laisser aucun doute subsister quand à l’origine des calamités qui m’attendaient. Tout avait certainement  pu commencer comme ça. Un accident.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Freud rapportait le caractère symbolique d’une névrose « à la probabilité d’un traumatisme d’origine sexuel responsable d’une amnésie partielle ou totale susceptible de masquer l’origine du problème ». J’allais donc procéder par étape. Step by step... confronter un à un les arguments dans l’espoir de dévoiler l’affaire au grand jour. Réunir, une preuve après l’autre, en commençant par le souvenir, l’image d’un contrôleur et de son habit bleu foncé sur le quai d’une gare. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Un môme court vers le chef de gare avec l’intention de lui demander de l’aide, mais le mioche se ravise au dernier moment par peur de passer pour un menteur&lt;/span&gt;. La scène s’appuie sur le cliché d’un train sur le point de sortir du champ, ou plutôt sur celle d’un représentant de l’ordre des transports ferroviaires en plan serré, donnant le signal du départ avant que le gosse n’ait eu le temps de lui déballer toute l’histoire. L’image s’arrête net. Une tentative d’évasion pour échapper au pire. Une scène de viol au caractère aggravé par la différence d’âge pour être franchement précis et dire les choses comme elles sont. Le pire... Un rapport forcé entre un adulte dégénéré et sa jeune victime désarmée. L’histoire se coupe net à &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’entrée du train en gare de La Ciotat&lt;/span&gt;... un écran de fumée produit par une locomotive qui marche au charbon devant une foule de spectateurs blasés sur le quai. Le plan est fixe, daté de l’année 1895, un des tout premiers de la grande aventure cinématographique initiée par les frères Lumière.  Un impact considérable.  Une invention qui transformerait à jamais les rapports que l’humanité entretenait depuis toujours avec le monde sensible et ses fantômes, la subjectivité humaine et les profondeurs du rêve. Oui, tout avait pu commencer comme ça. Un plan maître, droit sur ses rails qui défonce l’écran sans que personne n’en comprenne tout de suite le sens. L’archétype d’un cauchemar possible. L’origine d’un immense malentendu entre ce que les gens attendent tous de partir un jour en voyage, et ce qu’on oublie de leur dire qu’ils n’en reviendront peut-être jamais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De son côté, Vanessa continuait de buter sur la parabole d’un module géométrique applicable à l’idée d’une ligne suspendue entre son propre cœur livide et ses jeunes organes de génération inspirés. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Une ligne... c’est-à-dire une courbe, l’idée d’une trajectoire à suivre comme le résultat d’une circonstance inaltérable, mais déviée, par essence... comme tout dans la nature se déporte, comme tout dérive à force de contraintes répétées  « Jamais personne ne suit une ligne droite, ni l’homme, ni l’amibe, ni la mouche ni la branche, ni rien du tout » dit Lacan. La ligne droite c’est le vide, le vide absolu, le vide complètement vide. Le vide comme méthode d’extraction définitive de toute signification des corps visibles et de l’invisible. La droite comme mode d’expression le plus abouti du néant.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mais vous mélangez tout... Les voyages lunaires, Freud, la géométrie... l’invention du cinématographe, la politique, le bleu de méthylène, l’entretien des plantes vertes...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le type assis au bar juste à côté de moi avait d’abord ri. Une simple toux avant de s’éclaircir la gorge au-dessus d’un verre d’eau saturée de vapeur chaude. Le type — pas vraiment le genre de l’éthylique débauché, mais plutôt coureur de fond — joignit ses lèvres en même temps que ses mains, cramponna ses narines à une nappe d’air renouvelée par le climatiseur général, avant de plisser les yeux dans la perspective d’une réplique à propos.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je le fis tout de même attendre un peu, par principe, et pour prendre le temps de trouver la fonction permettant d’accéder au mode vibreur de mon appareil cellulaire. Je pris encore une large inspiration dans l’intention de rectifier la position de mes épaules. Un truc d’acteurs pour atteindre la bonne profondeur sur scène. Je m’élançais juste au point d’équilibre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Tout est lié. La droite ligne des espaces vides et les cercles magiques qui nous agitent l’esprit. Tout est lié. Vous, moi, la nature sauvage et le chant des milliards d’étoiles dans l’univers. Tout samare, tout s’unit. La technique de la valse et la danse des neutrons, la théorie des cordes et la pluie...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’avais alors longuement pressé la touche principale de mon téléphone portable et vérifié le résultat sur l’écran pour être tout à fait sûr que personne ne puisse plus nous déranger. Mon interlocuteur feignit un sentiment neutre à l’intention de mon geste pourtant très explicite. Je commandais un autre verre de Porto pendant qu’elle me fit remarquer mon intention hypocrite de passer outre le nombre de cigarettes que je m’étais fixées à ne plus dépasser depuis plusieurs mois. Elle... Sa tête était toujours lovée autour de mon cou, pendant que sa main continuait de fouiller ma poche de pantalon d’un geste à peine camouflé. Une sorte d’habitude qu’elle avait de s’introduire, de s’insinuer dans les conversations des gens. Le type vit les yeux de la jeune femme renversés, grands ouverts, son corps ostensible, sa respiration bien visible sur sa bouche. Vous n’imaginez pas la beauté de cette fille ! Une torture... Le terminal maritime de toutes les jolies choses à vendre qu’il puisse se trouver à réunir dans ce vaste monde. Un navire entier de splendeurs raffinées, de recettes exotiques délicieuses ; des palettes de gourmandises fantastiques... et veuillez pardonner ma digression alors que son visage me revient rapidement en mémoire. Son visage confiné à l’âge de l’enfance, sa nuque de verre, son ventre atomique et ses cuisses ; l’intérieur de ses cuisses... l’odeur de pluie, de thé vert répandu sur son sexe ; le parfum de terre cuite entre ses seins. Il s’obstinait à le nier, mais rien n’avait jamais été plus excitant que d’avoir couché avec sa femme les premières fois. L’espace d’une seule nuit avait suffi pour comprendre, quelques baisers sur ses yeux et les rafales de plaisirs entre ses reins pendant qu’il l’embrassait pour l’empêcher de crier. Tout ça lui manquait. Il avait trouvé la vie tellement triste juste après.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— L’avenir, Monsieur... et juste pour continuer sur le terrain de l’esprit clair, celui de « l’intellection » comme disait Descartes... L’avenir est à l’acceptation d’une nouvelle méthode de raisonnement par le procédé du foisonnement de coups de chaleurs dans le dos. Une révolution copernicienne en matière d’argumentaire. Un &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Modus operandi&lt;/span&gt; de la pensée qui découlerait naturellement d’un carambolage de souvenirs hétérogènes et d’histoires d’amours tronquées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Darwin appelait ça « la révolte mentale », une forme de libération de l’esprit qui permit tout de même au grand homme de rédiger sa théorie de l’évolution par la sélection des espèces. Dois-je vraiment vous faire un dessin ?! Oui, tout est lié. Tout s’accorde comme le jour et la nuit, les marrées montantes et les histoires d’amours volées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais laissez-moi revenir un instant à Freud, justement ; à cette « origine » dont nous parlions il y a tout juste un instant... Car vous verrez comme je vous le disais, que oui, tout est absolument lié. Laissez-moi revenir à ce fameux traumatisme originel responsable d’une certaine amnésie générale de nos sociétés modernes engluées dans ses psychoses de toutes sortes... Et imaginez un instant cette forme primitive du vivant —par comparaison—, un organisme unicellulaire, une algue la plus simple qu’il soit ; une algue qui dut un jour, il y a 1,5 milliards d’années, faire le choix d’un troc insensé. Celui de réussir une première relation sexuelle avec son semblable, mais au péril de sa propre vie...   Cette invention d’une mort programmée pour chacun, comme corollaire d’une belle aventure amoureuse qui commençait sur la terre... Oui, car tout en vérité a bel et bien commencé de cette manière. À l’émergence des premiers organismes complexes aux amours éperdus, aura correspondu la fin d’une époque dorée, un âge d’or de la vie qui ne connaissait rien de l’idée saugrenue d’avoir forcément à disparaître un jour dans les arcanes d’une nuit infinie. Mourir pour elle... Voilà toute l’histoire. Pendant qu’elle... mourrait peut-être aussi d’amour pour lui. La belle histoire ! Mourir pour elle alors qu’un paquet de trains lui était déjà passés dessus. Et le beau voyage ne faisait que commencer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;(À SUIVRE)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/272337987890703271-5533615669123606538?l=lecoupdechaud.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/feeds/5533615669123606538/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=272337987890703271&amp;postID=5533615669123606538' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/5533615669123606538'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/5533615669123606538'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/2007/05/le-coup-de-chaud-capitre-ix.html' title='LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE X'/><author><name>jean-Luc Gantner</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://1.bp.blogspot.com/-mRvgoJL0ohM/TX8U-FgjFwI/AAAAAAAAEbo/VZoUQW5Bq_c/s220/photomobile%2B0.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-272337987890703271.post-2952746382917725572</id><published>2007-04-11T14:11:00.011+02:00</published><updated>2009-07-15T08:44:55.544+02:00</updated><title type='text'>LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE XI</title><content type='html'>&lt;span style="font-size: 130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;CHAPITRE 11&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style=";font-family:georgia;font-size:130%;"  &gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;span&gt;UNE HISTOIRE D’ABSTRACTION...&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;(Selon le principe de la récupération, le procédé de l’appropriation / Disons l’histoire  d’un vol... et l’idée d’une restitution sous la forme qu’il convient le mieux dans le contexte d’une histoire d’amour qui dérape).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div  style="text-align: justify;font-family:georgia;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt;Antoine n’était pas revenu. Une année entière au Vietnam... et &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt;Antoine&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt; n’était pas revenu. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt; &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt;Marie avait eu très régulièrement des nouvelles au début ; des lettres de passion ardente comme son amant les lui avait promises sur le quai de la gare juste avant de foutre le camp pour de bon. Des lettres que le jeune reporter lui envoyait à l’adresse du Kane avec la complicité du patron. Marie était tellement gentille ! Des lettres aux entêtes romantiques du service de communication de l’U.S. Army ou frappées du logo de la Croix rouge française ; du bristol officiel d’ambassades internationales ou timbré de l’hôtel Continental à Saigon.  Des lettres et quelques rares cartes postales aux couleurs passées du golf du Tonkin, de la Cochinchine, du « Sud lointain » .&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt;La correspondance était assidue et sentait bon le miel, le thé fleuri des hauts plateaux du Suoi Bu ou les essences rares d’orchidées sauvages. Entre deux paragraphes d’amour enflammés, &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt;Antoine&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt; décrivait scrupuleusement la couleur terreuse des neuf bras du Mékong, celle des Bougainvilliers. Une palette de nuances qui forçaient le trait d’une vieille France indochinoise un peu pompeuse ; celles coloniales, hétéroclites de la route Mandarine ; celles émeraude des lueurs de l’aube dans la baie d’Along ; celles des lagons paradisiaques, des rizières inondées de vert électrique ; celles, torrides, acidulées des jeunes filles soyeuses dans leurs ao-dai ; celles au parfum érotique, voluptueux et sensuel de pimprenelle, de safran, de citronnelle, de coriandre ou de Darjeeling... Mille camaïeux à l’odeur pestilentielle de nuoc-mam ; mille fresques exotiques composés d’Hévéas, de Théiers, d’Eucalyptus... des jardins entiers de jacquiers, de kapokiers, de micocouliers, d’acacias ou de manguiers... Un paysage de forêts(X) tropicales luxuriantes qui attendaient leur mort imminente comme cinq millions de vietnamiens succomberaient pour finir aux phobies anticommunistes du président Kennedy, du président Johnson, de Richard Nixon, d’Henri Kissinger, du colonel Nguyen Van Thieu, de Tchang Kaï-chek ou du général Franco, et sous les tonnes de bombes de fabrication occidentale. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Au total 72 millions de litres de défoliants ont été répandus sur les forêts et les mangroves (des dioxines en quantité phénoménale) par les forces militaires du « monde libre » et quelque 13 millions de tonnes de bombes (465 fois plus que la puissance d’Hiroshima) soit 265 kg d’explosifs mortels par vietnamien, et quelque idée de gauche ou de droite qu’il défende sur le point de se les prendre sur la gueule.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt;Au fil des mois, Marie s’était habituée à voyager au rythme des intentions amoureuses et littéraires d’&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt;Antoine&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt; à l’égard de son corps impatient. Des plis qu’elle ouvrait méticuleusement comme un rituel, toujours assise à la même place au fond du bar où ils s’étaient rencontrés la première fois ; le même que celui où elle se souvenait que Tony lui avait fait la cour cinq ans plus tôt. Des dizaines, plusieurs dizaines de lettres, puis plus rien. Plus rien jusqu’à cette enveloppe jaune, postée à Florence... après plusieurs mois de silence radio. La lettre tapée à la machine à écrire l’avait beaucoup intrigué, comme toutes celles qui suivraient...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:100%;" &gt;&lt;span&gt;Saigon, octobre 1970&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:100%;" &gt;&lt;span&gt;Ma petite Marie,&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:100%;" &gt;&lt;span&gt;Dans ma dernière lettre, Je t’avais assuré de mon retour précipité, et tu vois, je n’ai pas réussi à tenir ma parole ! J’espère que tu ne m’en tiendras pas trop rigueur. Je me ronge de te revoir. Bien que je n’ai aucune idée ni de l’heure, ni de l’endroit. Ici « c’est l’enfer ! » Mais je crois que je te l’ai déjà dit. Des Niacs planqués partout. On ne peut faire confiance à personne... Les ricains, c’est pareil ! Nixon, B52, bombes, défoliant, agent orange, bleu, blanc... napalm... La bouffe est merdique. Météo dégueulasse. Les bestioles pullulent (moustiques, araignées, sangsues, tigres, serpents)... Je crois que tu ne te plairais vraiment pas dans le coin malgré ton désir que je devine de me rejoindre par n’importe quel moyen. Je reviens de Phnom-Penh où Je me suis fait piqué tout mon matériel photo par une patrouille de G.I.’s. Un beau paquet de salauds aussi ! J’ai vraiment la gerbe ! d’autant que ça fait des semaines que je n’ai pas pu envoyer un seul reportage susceptible d’intéresser un journal. Je suis crevé... En fait, ça va vraiment très mal ici. Les bombes, les morts. Ça pue, c’est horrible ce qu’un mort peut puer même une fois enterré ! Ou plutôt non. Ça pue, mais l’odeur de cadavre permet aussi de relativiser pas mal de choses de la pourriture des vivants. Toute cette merde, tous ces morts... Tout se mélange, la merde et toute la mort qui croupit dedans. Au moment où je te parle, j’ai le nez sur une carte géographique du Cambodge et de la Thaïlande pour respirer un peu... je me dis que je pourrais tout plaquer pour un beau voyage touristique entre la mer de Chine et l’Océan indien ! Hanoi, le Fleuve rouge, la baie d’Along, le Col des nuages, Dalat, Sa Dec... et puis Rangoon, Bangkok, Jakarta, Manille... Je regarde le plan et je t’imagine dans ta petite robe rose en train de marcher juste devant moi pour m’ouvrir la route... tu sais, celle avec laquelle je t’ai pris en photo, je crois que c’était sous le jardin du Préau quelques jours avant mon départ. Je suis sûr que tu serais vraiment très belle ici avec ta robe au milieu des Hibiscus et des Frangipaniers. Je pense à toi. Je t’aime. Mille baisers. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-size:100%;" &gt;&lt;span&gt;H.C.B.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt;Le vocabulaire n’était plus vraiment caractéristique des courriers précédents, mais Marie s’était d’abord dit que la guerre ne manquerait jamais de causer des dégâts de toutes sortes, responsables de changements irréversibles chez ceux d’entre nous qui approchaient l’enfer d’un peu trop près. Tous ces mois passés dans la jungle tropicale au milieu des miasmes et de la vermine l’avaient forcément transformé de multiples façons, comme déjà l’épisode dramatique de sa courte vie d’alpiniste lui avait permis de mûrir un peu plus vite que les autres... Oui peut-être cette nouvelle maturité, facile à saisir entre les mots cinglés de son glossaire de guerre aux allures de sentence... témoignait-elle de ce qu’il faudrait aussi juger cette perception d’un changement radical de la pensée d’&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt;Antoine&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt; à la faveur de plusieurs mois de résistance au milieu de la propagande communiste, des attentats à la bombe et des assassinats politiques de toutes sortes ?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div  style="text-align: justify;font-family:georgia;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt;Marie songeait tout de même à sa « robe rose »... Pourquoi &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt;Antoine&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt; parlait-il de sa robe rose alors qu’il savait très bien qu’elle-même l’avait toujours détestée ? Une robe, tout ce qu’elle avait de plus niaise, et sa couleur rose pâle que tout le monde portait. Un cadeau de Tony. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div  style="text-align: justify;font-family:georgia;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt;Et puis cette énigme... cette « dernière lettre » à laquelle son amant faisait référence et dont elle aurait forcément dû se souvenir chaque mot, chaque signe... Ce message d’espoir qu’elle avait attendu si fort.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify; font-family: georgia;"&gt;&lt;span&gt;&lt;span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-size:medium;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt; &lt;!--StartFragment--&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;Appuyée sur ses coudes, assise à une table au fond du Citizen, Marie passa d’abord en revue toutes les pistes d’une explication plausible. Les genoux pudiquement joints, la gorge nouée, une barre au ventre et les yeux rentrés, la jeune femme tenta d’évaluer chaque hypothèse dans le moindre détail avant de considérer sérieusement qu’un courrier en provenance d’une zone d’affrontement  considérable comme ce Vietnam à feu et à sang, présentait certainement la possibilité d’un risque militaire de la plus haute importance stratégique. Un commerce, encadré par conséquent de mille précautions d’usage par les différentes forces belligérantes. Aussi, Marie put facilement déduire qu’à l’endroit d’une correspondance postale qu’elle quelle fusse et malgré sa nature amoureuse à destination de l’étranger, pouvait s’insinuer aux yeux de l’ennemi la confidence travestie d’une information capitale pour l’issu du conflit. Quelques services spéciaux de contre-espionnage français ex indochinois ou américains, auraient même pu prévoir d’intercepter les confidences plutôt romantiques d’un jeune reporter énamouré, avant de replacer le message dans le circuit postal fardé d’éléments codés à l’intention d’une filière de renseignement politique du camp opposé. Un vrai coup tordu, et tout à fait indétectable grâce au savoir-faire d’un appareil d’action clandestin mis en place sur le terrain depuis la défaite retentissante du corps expéditionnaire français à Dien Bien Phû, dans une plaine du Tonkin. &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;  Certaines initiatives auraient pu mal tourner, certaines lettres disparaître, asphyxiées dans d’improbables mixtures chimiques d’un dispositif viêt-minh encore  artisanal... Une mauvaise recette, une simple erreur de dosage ; un emmêlage de pédales dans les proportions de coups de gueule et celles du désir d’effacer nos traces. Au final, des messages inutilisables.&lt;!--EndFragment--&gt;     Des lettres mortes pour la patrie(X) et pour le cœur brisé de leur destinataire éplorée.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Fermer le ban. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour finir, l’obscur traficotage de sentiments amoureux aurait pu également atteindre une sorte de récepteur subsidiaire, un intermédiaire sur un parcours postal balisé. Lequel agent basé suffisamment loin du front pour ne pas élever les soupçons —Disons, planqué dans un bouge de Florence par exemple !...— aurait disposé d’une clé indispensable au déverrouillage de l’information camouflée dans une lettre d’amour comme il en existait cent. Une manœuvre relativement simple... Le lieutenant de police tenta de conclure sur cette alternative tout à fait vraisemblable selon lui ; « à moins » rajouta t’il, que ce ne fut le jeune Conte lui-même, le profil type de l’agent double... Un petit-bourgeois corrompu, un de ces maoïstes. Antoine Conte de Beauregard, un nom tout indiqué pour noyer le poisson dans la vase du Mékong... Le jeune Conte et sa couverture de reporter pour passer inaperçu sur chaque rive. « Oui, à moins que ce ne fut ce petit con lui-même... »&lt;br /&gt;Marie pleurait pendant qu’elle se rhabillait. Rajusta son petit soutien gorge en lycra sur son buste émacié et remonta son Dim qui lui servait aussi de culotte roulée sur les chevilles. Une virgule noire épaisse emportait un œil après l’autre sur son visage englouti. L’intérieur de son ventre lui faisait mal, des coups, comme des poinçons... un outil de fourreur comme une alêne qui lui transperçait l’abdomen, mais Marie prit sur elle de ne rien dire au flic en train de se raboutonner derrière le classeur métallique gris-vert sur lequel la photo de sa femme souriait à la frimousse d’un mioche au cou déformé par une grimace aux allures de sphincter. « Elle s’appelle Purification. C’est d’origine espagnol. (Pou-ri-fi-ca-cione)... » Le gros con de flicard avait dit : « Pou-ri-fi-ca-cione » comme le Matador apprenait à donner l’estocade finale dans l’arène après quelques passes de capote lors d’un combat à mort avec le paquet de viande énervée qui lui servait de bouc émissaire les jours de foire.&lt;br /&gt;Pour conforter sa démonstration, ou peut-être aussi réussir à détourner l’attention... l’enquêteur en chef de la brigade de la rue Michelet, fit encore remarquer à Marie l’origine du cachet de la poste... « italienne » ! apposé sur l’enveloppe jaune en provenance de Florence. La preuve, de ce que cette rédaction amoureuse au caractère ambigu avait dû en voir de toutes les couleurs avant d’arriver, depuis le théâtre des opérations vietnamien, via l’Italie... jusqu’au cœur serré d’une jeune bonnetière complètement déboussolée par la perspective d’une vérité bien plus cruelle encore. Oui, car rien en réalité n’interdisait plus à Marie d’imaginer son amour perdu dans la pire situation qu’il soit pour un reporter. Un journaliste à part entière, dont elle pourrait évaluer bientôt, la terrible efficacité de ses photographies... l’impact de ses cadrages et l’honnêteté de son travail reproduits en couverture de la presse du monde entier. Marie en était convaincue : Antoine n’était pas un lâche. Elle connaissait son homme ; la ténacité de son caractère imprimé sur son corps, un dessin bien fait, des formes géométriques bien visibles sur son flanc. Tout ce qu’elle se rappela de ses yeux adroits et de son dos fiché ; son sourire, sa mélancolie allemande quand il lui parlait. Sa force, qu’elle pouvait encore sentir au fond d’elle dans l’abstraction de ses nuits compliquées ; l’intensité de ses blessures d’enfance à jamais rivées dans ses veines, un chant d’anges et ses arborescences électriques disséminés dans sa chair. Son corps, immense. Non, Antoine n’aurait jamais failli. Son grand amour, son amour vrai, cette évidence crue. Au fond, c’était même pour cette unique raison que son amour de beau gosse avait oublié de lui écrire pendant des semaines... Il n’avait pas oublié, non ! mais seulement voulu éviter d’avoir à la compromettre avec lui. Un seigneur. Et Marie en était maintenant persuadée : Pour beaucoup, son noble écuyer vaudrait certainement mieux la bouche emplie de terre à respirer la crasse de ses mauvaises opinions, qu’à lancer son paradigme humaniste aux trousses d’une comédie résignée d’un genre humain sans scrupule. Marie eue soudain très peur et repensa à ce photographe célèbre. Robert Capa(X), mort à peu près au même endroit au mois de mai 54. Le type avait sauté sur une mine pendant un reportage sur la route de Thai-Binh. Fin du voyage. C’est Antoine qui lui avait raconté l’histoire du plus grand photographe de guerre que le monde ait jamais connu. Robert Capa, joueur de cartes et coureur de jupons ; alias André Friedmannn, né en 1911 à Budapest, Hongrie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Robert Capa, de son vrai nom Endre Ernő Friedmann, Naissance le 22 octobre 1913 à Budapest. Exilé à Berlin en 1931 à cause d’une montée de l’antisémitisme en Hongrie. Etudes de sciences politiques à la Deutsche Hochschule für Poltik. Photographie Trotski à Copenhague l’année suivante avant d’être chassé de l’Allemagne au bord de basculer dans la pire période de son histoire. Rejoint Paris, le quartier Montparnasse... Se lie d’une amitié indestructible avec le photographe David Seymour, alias « Chim » pour les gens du métier. Rencontre avec Gerda Taro, étudiante allemande antifasciste, elle aussi reporter de guerre, et qui restera le grand amour de sa vie malgré la mort de la jeune femme en 1937, ; écrasée par un tank des brigades internationales. Publication régulière dans « Life magazine ». Réalise le chef d’œuvre absolu de l’histoire du photojournalisme en figeant la mort d’un soldat républicain près de Cerro Muriano, au mois de septembre, l’année 1936. Renouvelle son coup de maître le 6 juin 1944 en débarquant sur une plage d’Omaha-Beach avec son Leica autour du cou. Termine d’inscrire son nom dans la légende, grâce à son ami Henri Cartier Bresson en fondant avec lui la célèbre agence coopérative « Magnum » à New-York ; poursuit son tour du monde des théâtres d’opérations. Pologne, Sicile, Chine, Japon... Travaille en Israël entre 1948 et 1950. Meurt juste après sa naturalisation comme citoyen américain, en sautant sur une mine sur le sol Indochinois au mois de mai 1954. Medal of freedom américaine et Croix de guerre française à titre posthume.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span&gt; &lt;!--StartFragment--&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;  Le ciel était calme, il faisait à peine nuit. Marie comptait les rangées d’éclairages vissés sur les murs crépis de la rue de la Cité jusqu’aux traces de bleus fiévreux sur les vitres du Kane.  Elle disait « Kane » depuis quelques temps. « Kane » pour afficher son mépris d’un « Citizen » arbitraire. Une contraction machiste d’un titre en entier qu’il convenait encore de séparer en deux parties distinctives, sur la base d’une sorte d’immense malentendu entre deux types d’espèce humaine opposées : Les garçons au-dessus et les filles dessous... c’était comme ça depuis le début, même si les filles aimaient aussi conduire, manœuvrer les gouvernails et accélérer sous des trombes d’eau. Le Kane... Alors que le troquet avait aussi changé de nom sans qu’elle ne s’aperçoive de rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Où était-il à cette heure ? Parcourait-il encore le Vietnam avec son Leica depuis la date à laquelle ce télégramme providentiel était parti de Saigon ? Pouvait-elle espérer le revoir bientôt comme il semblait le lui avoir promis alors quelle n’en n’avait jamais rien su ? Est-ce que cet abruti de flic... Comment déjà ? Pou-tré-facione...) c’est ça ! pouvait avoir raison à propos des services de renseignements des postes ? Cette lettre... de Saigon, postée à Florence ?... Qu’aurait-elle encore à espérer de son béguin, son grand amour qui puait la mort à plein nez  ? Marie aurait voulu lui répondre sur le champ... lui écrire des jolis mots pour le rassurer ; lui dire que son ventre, ce salaud de flic, cet imbécile de Tony... toute cette fièvre, la couleur bleu, les costumes de marins, les bleus de chauffe, le cobalt et le Majorelle, les panoplies d’officiers... Tout ce qui la rassurait un peu depuis qu’elle se sentait loin de lui. Mais il était convenu entre eux depuis le départ qu’elle ne disposerait d’aucune adresse, aucune destination à laquelle lui retourner ses envies d’elle et ses baisers pressants ; tout son cinéma d’un paysage de carte postale périmée au milieu des tueries effroyables, la boucherie insupportable qu’on devinait dans la presse d’opinion... Pas même une poste restante, aucun repère fixe pour ne rien altérer des mouvements de l’air et des bouffées d’angoisse naturelles. Tout oscillerait, tout hésiterait...  comme le courant flotte sur les lignes de fronts. Comme tout vacille aux entournures de la raison. Le moindre équilibre. Les sifflements de pierre dans le froissement du vent pâle. Marie s’était encore dit qu’Antoine avait sûrement voulu la faire rire avec ses histoires de voyages touristiques en robe rose, mais qu’elle était loin d’être dupe ! Que pour les tigres, les araignées et les serpents, passe encore ! mais pour la promenade en robe rose sur un trottoir de Manille, son client pourrait repasser !...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;!--EndFragment--&gt; Antoine n’était toujours pas revenu, mais le courrier lui, avait continué. Moscou, Leningrad, Bucarest, Tallin, Erevan, Tel-Aviv, Irkoutsk, New-York, Leesbury, toutes postées de... Florence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;(À SUIVRE)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style=";font-family:georgia;font-size:130%;"  &gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/272337987890703271-2952746382917725572?l=lecoupdechaud.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/feeds/2952746382917725572/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=272337987890703271&amp;postID=2952746382917725572' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/2952746382917725572'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/2952746382917725572'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/2007/04/le-coup-de-chaud-chapitre-x.html' title='LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE XI'/><author><name>jean-Luc Gantner</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://1.bp.blogspot.com/-mRvgoJL0ohM/TX8U-FgjFwI/AAAAAAAAEbo/VZoUQW5Bq_c/s220/photomobile%2B0.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-272337987890703271.post-2893886610460109575</id><published>2007-03-12T08:19:00.005+01:00</published><updated>2009-09-01T23:11:54.131+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='12/03/07'/><title type='text'>LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE XII</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;CHAPITRE 12&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;POST COÏTUM ANIMAL TRISTE&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’émission venait de se terminer sur le générique couvert par le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;prélude à l’après-midi d’un faune&lt;/span&gt;(X) de Claude Debussy (À l’origine, un églogue de Stéphane Mallarmé dont le poète mélomane inspiré par Baudelaire, avait réclamé au compositeur un accompagnement à la hauteur de son inspiration). Un &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Panorama&lt;/span&gt; sur la vie des plantes, leur mode de reproduction, la croissance des cellules végétales et leur aptitude naturelle aux élans de la mémoire comme moyen récurrent de leur adaptation au monde moderne. Une heure de discussion autour du développement des plantes vertes et leurs excès de sensibilité derrière leur apparence rigide.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;&lt;br /&gt;-X- Le poème en cent dix alexandrins, illustré par Manet et mis en musique par Claude Debussy, fit aussi l’objet d’une chorégraphie créée par le danseur Vaslav Nijinski en 1912.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;...Qui, détournant à soi le trouble de la joue,&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;Rêve, dans un solo long, que nous amusions&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;La beauté d’alentour par des confusions...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tony était descendu marcher un peu pour shooter dans les feuilles et suivre le dessin monotone des moineaux dans l’air frais de la Place St Nizier. Les piafs du quartier abandonnaient un après l’autre leur architecture gothique renaissance et la dizaine de perchoirs naturels en forme de tilleuls brûlés d’ocre à son pied pour les fissures plein sud de la rue Célestin Philbois. Des cliques sautillantes de passereaux qui amusaient les gosses des HLM voisins flambant neuf. L’automne terminait de recouvrir « la tête du bouchon de Champagne », la rue Michelet, celle du Bon Pasteur ; depuis le quai de l’abattoir, la piscine du Vouldy et jusqu’au jardin du Préau tout proche du canal de la Seine. Chaumont fit une pause à hauteur d’un platane dont l’écorce abondait de signes gravés à la main. Des figures tracées comme des allégories, des paraboles amoureuses et des logogriphes de toutes natures... Des dizaines de rayures allusives et d’éraflures secrètes comme des intentions définitives à l’épreuve du temps. Pourquoi cette figure, particulière plus que cent autres gravures analogues superposées en fresque tendre sur le cuir d’un bois d’agrément, un simple « H »... retint ce jour-là son attention, peut-être à cause de ce « M » qui l’enlaçait, identique à une voilure d’insecte ; deux ailes... l’empreinte assez claire d’un butineur, un voleur de fleurs fort habile dans la matière calligraphique...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tony reprit sa promenade sous des grands arbres jaunes qu’il prit pour des saules (disons probablement des frênes et plusieurs marronniers...) Le maçon n’avait pas la moindre idée de ce qui différenciait un feuillu d’un autre, mais repensa à cette idée bizarre qu’un peu d’herbe était capable de soigner un rhume des foins ou qu’une pincée de thym, de verveine, mêlée au serpolet... guérissaient aussi des absences passagères ou des étourdissements chroniques. Tony s’était arrêté là, sur cette hypothèse que &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les plantes portent en elles toute la complexité du monde vivant et disposent aussi d’une véritable mémoire utile à notre besoin de nous adapter sans cesse à notre environnement...&lt;/span&gt; et n’avait pas osé aller plus loin, au-delà d’une ligne de démarcation qui séparait les quartiers bas d’un centre ville parfaitement préservé. (L’ouvrier du bâtiment avait pensé « réservé » au lieu de « préservé »...) Tony s’arrêta quelques instants à une distance circonspecte du petit bois, puis finit par rebrousser chemin en direction de la cathédrale St Pierre ; chercha une explication rationnelle à la mémoire des arbres dans l’accord d’un son d’orgue qui dévalait la rue de l’évêché... L’ouvrier spécialisé dans le plâtre, l’enduit, le blanc de chaux et les vieilles méthodes de crépissage au torchis, se répéta plusieurs fois cette formule biologique qu’il venait d’entendre à la télévision, traîna les pieds jusqu’au Kane qui venait tout juste de changer de nom dans l’espoir de convertir sa jeune clientèle d’agitateurs gauchistes aux rencontres sportives fournies gratuitement sur une grande télé familiale accrochée au plafond. Cette fois, la nuit était complètement tombée sur le « café de l’Horloge ». Et rien, non vraiment rien n’aurait réussi à le faire rentrer chez lui par ce sentiment d’automne aussi vif. Cette fin du mois d’octobre 1970 où tout allait se jouer. Où tout devrait irrémédiablement basculer. Cette drôle d’année de la mort spectaculaire de l’écrivain japonais Yukio Mishima(X) dans son bel habit de Samouraï ; celle de l’artiste américain Barnett Newman, ou encore du photographe de presse Gilles Caron, disparu quelque part dans les environs de Phnom Penh ; celle en France de François Mauriac, de Jean Giono... L’année de l’enterrement du « grand Charles » à Colombey-les-deux-églises, et du guitariste Jimi Hendrix à Seatle, Etats-Unis d’Amérique...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Yukio Mishima vient d’achever &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’ange en décomposition&lt;/span&gt;, le dernier opus de sa trilogie romanesque publiée sous le titre de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La mer de la fertilité.&lt;/span&gt; Dans la matinée du 25 novembre 1970, l’auteur japonais le plus influent de son temps, se rend à l’école Militaire du quartier général du Ministère de la Défense et prend en otage le général commandant en chef des forces d'autodéfense avant de faire convoquer les troupes. À la suite d’un discours épique encourageant le retour d’un japon traditionnel à la faveur d’un empereur tout puissant, Yukio Mishima se retire dans une pièce situé à l’étage du bâtiment avec quelques-uns de ses disciples les plus sûrs et s’ouvre l’abdomen à l’aide d’un sabre selon le rituel du seppuku (une ouverture transversale sous le nombril). La « cérémonie » morbide imaginée par l’écrivain doit se conclure par sa décapitation (une version du suicide rituel, censée abréger les souffrances du malheureux), mais son ami Morita tremble et rate son geste. C’est finalement Hiroyasu Koga qui récupère la lame et termine l’ouvrage sacrificiel. Un dénouement tragique, pour lequel beaucoup avancent que le maître de la littérature nippone avait tout prémédité et mis en scène depuis la rédaction des premières pages de son œuvre considérable.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« C’est lui qui avait parlé le premier. Je me souviens qu’il faisait très chaud. C’était au mois de juillet. Un rencard que le type avait avec une fille. Il disait qu’il &lt;span style="font-style: italic;"&gt;avait dû la quitter longtemps avant&lt;/span&gt;. Un an, jour pour jour... Il disait aussi qu’il &lt;span style="font-style: italic;"&gt;ne savait pas si elle viendrait &lt;/span&gt;et qu’il la comprendrait. Marie était une chique fille, vraiment ! Tout le monde la connaissait au commissariat, mais j’ai encore l’impression qu’il n’était pas forcément au courant. Le type était reporter ou quelque chose comme photographe ou correspondant de guerre... Je ne me souviens plus forcément de ce que Tony m’avait raconté à l’époque. C’est-à-dire que vous comprenez... Tony et moi, ensuite... Marie était vraiment bien foutue, mignonne et tout. Je veux dire, Tony et elle vivaient un peu ensemble… Je crois qu’ils avaient vraiment quelque chose l’un pour l’autre, mais ça n’empêchait pas Marie... Enfin rien de mal, mais vous voyez. Une fille vraiment jolie, mais quand même un peu salope. Je me rappelle qu’un jour... Tony lui a collé une baffe dans la gueule devant tout le monde alors qu’elle était grimpée en jupe sur une table du bistrot pour fêter la fin des bombardements sur le Cambodge ou je ne sais plus trop quel autre prétexte du genre. Elle fréquentait une bande d’étudiants qui saoulaient tout le monde avec leur politique américaine, leurs idées sur leurs parents, les femmes, la révolution sexuelle... C’était en juin. Je m’en rappelle parce que c’était juste avant le départ du tour de France. L’année ou Merckx avait fait le doublé avec le Tour d’Italie... une sacrée victoire au Mont Ventoux(X) où le belge avait pointé son maillot jaune à presque dix minutes du jeune Zoetelmeck. Après l’étape, Merckx s’était évanoui devant les journalistes en train de l’interviewer. Le médecin avait dit qu’il manquait d’oxygène. 1900M... Le Ventoux c’est quand même pas non plus l’Annapurna ! 4500 bornes à 35 KM/H de moyenne il y a trente ans déjà, vous voyez un peu le boulot !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- En juillet 1970, le Tour de France renoua avec la montée légendaire du colosse provençal. Le col avait été écarté des parcours officiels depuis 1967, date à laquelle Tom Simpson s’était effondré, soutenu par des spectateurs, à deux kilomètres du sommet de l’épreuve. Quelques minutes après, le coureur britannique était mort dans l’hélicoptère qui le transportait vers l’hôpital d’Avignon. « La fatigue, la chaleur étouffante, le manque d’eau »... Tout le monde avait d’abord conclu à une mort naturelle par épuisement. La légende du monstre de Provence avaleur de coureurs était sauve. Le lendemain, le Dr Dumas, le médecin officiel du Tour, répondait à la presse en disant que c’était bien trop tôt pour parler de « doping », qu’on pouvait aussi mourir en pleine santé, chez soi, dans un fauteuil... que c’était rare, mais que ça pouvait quand même arrivé. L’enquête avait révélé plus tard que le coureur montait les côtes avec des tubes de Tonédron dans les poches de son maillot. Le type marchait aux emphèt’, et ce n’était certainement pas le seul dans le peloton. En 1992, une voiture de l’équipe Festina fut interceptée par la police des stups, le coffre blindé d’EPO. Et puis beaucoup plus tard en 2002, l’épouse du coureur lituanien Raimondas Rumsas est arrêtée vers Chamonix en possession d’une quarantaine de produits (EPO, testostérone, corticoïdes et hormones de croissance). Pour sa défense, la jeune femme tentera d’expliquer que ces médicaments étaient en réalité destinés à ses parents malades. Rumsas, Virenque, Hamilton, Rasmussen, Floyd Landis ; l’italien  Marco Pantani, mort dans des conditions « douteuses » en 2004, suite à une overdose de cocaïne ; Laurent Fignon, aujourd’hui atteint d’un cancer des voies digestives... Ricco, Moser, Ullrich, Vinokourov... La liste est malheureusement non exhaustive...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À moins que je confonde avec le mois de mai... Vous savez, cette attaque de l’épicerie Fauchon à paris par un commando terroriste. Un mec qu’on appelait « Tarzan » et une équipe de sauvages s’étaient barrés avec tout ce qu’ils avaient pu emporter : caviar, truffes, champagne, marrons glacés... Du fois gras à deux cent balles le kilo... Ils avaient réussi à foutre le camp par les couloirs du métro. Ce vieux salaud de Sartre avait pris leur défense. Tu parles ! le type bouffait tous les jours à la Coupole et il continuait quand même son numéro sur la pauvreté, la misère dans le monde et la justice sociale... Les beaux discours... C’est pour ça que j’ai continué de voter à droite après ! Ça aurait pu leur ressembler à ces p’tits salauds. Pas mal d’entre eux descendaient souvent à Paname pour aller foutre la caillon dans les manifs !  L’endroit s’appelait pas encore l’Horloge à ce moment-là. Bien qu’on pouvait déjà voir des matchs de championnats sur une télé qu’avait remplacé le vieux juke-box et le tas de p’tits cons qui fumaient devant. Le patron s’appelait Kan’... Je ne sais pas ce qu’il a pu devenir depuis ? Tony était comme un fou. Et plus il gueulait pour que la môme descende de là, et plus elle continuait de le provoquer en agitant son cul sous sa jupe. Le tissu couvrait pas grand-chose dans ces années-là, faut dire ce qui est ! Tout le monde se marrait. J’ai été obligé de m’interposer pour ne pas qu’elle ramasse trop. La gosse s’était mise à chialer, une véritable hystérique. Ensuite j’ai dû essayer de la rassurer. C’est une des dernières fois que j’ai vu Tony. À cause d’elle vous comprenez ! J’aurais pas pu supporter de le regarder en face après.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec Marie, on s’est amusé encore ensemble pendant un moment, mais rien de plus. On se voyait uniquement à la brigade. Elle disait que les murs... les grandes fenêtres sous les plafonds lumineux, même mal peints. Tous cette cohue contrainte de raconter sa vie devant tout le monde... Marie disait aussi que les classeurs, tous ces dossiers bien rangés sur la vie des gens la rassurait. Ma femme ne s’est jamais aperçue de rien, mais c’est mon chef. Un vrai con, avec un nom d’origine espagnole... Bref ! comme je disais... Ce jour-là, le type a commencé à parler de Marie à Tony sans se rendre compte que Tony s’envoyait la gisquette à la régulière depuis longtemps. Bon, même si de ce côté-là... Je veux dire même si un de plus !... Un type avec un sourire, le genre de sourire allemand si vous voyez comment sont ces gens-là. Le genre pardessus avec sa chemise blanche sur mesure bien repassée en dessous. Une allure qu’on oublie pas comme ça. Peut-être dans les vingt-cinq, vingt-six ans, peut-être moins... mais je vous dis ça, ça remonte maintenant. Tony a insisté pour lui offrir un verre. Il l’a écouté raconter ses souvenirs de guerre. Comment il était revenu du Vietnam, comment il était revenu d’aussi loin juste pour revoir Marie... Je me souviens qu’il parlait beaucoup et que l’alcool n’avait sûrement rien arrangé. Après peut-être, une heure... le gars avait sorti un cahier de son sac, une sorte de sacoche qu’il avait gardée accrochée autour de l’épaule. Un cahier rouge avec une spirale. Je ne le voyais pas vraiment très bien d’où j’étais assis. C’est Tony qui m’a parlé de la photo que le type lui a montrée. Une photo de Marie dans une robe rose, la robe que Tony disait lui avoir achetée pour son anniversaire. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Et vous n’aviez jamais su qu’ils étaient mariés.&lt;br /&gt;-Qui, Tony ?...Comment j’aurais pu savoir ? La gosse traînait avec tout le monde. Non... Tony ne bossait plus et passait toutes ses journées au bistrot ; des emmerdes qu’il avait dû avoir avec son dernier patron. Je sais pas pourquoi elle l’avait pas foutu dehors plus tôt ? L’habitude, sûrement. Mariés... Marie et cette loque... Ils ont vraiment été mariés ?&lt;br /&gt;-Et le p’tit ? Jules... Vous connaissiez l’enfant ?&lt;br /&gt;-Ah oui, le p’tit môme...!&lt;br /&gt;-Pas franchement. Des parents à elle qui s’en occupaient, sûrement. Enfin, je sais pas. Une fois. C’était bien avant cette histoire de Sartre, de champagne et de marrons glacés disparue dans les souterrains de la Madeleine... Disons l’année d’avant, pendant l’été juste avant les grandes vacances... Un collègue l’avait découverte complètement ivre, enfin, très mal-en-point. C’est à ce moment-là que j’ai fait la connaissance de Marie pour la première fois. Je faisais la nuit. Le bleu bitte est venu me demander de l’aide pour ramasser une fille allongée à moitié nue sur le trottoir. Carrément devant le commissariat. Comme ça. Personne n’avait rien entendu de ce qui avait bien pu se passer. Marie aurait pu tomber toute seule, ou une voiture qui l’avait peut-être jetée là ? Allez savoir... Après ça  elle ne s’est jamais souvenue de rien ! C’est quand le collègue est sorti à la fin de son horaire de service, qu’il est tombé sur la fille toute éclaboussée par terre. Un sale état. Je dis ça parce que c’est moi qui l’ai raccompagnée chez elle ensuite. Vous comprenez, le gars commençait dans le métier et j’avais préféré finir le boulot moi-même. Elle habitait tout à côté, en haut d’un immeuble dans la même rue. Le môme ? Je l’ai entendu qui hurlait depuis le rez-de-chaussée. Un type était là, il regardait la télévision. C’était Tony, mais je ne l’avais encore jamais vu non plus. Comment j’aurai pu savoir qu’ils étaient mariés ? C’est pas parce qu’on couche avec quelqu’un ou qu’on regarde la télé chez lui... Un peu plus tard, Tony est venu au commissariat. Je lui ai posé des questions sur elle et puis aussi sur le gamin, juste pour parler. Il m’a dit que ça ne me regardait pas. Qu’il n’y était pour rien. Que c’était le gosse de cette fille, qu’elle et lui... voilà tout. J’ai pas cherché, il n’y avait pas mort d’homme non plus ! Par contre, Tony n’arrêtait pas de poser des questions sur la soirée où on avait retrouvée Marie. Il voulait savoir ce qui avait bien pu lui arriver cette nuit-là. On a fini par aller boire un verre ensemble, ici, juste à cette table... Tony disait qu’il connaissait bien le patron et qu’on serait bien reçu. Je ne lui ai pas dit tout de suite que je le connaissais aussi. On a parlé de l’astronaute qui s’était posé sur la lune, et puis de son collègue, Aldrin je crois, je ne sais plus lequel des deux ? Tony était passionné par ce genre de trucs. Moi, ça ne m’a jamais intéressé plus que ça. Il m’a alors fait remarquer qu’on avait récupérée Marie pile à l’heure où le soyouz, enfin la machin avait atterri. J’avais pas vraiment vu tout de suite l’intérêt. Pile vers 4 heures du matin, le 21 juillet. Pour ça, on pouvait lui faire confiance. J’ai jamais rencontré quelqu’un avec une mémoire pareille. Il m’avait même donné l’heure précise, à la minute près, mais j’ai oublié. Le problème ça à été plus tard. Le collègue... le bleubite qui avait découvert Marie le premier avait soi-disant noté 21H35 sur son carnet, et s’était même gouré de jour... le 20 juillet. Ce n’était pas obligatoirement important, encore une fois, il n’y avait pas mort d’homme, mais Tony a continué de nous emmerder avec ça pendant des jours. Plus con qu’un flic, je vous dis ! Pour nous, c’était une affaire classée, voilà. On avait plus grave à s’occuper au tableau de service, vous comprenez. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une différence de plus de 6 heures...&lt;br /&gt;J’avais moi-même essayé de faire le calcul : Entre 6 et 7 heures d’écart entre les deux versions. Exactement l’intervalle, entre le moment où le module Eagle s’était posé ce 20 juillet 1969 entre 21 et 22 heures, heure française et le premier pas de Neil Amstrong sur la lune à 3H56 du matin le lendemain... 21 juillet.&lt;br /&gt;Un peu plus de 6 heures d’écart entre l’atterrissage du LEM et la sortie « historique » du premier homme de son module décoré d’un beau papier d’alu. Entre 6 et 7 heures... Soit très approximativement aussi, le décalage horaire entre la France et Cap Canaveral en Floride. J’avais tenté de recadrer mes calculs en temps universel codé. L’histoire de tout parfaitement vérifier, l’histoire que tout colle parfaitement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;20:17:39 UTC, le 20 juillet 1969 pour l’atterrissage, et 02:56:15 UTC, le 21 juillet 1969 pour la première empreinte du premier homme sur la lune. Soit un différentiel de 6H38’36’’ calculé en unités de temps mondial, ce qui bien sûr, ne changerait absolument rien au problème posé ici.&lt;br /&gt;Qu’avait-il bien pu se passer pendant ce laps de temps d’un peu plus d’un quart de tour de terre sur elle-même dans la nuit du 20 au 21 juillet 1969 ? Je commençais de rassembler les morceaux ; quelques bribes difficiles à recoudre, mais le puzzle finissait tout de même peu à peu par prendre forme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’agent de la force publique à la retraite avait continué de me parler de cette journée du mois de juillet où Tony avait vraisemblablement prémédité sa rencontre avec Antoine, mais tout en évitant d’aborder cette vraisemblance.  Tony, ça ne faisait toutefois plus aucun doute, avait dû guetter le retour du reporter en toute connaissance de cause, n’ignorant rien du jour, ni de l’heure où ce salaud s’était engagé de réapparaître dans son uniforme de héro rescapé du Vietnam dans le seul but de rejoindre Marie. Jules en fut persuadé le premier, à partir de quelques indices récupérés au hasard de ses investigations concernant la mort de son père. Un carnet de voyages découvert, soigneusement étiqueté dans un rayonnage de la cave. En réalité, plusieurs tomes de la vie d’Antoine classés par matière et rassemblés sous l’aspect d’un nombre assez conséquent de cahiers d’écolier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsqu’il était entré exsangue, dans sa silhouette errante, le visage affreusement triste et tirant d’interminables bouffées d’une sorte de fumée jaune aux fragrances d’épices dans l’encadrement de la porte d’entrée ; Tony n’avait d’abord pas bougé, juste un tintement de voix répercuté sur le zinc avec la consistance du verre cassant(X). Cette espèce de nausée dans la gorge et l’intestin noué. Antoine s’était alors assis à l’endroit prévu, une chaise haute, la plus proche de la fenêtre, juste à côté d’où Tony s’était déjà posté depuis plusieurs heures pour être sûr de ne pas rater cette &lt;span style="font-style: italic;"&gt;sacrée putain d’enfant de salaud&lt;/span&gt;. Une attente interminable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Peut-être une allusion encore, à cette lumière de l’orchestre debussyste aux commandes des interludes symphoniques d’un &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Palléas et Mélisande&lt;/span&gt; sombre, tragique et fluide comme de l’eau ? L’époustouflante texture cinématographique de l’œuvre, le renouvellement constant des motifs, cette singularité du timbre instrumental dans la partition.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marie aimait les rouges qui claquaient, la lumière dorée prête à s’éteindre d’un seul coup dans les pourpres... mais n’aperçut pas Tony sur le point de disparaître derrière le grand tilleul estropié. Une bande de moineaux battaient de l’aile sous le couvert des abords du canal, sans un cri. Deux tourterelles turques faisaient le mur du jardin de l’Hospice en s’envoyant des baisers fanés sur la nuque. Des tarins grégaires disputaient des akènes d’aulnes aux verdiers sur le point de déménager vers la mer. Tout dans l’air et sur terre semblait vouloir se cramponner une dernière fois au silence contracté de l’automne. Marie, fit plusieurs fois le tour d’un tronc creusé par la foudre. Un platane... ou peut-être ce qu’il restait d’un hêtre agressé par le ciel ? Pour finir, elle se détermina pour l’idée d’un érable au charme fou à cause d’un tapis de samares cramoisies que le vieil arbre portait à son pied. L’idée l’obsédait. Pourquoi cette lettre, ce papier impeccable, écrit à la machine ? Au lieu des mille mots tendres qu’Antoine avait pris l’habitude de lui faire parvenir, dessinés sur des pages de journaux découpés, à l’arrière des billets de transports usagés ou dans le détail des notes de frais d’un tas de bouis-bouis exotiques... Des lettres comme autant de petites madeleines de voyages tropicaux. Marie en avait remplies toute une boîte à chaussures, rangée dans le vieux sac en toile qui contenait sa robe de mariée. Une lettre... la première depuis des mois. Tony guetta sa femme encore un moment depuis le porche déguenillé de l’hôtel du Petit Louvre à l’angle de la rue Boucherat. Un ancien relais de poste et ses figures grotesques peintes au XVIe siècle sur les ruines d’une demeure moyenâgeuse ayant appartenu à Henri de Poitiers plus connu sous le nom de Sir de Lusignan, roi de Chypre et de Jérusalem. Un membre d’une des plus nobles maisons de France, et descendant (comme toutes les grandes familles françaises s’en étaient toujours réclamées, comme elles se réclament toujours de tout...) de cette bonne Mélusine, princesse d’Albanie exilée sur l’île magique d’Avalon par la faute de son père, avant d’être sérieusement discréditée par l’église chrétienne au prétexte d’une imposante queue de serpent portée par la dame, juste sous la hauteur du nombril. Une jeune et gentille fée des fontaines, transformée en dragon volant par un catholicisme complètement déjanté. La jeune femme reprit sa respiration avant de synthétiser la multitude d’indices censés la guider. Tony guettait encore la silhouette de sa femme lorsque qu’elle avait fermé les yeux en respirant le lit d’un paquet de feuilles rougeoyantes au pied du platane (disons plutôt un érable, et ce, pour que l’affaire soit réglée une fois pour toutes entre nous concernant ces marques du décor, de simples repères dans le paysage). Elle s’était ensuite approchée du tronc ciselé sans que Tony ne réussisse à deviner le trajet de l’extrémité de ses doigts, en surimpression d’une multitude de sillons ébarbés, mille stries convalescentes recouvertes de passions sincères et enflammées. Marie s’était avancée très près pour murmurer les mots tendres enfermés dans les labyrinthes de ses mains. Juste un effleurement sur l’écorce à l’endroit d’un « H » gravé avec force, et de la figure d’un cœur qu’on devinait tracé tout autour. Marie refit les mêmes gestes comme un rituel, déplia doucement, encore une fois le papier machine d’aspect blanc brouillé d’infimes lacis bleus. Plus tard, elle s’était demandée de quelle manière une simple lettre frappée d’autant de caractères contraints, aurait bien pu constituer l’aube d’un pressentiment, l’intuition, juste, qu’elle ne reverrait plus son cher Antoine. Plus jamais. Mais pour l’heure, la petite bonnetière payée à la pièce chez Poron (« la fille des extras » comme on l’appelait aussi dans l’atelier de passementerie spécialisé dans les franges et les liserés d’apparat grâce auxquels Marie tentait d’arranger les fins de mois difficiles), s’en teint encore à cette idée, cette occasion unique, d’une belle balade à l’autre bout du monde ; un projet d’expédition touristique formidable au bras de son jeune et beau reporter, son cher Antoine, son seul amour, son chéri... loin, très loin de ses occupations de dentellière sans consistance des après-midi de relâche et de sa vie de femme mariée sans issue...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;...un beau voyage entre la mer de Chine et l’Océan indien ! Hanoi, le Fleuve rouge, la baie d’Along, le Col des nuages, Dalat, Sa Dec... et puis Rangoon, Bangkok, Jakarta, Manille...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, une sacrée virée !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marie voulut aussi se souvenir de la séance photos pendant laquelle Antoine l’avait prise dans sa robe rose. Un rose mat et laiteux, usé dans les tons chair. Le genre de rose, pressé sur les justaucorps de ballets (le décolleté bateau du modèle classique à bretelles en matière extensible), les cache hanches, négligemment ajustés par-dessus ; une paire de ballerines fabriquées selon la technique du cousu retourné, et ses lacets en satin noués autour de la cheville. Un rose Repetto™ de style néoclassique, mais qui ne donnait rien de très extraordinaire sur les tirages en noir et blanc. Pour ma part, et par analogie sûrement, je songeais au même moment à une image de Cornell Capa (le frère de Robert... et photographe aussi. Pour le dire carrément : sacrément doué ! En vérité, le plus talentueux des deux, bien qu’effacé par le côté « immortel » du frangin, l’aîné ; mort quand même en plein reportage, éparpillé sur une mine et reconstitué ensuite sous la forme d’innombrables publications, expositions et documentaires par la suite). Une célèbre prise de vue au grand angle dont il m’arrive de vouloir recadrer mentalement le plan d’ensemble, conformément à l’angle focal de mon propre trouble intérieur. Quelque chose de plus intime, de plus profond dissimulé sous la surface de cet instantané réalisé en 1958 à l’école du Bolchoï, et montrant trois jeunes ballerines prises de dos pendant l’exercice d’une attitude à la barre. Des lignes de force moscovites, douées d’un mystérieux pouvoir d’attraction. La lumière, bien sûr... L’éclairage naturel du dehors qui attaque la scène de biais. Un contre-jour de trois quarts, plongeant avec raideur sur les parures d’entraînement échancrées. Trois grâces au physique superbe, irisées d’un soleil de plomb derrière leur rideau de fer... Autrement dit : Trois nymphes d’origine soviétique sévèrement contrôlées... soumises aux principes de l’impression naturelle qu’une telle idée pouvait produire sur un étranger de l’Ouest à cette époque d’une coexistence à peu près pacifique entre les deux camps. Une trêve de courte durée. Mais là n’était bien évidemment pas l’essentiel. Car à la vérité, c’est cette fille... (où devrais-je dire : la figure, l’idée même d’une fille, le symbole absolu de l’image qu’on s’en fait !) Une... désignée d’office parmi trois silhouettes alignées dans la trajectoire d’un immense miroir de travail doré à fronton. Celle, la première qui attire l’oeil juste à gauche en entrant ; celle qu’on remarque peut-être à cause de son port de bras, l’épaisseur de sa taille, ou encore du mouvement de tissu imprimé sur la fesse par sa jambe libre lancée en arrière ; cette jeune ballerine dont le reflet du visage est le plus flou dans la grande glace du fond. Cette fille plutôt que n’importe quelle autre fille au monde, à cause de je ne sais quel détail particulier qui me caresse l’esprit chaque fois que je la regarde... Un détail (le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;punctum&lt;/span&gt; disait Barthes dans sa &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Chambre claire&lt;/span&gt;). Ses cheveux lisses peut-être ? Noirs, formées en couettes plutôt courtes et tirées vers l’arrière débarrassant la nuque de toute protection superflue. Un détail, comme l’étroite nervure tracée sur son dos, nu ; une rayure intime sans terminaison nerveuse apparente, croisant les agrafes d’une lingerie en dentelles tendue aux épaules par de fines bretelles de soie. Une échine de corps de ballet soviétique, sa ligne de jonction qui disparaît sous un tissu noué autour de ses reins. Une armature solide et délicate à la fois, fendue au milieu par la poupe.&lt;br /&gt;Oui, ce détail, « maritime », sûrement. Je ne sais pas. Le détail d’un soutien gorge de jeune fille, agrafé dans son dos et à l’origine de mon cœur chaviré.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est « le fantasme »... disait ce même Roland Barthes(X), qui doit toujours déterminer le sens du voyage. Le fantasme comme moteur de la pensée. Au lieu des structures faciles, des signes arbitraires et des constructions imposées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Lors de sa leçon inaugurale au collège de France au mois de janvier 1977, Roland Barthes précisait ce sens particulier qu’il donnait à sa propre idée du voyage en des termes qui firent alors loi pour une littérature nouvelle et désaliénée : « J’aimerais que la parole et l’écoute qui se tresseront ici soient semblables aux allées et venues d’un enfant qui joue autour de sa mère, qui s’en éloigne, puis retourne vers elle pour lui rapporter un caillou, un brin de laine, dessinant de la sorte autour d’un centre paisible tout une aire de jeu, à l’intérieur de laquelle le caillou, la laine importent finalement moins que le don plein de zèles qui en est fait. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sans aucune transition, Marie tenta de recomposer la profondeur du cadre en s’imaginant l’alignement d’Hibiscus et de Frangipaniers à la place d’un parc crasseux dans la lumière humide du canal de la seine. Une robe rose... sur fond de Vietnam à feu et à sang. Son amant qui l’ajuste, Antoine, son grand amour d’Antoine et son Leica braqué sur sa ligne de cœur déchiquetée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce soir-là. Ce soir du mois d’octobre 1970 où elle avait trouvé cette lettre déposée sous le comptoir à l’endroit habituel. La toute première depuis le début de l’été. Soit trois mois après le retour d’Antoine du Vietnam... et sans qu’elle n’en ait jamais rien su.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Mexico, Leesbury, Bucarest, Leningrad, Telavi, Tallin, Santiago, Phnom-Penh, Yinchuan, Palerme, Londres, Derry, Belfast Delhi, Rangpur, Dacca, Florence, Vérone...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;(À SUIVRE)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/272337987890703271-2893886610460109575?l=lecoupdechaud.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/feeds/2893886610460109575/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=272337987890703271&amp;postID=2893886610460109575' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/2893886610460109575'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/2893886610460109575'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/2009/06/le-coup-de-chaud-chapitre-xiii.html' title='LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE XII'/><author><name>jean-Luc Gantner</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://1.bp.blogspot.com/-mRvgoJL0ohM/TX8U-FgjFwI/AAAAAAAAEbo/VZoUQW5Bq_c/s220/photomobile%2B0.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-272337987890703271.post-578218856874879987</id><published>2007-02-13T20:47:00.009+01:00</published><updated>2009-08-27T09:32:29.720+02:00</updated><title type='text'>LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE XIII</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;CHAPITRE 13&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;L'APOTHICAIRE&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sa première pensée fut d’abord d’essayer de se souvenir d’un ciel triste. Un amas noir de volutes épousant la lune en haillons. L’écharpe d’une tempête cosmique en carcasse déglinguée et les vagues ruines sidérales condamnées à s’effriter en milliard de molécules de vie foutues derrière elle. Un temps... à ne pas mettre une météorite dehors, un vrai temps de chien ! Tony fit mine de ne rien remarquer, ni la petite robe rose à bretelles de soie qu’il lui avait achetée pour son anniversaire et qu’elle enfila en hâte à même sa peau nue. Ni la paire de talons aiguilles dont Tony nota qu’elle n’avait même pas pris la peine attacher les boucles en cuir sur ses chevilles. ÀÀ un peu plus de 21H (heure française), huit ans après le premier vol dans l’espace de Youri Gagarine, et à la suite d’un voyage de 70 heures depuis l’orbite terrestre à la vitesse d’environ 4 000 KM/H... la mission Apollo XI, venait de se poser sur la surface poussiéreuse et stérile du satellite naturel de la terre sous l’œil médusé de 500 millions de téléspectateurs rivés à leur poste un peu partout sur les cinq continents. Un exploit considérable dans l’histoire encore balbutiante de la retransmission d’images et sons synchrones en direct. Tony prévit alors qu’elle feindrait d’ignorer le miroir mural accroché juste au-dessus du coffre à chaussures, et qu’elle profiterait d’un reflet moins ostensible de la fenêtre ou d’un verre à photo pour vérifier ses cheveux, sa bouche, ses yeux faits et l’ajustement de sa robe sur ses seins. Ce qu’elle fit à peine deux minutes plus tard d’un coup d’œil retenu dans la profondeur grise du tube cathodique, et juste avant de se précipiter sur le palier pour sauter dans l’escalier commun. Une cinquantaine de marches environ pour rejoindre le rez-de-chaussée et la rue Georges Clemenceau complètement vide... Tony avait additionné le son de ses pas comme une somme de coups à encaisser dans l’estomac. Jules était parfaitement endormi dans ce qu’il lui servait de couchage, improvisé sur le sol en linoléum. À la télévision, Les commentateurs officiels tentèrent d’expliquer une interruption momentanée du direct avec Huston et la mission débarquée sur le sol lunaire, période pendant laquelle les astronautes auraient à régler les derniers détails avant leur sortie du LEM dans les heures qui suivraient.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De mon côté, j’avais continué d’interroger mon interlocuteur qui disait ne plus se souvenir de rien d’un peu important à part d’un disque de John Lennon et Yoko Ono enregistré un an plus tôt quelque part en Europe ou sur le continent nord américain. L’album s’appelait  &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Two virgines &lt;/span&gt;et comprenait deux faces expérimentales d’une durée de 14 minutes chacune dans l’esprit du mythique album blanc des Beatles pressé quelques jours plus tard. Jules, se souvenait que le disque avait fait scandale à cause de sa pochette sur laquelle les deux artistes posaient complètement nus, « une face à l’endroit, une fesse à l’envers ». (Je me souviens que sa langue avait fourché) Un détail dont il trouvait lui-même très étrange de l’avoir gardé en mémoire aussi précisément alors qu’il n’avait qu’à peine quatre ans lorsque le disque avait été interdit.  Jules se rappelait de pareilles vétilles, comme celui d’un pot de géranium très fourni, suspendu à la fenêtre du salon-cuisine-salle-à-manger qui lui avait aussi servi de chambre et de salle de jeux. J’avais été littéralement fasciné par tout ce que ce type pouvait savoir à propos des géraniums. Comment par exemple, la famille comptait cinq genres et environ 750 espèces dont seules quelques variétés répondaient aux critères intraitables du commerce actuel... Un insecticide naturel extrêmement efficace contre les moustiques ou les mouches. Comment il fallait les arroser tous les jours en été en évitant les heures les plus chaudes. Comment il fallait supprimer les tiges étiolées au printemps ou leur choisir des pots de taille réduite afin d’empêcher les plantes de produire trop de feuilles au détriment de leur potentiel florifère. Jules affirmait que toutes ces espèces (principalement des herbes...) étaient capables de rendre leurs propriétaires plus indépendants et courageux, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;capables de mieux s’affirmer dans la vie&lt;/span&gt;. Un remède végétal pour guérir des troubles de l’âme, des blessures affectives et des sentiments bafoués... À propos de fleurs justement ! Et pour rester un moment sur le sujet du jardin secret de Jules Chaumont. Je tenais à vous rapporter ici cette image tout à fait inédite du personnage dans son tablier vert suspendu au cou et ficelé à la taille au-dessus d’un pantalon de toile bleue. Jules avait d’abord insisté pour me parler de son expérience de botaniste amateur devant une table à semis en hêtre recouverte de tôle galvanisée. L’établi de fleuriste était aménagé sous un ensemble symétrique de plaques de verre trempé, perçant la toiture à l’endroit de l’appartement où nous avions pris rendez-vous. Par précaution, ou avec cette sorte d’intuition qui accompagne généralement les rencontres capitales... j’avais pris soin d’enregistrer un maximum d’éléments pour me souvenir plus tard du décor. En vrac : Des boîtes d’apothicaires serrées entre-elles et toutes sortes de fioles rigoureusement étiquetées sur un bureau à cylindre posé contre une cloison de plantes vertes. Une collection complète de cahiers à spirale, empilés sur l’étagère d’une petite bonnetière toute simple à bords droits dont il manquait la porte pour refermer le meuble. La pièce, éclairée à la manière d’un grand atelier d’artiste, comprenait également plusieurs caisses en osiers, dans le genre malle des indes, installées sous des rideaux de mini bambous d’intérieur et fourrées d’un bric-à-brac incommensurable de livres anciens, de catalogues de marques et de notices techniques ; et puis un cartonnier trois colonnes en merisier de très belle facture presque entièrement enseveli sous une dégringolade de clématites. J’avais aussi pris note d’un store blanc perlé, coulissant sur au moins trois mètres de long et responsable d’une lumière impeccablement diffusée sur une partie de ce que j’aurais spontanément décrit comme l’endroit le plus significatif d’une serre-appartement, occupée par un tapis de fougères brumisées grâce à un système de récupération d’eau de pluie habilement dissimulé dans le décor. La disposition de l’écran qui séparait la pièce en largeur... coïncidait sur l’un des deux murs principaux, avec une lourde tenture encadrée, dans la matière d’une toile de Jouy (un « Chintz » comme disent les anglais). Un motif surchargé sur fond bistre représentant une scène pastorale sous des sommets alpins ou ce genre de colin maillard à la manière de Jean-Baptiste Huet, (je ne saurais me souvenir tout à fait du dessin). Enfin, séparés par des bandes de couleur unie gris satiné, des sujets florentins ébènes sur fond rouge cramoisi interrompaient une soie de Chine d’un violet d’améthyste, créant l’effet d’un ensemble alterné de lais décoratifs à la fois moderne et sophistiqué. Un simple détail encore : ce nombre phénoménal de références cinématographiques classées selon leurs années de production... Un mur entier d’enregistrements vidéo en palissandre, dont les étiquettes collées sur la tranche, toutes identiques et numérotées... renvoyaient à une nomenclature sérieuse dans une collection de registres en forme d’agendas. Des films de guerre des années soixante-dix, des documentaires américains sur le Vietnam ou les activités secrètes de la NASA pendant la guerre froide... Des vieux films russes et suédois, des bandes de Vertov, de Sjöström ou de Murnau. Jules m’avait demandé si j’avais déjà vu &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les mains d’Orlac&lt;/span&gt; ? L’œuvre qu’il préférait du cinéaste expressionniste allemand Robert Wiene. « En plein Bauhaus ». J’avais juste répondu « Man Ray, Buñuel... » le peu que je savais des surréalistes à l’écran dans une période propice.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le procès verbal d’inventaire faisait état d’un nombre considérable d’indices concordants dont je tente ici  de vous reproduire la liste (X) de mémoire :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;UN THERMOMÈTRE ÉMAILLÉ DE COULEUR JAUNE, UN BAROMÈTRE FAISANT AUSSI HYGROMÈTRE ; UN APPAREIL PHOTOGRAPHIQUE DE MARQUE LEICA™ (M6 - N° 1674362), UN OBJECTIF 2.8/50MM ELMAR ; 6 ROULEAUX DE PELLICULE VIERGE KODAK TRI X 100 ASA 36 POSES ; UN AGRANDISSEUR DE MARQUE SHARPIO-RHENEL™, UN JEU DE FILTRES DE COULEURS GRADUÉS, UN MASSICOT FORMAT 30X40 ; UN CUTTER ET PLUSIEURS PAQUETS DE LAMES DE RECHANGE ; UNE BOITE DE PEINTURE LEFRANC™ (UNIQUEMENT COMPOSÉE DE COULEURS PRIMAIRES ROUGE, VERT, BLEU) ; UN ENSEMBLE ASSEZ IMPORTANT D’ERLEN-MEYER, DE BECHERS, DE BOÎTES DE PÉTRI ET DE TUBES À ESSAI DE FORMES ET DE CONTENANCES DIVERSES, DONT UN VASE EN VERRE TRANSLUCIDE ET DE TRÈS GRANDE TAILLE, COURONNÉ D’OR À SON ENCOLURE ; UN ÉLECTROLYSEUR, UN STÉRILISATEUR, UN CALORIMÈTRE ; UNE LAMPE CONVERTIBLE À INFRA ROUGE OU ULTRA VIOLETS ; UNE PAIRE DE CISEAUX, 6 TUBES DE COLLE UNIVERSELLE ; UN PIOLET D’ALPINISME EN ACIER FORGÉ DE MARQUE CHARLET-MOSER™ FABRIQUÉ À CHAMONIX (HAUTE-SAVOIE) TAILLE 45cm, UN PITON CORNIÈRE DE FABRICATION CALIFORNIENNE (APPELÉ PITON AMÉRICAIN), UN DUVET ROUGE ; TROIS SACS EN TOILE DE JUTE CHARGÉ DE PIERRES, UN QUATRIÈME SAC REMPLI D’UN MÉLANGE DE TERRE ET DE DIFFÉRENTES MATIÈRES VÉGÉTALES EN DÉCOMPOSITION ; UNE SCIE À GRECQUER, UN RACLOIR, UN JEU DE PINCES À BOUTURER, 12 SIGNETS EN BOIS, 6 PELOTES DE SISAL; UN CALENDRIER DE SEMIS LUCIEN CLAUSE ; UN PETIT ALAMBIC (MODÈLE ASSEZ ANCIEN) ; UN RÉCHAUD À ESSENCE COLLMAN™ ET 3 RECHARGES ; UN MICROSCOPE, UN ASTROBALE ORIENTAL ; UNE LUNETTE ASTRONOMIQUE 300X FREHEL, UN CURVIMÈTRE (MODÈLE SUISSE), UNE BOUSSOLE (FONCTIONNANT DANS LES DEUX HÉMISPHÈRES) ; UNE REPRODUCTION D’ENLUMINURES REPRÉSENTANT LA DESTINÉE DE L’ÂME SELON LE MODÈLE D’ÉTAGEMENT DES SPHÈRES PLANÉTAIRES DE PTOLÉMÉE, UNE AUTRE, REPRÉSENTANT UNE GRAVURE DE DÜRER INTITULÉE « MÉLANCOLIA » ; UN HERBIER DE FLEURS SAUVAGES ANNOTÉ À LA MAIN ; UNE COLLECTION DE PAPILLONS EXOTIQUES DONT UN MORPHO REMARQUABLE ÉPINGLÉ À L'INTÉRIEUR D'UNE BOITE D'EXPOSITION ; UN LIVRE RELIÉ CUIR DE TRÈS BELLE FACTURE ET ILLUSTRÉ PAR BOTTICELLI, INTITULÉ « LA DIVINE COMÉDIE » ; UNE COLLECTION COMPLÈTE DE PARIS MATCH (QUELQUES NUMÉROS DÉCOUPÉS), UNE AUTRE EN LANGUE ANGLAISE DU NATIONAL GÉOGRAPHIC ; UN LIVRE INTITULÉ « L’AMATEUR D’ABÎMES » DE SAMIVEL, UN AUTRE INTITULÉ « TRISTE TROPIQUE » DE C.L. STRAUSS ; UN AUTRE ENCORE, INTITULÉ « L’ESQUISSE D’UN TABLEAU HISTORIQUE DES PROGRÈS DE L’ESPRIT HUMAIN » DE CONDORCET ; UN RECUEIL DE POÉSIES DE PAUL VERLAINE DANS LA PLÉIADE ; UN AUTRE D’ ARTHUR RIMBAUD DANS UNE SIMPLE ÉDITION DE POCHE ; UN LIVRE DE PHOTOGRAPHIES, INTITULÉ : « PHOTOGRAPHIES D’HCB », ENCORE UN AUTRE INTITULÉ : « HCB PHOTOGRAPHE » ; UNE ENCYCLOPÉDIE DE BIOLOGIE TOUTE NEUVE, ET PUIS « HISTOIRE DE L’ART » DE E.H. GOMBRISH ; « LE CONTRAT SOCIAL » DE ROUSSEAU, LA « FRENCH THEORY » DE FRANCOIS CUSSET, « LES FRAGMENTS D'UN DISCOURS AMOUREUX » DE ROLAND BARTHES, « GODARD PAR GODARD » AUX ÉDITIONS DU CAHIER DU CINÉMA, UN DICTIONNAIRE (LES DEUX VOLUMES DU « ROBERT » ) TRÈS USAGÉS ; LES 7 TOMES ÉDITÉS CHEZ GALLIMARD D’ « À LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU » DE MARCEL PROUST ; « ULYSSE » DE JAMES JOYCE EN ÉDITION DE POCHE ; « LES PARTICULES ÉLÉMENTAIRES » DE MICHEL HOUELLEBECQ ; « LE TESTAMENT À L’ANGLAISE » DE JONATHAN COE ; UN PLAN DU MUSÉE DU LOUVRE, UN AUTRE À L’ÉCHELLE 1/25000e DES ENVIRONS DE BOUILLY DANS LE DÉPARTEMENT DE L’AUBE ; UN ENREGISTREMENT DE « MADAME BUTTERFLY » DE PUCCINI, SUIVI D’UN AUTRE DE « PINK FLOYD », L’ENSEMBLE RÉUNIS SUR UNE BANDE MAGNÉTIQUE D’UN DEMI POUCE (12.7 mm) TOUT À FAIT HORS D'USAGE ; UN DISQUE 33 TOURS DE JOHN LENNON ET YOKO ONO RETIRÉ DE LA VENTE EN 1968 À CAUSE DE SON CARACTÈRE PORNOGRAPHIQUE ; UN AUTRE INTITULÉ : « DANGEROUS », INTERPRÉTÉ PAR MICHAEL JACKSON ET RANGÉ DANS UNE POCHETTE RÉALISÉE PAR LE PEINTRE MARK RYDEN ; LE FILM « CAPRICORN ONE » DE PETER HYAMS EN VHS ; UN BRACELET FÉMININ EN FORME DE SERPENT QUI SE MORD LA QUEUE TAILLÉ DANS UN MÉTAL BLANC ; UNE ROSE SÉCHÉE SOUS UN GLOBE TRANSPARENT ; HUIT FLACONS DE PARFUMS HERMÈS ; UN BILLET DE TRAIN (UN ALLER SIMPLE PARIS-TROYES) ; UNE ROBE DE MARIÉE ET UNE PAIRE D’ESCARPINS AUX TALONS TRÈS EFFILÉS DANS UNE BOITE A CHAUSSURES REMPLIES D’UNE CORRESPONDANCE AMOUREUSE ASSIDUE ; UNE BOUTEILLE DE « BUSHMILL » ; PLUSIEURS BOITES DE CACHETS D’ASPIRINE RENFERMANT EN RÉALITÉ DES COMPRIMÉS DE LEXOMIL™...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- La liste retranscrite exactement dans l’ordre ou son fac-similé m’est parvenu, est fort longue et ne saurait faire ici l’objet d’une description exhaustive. Aussi, permettez-moi de vous réclamer votre confiance totale en tant que je puis vous assurer de ma bonne foi et de ma parfaite honnêteté concernant le témoignage que j’apporte dans le respect du document original. Profitant de l’instant pour tout de même vous préciser le cadre strict de ma prestation dans l’obligation de réserve qui m’est imposée par tous les ayants droits. Vous rappelant, oui, que de ce qu’en vertu de mon autonomie d’auteur défendue par le droit inaliénable à son libre-arbitre, il m’appartient en conséquence, de décider de ce qu’il me sied de consentir à vous livrer tout ou partie des éléments constitutifs de l’intrigue ; de même que je ne saurais déroger à l’usage de mon pouvoir souverain dans l’acte de vous instruire sur la chronologie des faits et dans le calendrier qu’il me convient de vous les exposer.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jules disait ne plus se souvenir du moment exact où tout avait commencé entre son père et sa mère, déclenché par les lettres d’Antoine, mais pas seulement. « Quant à cet alunissage... Cet exploit de deux astronautes américains dont j’ai même oublié le nom. Amstrong et l’autre, comment vous dites déjà ?... Aldrin c’est ça ! Que voulez-vous que je vous dise ?... C’était il y a longtemps et je vous répète que je n’avais peut-être que quatre ou cinq ans à l’époque, et franchement, je ne crois pas que ce soit très important ! »&lt;br /&gt;J’avais fini par relâcher mon premier sentiment d’angoisse sur l’accotoir d’un fauteuil Louis XV en trompe-l’œil or et violet où mon hôte avait proposé que je m’installe en acceptant de prendre un café avec lui, juste sous une photographie en noir et blanc. La photo de cette fille, cette jeune danseuse... dont l’allure concentrait toute mon attention au centre du cadrage. « Vous aimez ? » Jules m’affirma détester la couleur sur les photos.  « Peut-être à cause de sa nature instable, son caractère subjectif. Peut-être, oui, à cause de cette propriété physique hallucinante d’être et autre chose à la fois ?! d’être un corps, une somme de particules associées, et juste son interprétation aléatoire en même temps. Un spectre, un simple fantasme... » Chaumont... Je ne savais pas trop quoi penser à propos de ce type au nom bizarre, un nom de ville... Ce Jules Chaumont que tous m’avait dépeint comme une sorte de malade mental, un demeuré. La pire espèce de dégénéré.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous avions parlé près d’une après-midi entière, d’abord de sa mère... puis, par &lt;span style="font-style: italic;"&gt;extension,&lt;/span&gt; de ce sociologue et philosophe Michel Clouscard, très imprimé dans la pensée d’un écrivain génial comme Houellebecq dont la société se moquait sans jamais l’avoir lu vraiment. S&lt;span style="font-style: italic;"&gt;a version d’une anthropologie de la modernité, toute consacrée selon lui, à la destruction des grands récits collectifs au profit de l’essor des fantasmes individuels.&lt;/span&gt; Michel Clouscard, qui aura permis à l’ontologie d’un marxisme « premier » (dédogmatisé...) d’accoster sur ce quai fleuri d’une idée post-rousseauiste plutôt brillante au demeurant. Un hégélien... Une sorte d’alchimiste en réalité, qui aura tenté toute sa vie, l’improbable dilution d’un Hegel et d’un Rousseau dans le bain primordial d’un Karl Marx ! De la dialectique à l’état pur. De la dialectique au sens ou Hegel justement.... faisait pour une part correspondre cette notion à celle du scepticisme (l'art de dissoudre les opinions dans le néant). Au final, un idée molle : La tentative d’un combat contre l’Eros libéral et la bureaucratie stalinienne, vaste programme, oui... contre la dictature du marché et celui du prolétariat par la voix du praxis. L’Ulysse du praxis, en sa mère moderne, intranquille, post-soixante-huitarde que le docteur d’état en sociologie nomma lui-même &lt;span style="font-style: italic;"&gt;libérale-libertaire&lt;/span&gt; et néo-fasciste. Cette idéologie du désir frivole et vulgaire, de liberté de mœurs qu’il fustige comme forme débarquée du capitalisme sauvage pour le nourrir en retour... gavé la bête... de jouissance sans entrave.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Poursuivant sur le terrain de nos réflexions communes, l’un et l’autre approuvions aussi l’idée qu’un certain dolorisme fut également nécessaire à l’élaboration d’un plan de bonheur utile à la vie des gens pour accorder l’orchestre de nos libertés individuelles, et par opposition à quelque spinozisme en la matière. Oui &lt;span style="font-style: italic;"&gt;À tout malheur est bon&lt;/span&gt; selon la célèbre théorie de la vitre cassée et du vitrier qui s’en réjouit. Un simple « sophisme » répond une petite société bourgeoise bien-pensante. Et comme je la comprends aussi. Oui, comme je comprends l’intention des mieux lotis (quelques rares privilégiés, omniscients, omnipotents... omniprésents du centre jusqu’aux marges), de ne point vouloir disserter de leur insupportable confort à l’aune de toutes les misères du monde. Comme j’admets l’épreuve (les preuves) trop douloureuse, intolérable pour qui n’est pas familier des blessures profondes ; pour qui n’est pas coutumier de la violence arbitraire, des fêlures... comme celle d’une enfance bousculée... des grands amours chavirés. Mais voilà que je m’égare encore... (cette forme de résilience et ses champs électriques irisant... Une véritable désolation). Oui, encore une fois... &lt;span style="font-style: italic;"&gt;À toute chose... malheur est bon&lt;/span&gt;. De Baudelaire à Rimbaud... Des rescapés d’Auschwitz-Burkenau, Sobibor, Belzec, Treblinka... Ceux du Goulag ou du Laogai, Long Kesh... Banja Luka, Omarska... Les victimes des milices Interahamwe ou Impuzamugambi... Les gosses de tous les camps, de toutes les sortes de ghettos ; les rejetons de tous les pères défaillants ; de toutes les mères inaptes... Ceux de toutes les politiques d’extermination du monde sensible... Oui, comment faire ? sinon d’apprendre à extraire du noir, la couleur... l’effluve magique des arcs-en-ciel. Un tas de mineurs de fond à l’ouvrage de leurs singulières métamorphoses. Des habitants de la transcendance, des chercheurs d’oxymores, des poètes... Des vendeurs de richesses inouïes. Des survivants... Des suspects.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Mais je ne suis pas un spécialiste vous savez... Je me contente seulement de résister au bruit des lanternes, au chuintement des lampions... au tintamarre de la plèbe. Le tout à ma manière et dans le strict respect de mes illusions passées. Rien de plus. Au reste, je tiens mon école des rues sombres et des marais fiévreux, comme Rimbaud lui-même (encore lui...) — et pardonnez-moi par ailleurs cette obscène tentative de rapprochement — Oui, comme Rimbaud rapporte avoir conquis ses connaissances historiques dans les celliers, tout autant qu’il dit avoir été averti sur les sciences classiques dans quelque vieux « passage » parisien. J’ai bien cherché ces « passages » à travers le plan de ces &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Illuminations&lt;/span&gt;. J’ai cherché dans ses « gouffres d’azur » et ses « puits de feu ». Lui, le « maître du silence » sur ses « sentiers âpres » ; ce Rimbaud, capable de « fixer ses vertiges ». Oui, je vous assure que j’ai tout exploré depuis ses « égouts » et jusqu’à son « salon souterrain » seul vestige de son enfance évanouie. Mais nous parlions de ma mère n’est-ce pas ? »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jules m’avait convaincu d’un tas de rapports de cause à effet entre sa propre vie, son histoire tragique, la musique sombre qu’il écoutait en sourdine durant ses longues séances de méditation, et la piètre qualité de l’air qu’on respirait tous au même moment dans l’atmosphère surchargée ; une certaine idée du chaos.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je lui avais répondu mon intention de ne rien refuser en bloc. Ni chapelle, ni aucun sentiment figé de ma part... Paradoxalement, je lui avais expliqué mon progressisme en berne, mon sens du mouvement interrompu. Bref ! de tout ce que je pensais de mes noces damnées avec l’agitation ambiante ; de mon temps de retard sur l’âge des ondes cosmiques ; du chant des sirènes, dilué dans la grande marre de merde dans laquelle on était censé nager.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis je ne sais plus ce qui nous a ramené à la couleur des fleurs et à l’origine du nom des roses modernes ? Jules dressa l’inventaire rigolo du genre d’espèces qu’on trouvait facilement sur les marchés ou sur les catalogues de vente par correspondance spécialisés. Cette « Queen Elisabeth » par exemple. Ou la « Betty Boop », la « Commandant Cousteau », l’ « Audrey Hepburn », la « Tchang Kaï-chek » ; la « Lili Marlène », la « Princesse de Galles » ou la « Freddie mercury »... Toutes génétiquement modifiées. Mais Jules disait préférer le cas rustique d’une « Sombreuil(X) », le plus beau des thés grimpants blanc (malheureusement stérile).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Cette rose tire son nom de celui du Marquis de Sombreuil, maréchal de camp, héro de la bataille de Rocourt et guillotiné à Paris en 1794.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’avais profité de cette aubaine d’un champ de fleurs propice au calme et à la sérénité pour lui  faire part d’un tableau dont j’avais pris connaissance et qui recensait la fréquence des anxiétés maladives réparties dans la population générale. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La peur des animaux, la peur du noir ou des orages, la peur d’être seul, celle de rester enfermé ; la peur du vide, la phobie des hauteurs... la peur du jugement des autres ou d’avoir un malaise en public ; la peur, encore, de faire une attaque au volant, de mourir seul loin de chez soi...&lt;/span&gt; (Sur quelques milliers de personnes interrogées, on en recensait près de la moitié susceptible d’éprouver le sentiment d’une peur excessive à propos d’un objet ou d’une situation. En réalité, un simple dérèglement du seuil d’alarme face au danger. Alors que pour 10% des gens, cette peur — influencée par un héritage génétique familial augmenté du poids d’un traumatisme sévère — relevait cette fois d’une véritable pathologie d’angoisse pouvant aller jusqu’à l’apparition de troubles panique invalidants). Un comportement d’évitement... La couleur des fleurs, le marquis de Sombreuil, Clouscard, le marxisme, Hegel, Rousseau, les rosiers grimpants ou la poésie d’Arthur Rimbaud... Comment n’avais-je pas fait le rapprochement plus tôt ? Une stratégie pour se protéger des réactions d’angoisse majeures. Une somme d’éléments imbriqués dont Jules s’assurait la protection contre ses idées noires, sa peur du vide, sa sensation d’étouffement. Jules avait tout de même fini par m’avouer cette détresse en forme d’une peur irraisonnée de perdre un jour le contrôle de soi ou celle, plus terrible encore de carrément devenir fou. Un sentiment fréquent chez les personnes phobiques ou atteintes de troubles obsessionnels compulsifs. Comment n’avais-je pas réussi à identifier plus tôt toutes ces questions métaphysiques qu’il se posait sans cesse ; son besoin d’ordre et de symétrie « ce maniaque » dont parlait Vanessa... « Un vrai con ! » Et puis cette incapacité à jeter quoi que ce soit (syllogomanie), le moindre souvenir affectif... tout ce qu’il conservait de sentiments précieux dans des emballages de papier kraft vergé brun et biodégradable ; ces tics, cette manie de se ronger les ongles jusqu’au sang et de bouger les genoux lorsqu’il s’impatientait sans raison valable...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic; font-weight: bold;"&gt;Unum in multa diversa moda&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Tout devait vivre, croître, se multiplier et mourir&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/272337987890703271-578218856874879987?l=lecoupdechaud.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/feeds/578218856874879987/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=272337987890703271&amp;postID=578218856874879987' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/578218856874879987'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/578218856874879987'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/2007/02/le-coup-de-chaud-capitre-xiii.html' title='LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE XIII'/><author><name>jean-Luc Gantner</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://1.bp.blogspot.com/-mRvgoJL0ohM/TX8U-FgjFwI/AAAAAAAAEbo/VZoUQW5Bq_c/s220/photomobile%2B0.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-272337987890703271.post-5888622506608006329</id><published>2007-01-14T09:19:00.011+01:00</published><updated>2009-09-14T22:44:45.707+02:00</updated><title type='text'>LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE XIV</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;CHAPITRE XIV&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;LA NUIT DU VINGT AU VINGT-ET-UN JUILLET DIX-NEUF CENT SOIXANTE-NEUF et l’exceptionnel sang-froid d’un homme qui réussit cette manœuvre d’alunissage au jugé dans la poussière sélénite, au lieu d’un ordinateur de bord aux neurones encore balbutiants et complètement débordés. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tony estima la porte d’entrée dans les vibrations d’une idée de meurtre accompagnée d’une plage sonore dans les tons graves. Une musique sourde, composée par la cavalcade de Marie, pieds nus dans la cage d’escaliers ses talons aiguilles à la main, le gémissement rauque de sa robe légère dans l’air suffocant. Tony hésita quelques secondes, entre le petit Jules qui dormait à poings fermés sous l’écran de télévision acheté à crédit chez le marchand de la rue Émile Zola, et l’effet du retour plateau au terme de la séquence d’alunissage de l’Aigle américain dans un fondu au noir parfait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Engine arm is off... Houston. Tranquility Base here. The Eagle has landed ». &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Finalement —dans une sorte de grand vide mental— Tony pris la résolution de se jeter à son tour dans une descente effrénée du module d’exploration familial avec l’intention de filer au train de sa petite salope de bonnetière jusqu’à sa destination présumée. Six heures et même un peu plus allaient alors s’écouler jusqu’à la première sortie officielle d’un l’astronaute américain sur la surface grise et inerte de la lune. Le temps qu’il faudrait au centre de contrôle à Huston pour &lt;span style="font-style: italic;"&gt;checker&lt;/span&gt; à distance toutes les procédures de sortie de l’équipage et celles du retour du LEM vers son module de service resté en orbite 15 kilomètres au-dessus de la surface du satellite naturel de la terre. Le temps qu’il suffirait à Jules pour me livrer quelques affinités intellectuelles qu’il avait toujours nourries à propos des passions amoureuses et de l’intérêt qu’elles représentaient dans le grand équilibre des forces en présence. L’idéalisme comme on disait. L’idéalisme comme on dit encore aujourd’hui sous le travestissement d’idées creuses et administratives. C’est comme ça qu’on est venu à Schopenhauer je crois. Une opposition de principe avec Hegel et une franche attirance, l’un comme l’autre pour les poètes latins. Les satyres allusives d’Horace. Horace, l’éclectique, le contorsionniste. Ce commandant de légion, guerrier de la république reconverti dans l’écriture à plusieurs niveaux de lecture. Au fait, qui parle dans les Odes ? peut-être &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Auguste&lt;/span&gt;, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Auguste&lt;/span&gt; lui-même, certainement. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Auguste&lt;/span&gt;, et ça change tout.&lt;br /&gt;C’est Jules, sourcils relevés, ses yeux bleus rentrés, qui se lança le premier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Ça vous ennuie si je mets du Bach pendant qu’on discute ?...&lt;br /&gt;-Non, Bach, très bien.&lt;br /&gt;-Les variations Goldberg ne vous incommodent pas ? L’enregistrement est celui du 10 juin 1955 à New York, une interprétation un peu hors tempo.&lt;br /&gt;-Glenn Gould, Parfait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Le génie de l’homme », commença Jules, s’asseyant à nouveau sur une chaise Palissy Gilles Nouhaillac™ recouverte d’un très élégant velours rose pâle (mais à y réfléchir, peut-être était-ce également un tissu satiné bleu turquoise sur un fauteuil à médaillon réhabilité par le même tapissier très en vogue dans les dernières éditions du Figaro madame... Je dis ça à cause de l’angle dont je me souviens que faisait son bras lorsqu’il parlait, et qui reposait forcément sur quelque chose, comme la manchette capitonnée d’un accotoir. Ma mémoire est assez imprécise dans le cas d’un mobilier moderne combiné à partir des grands styles classiques). Bref ! Je le vis, plaçant subtilement ses mains l’une au-dessus de l’autre contre sa bouche dans une position de total relâchement. « Le génie de l’homme, comme l’affirme la théorie schopenhauerienne de l’évolution, consiste à nous masquer le véritable but de nos inclinations amoureuses en ce qu’elles instrumentent nos choix et nos combinaisons psychiques et sensorielles dans le seul dessein de mieux nous perpétuer dans l’existence. Un simple masque posé sur cet instinct sexuel dédié au programme de survie de l’espèce. Voilà la seule, l’unique vérité rigoureuse face à ce que nous croyons si souvent reconnaître de sublime, de consubstantiel et d’épuré dans l’acte d’amour parfait : le système de moralité individuelle idéal qui oriente l’être dans son besoin d’indéterminisme et de liberté. L’amour comme une belle et tragique aberration dont l’homme se rend lui-même esclave par sa propre volonté d’insoumission à la cause générale. Comprenez bien.  De la sorte et convaincu de spéculer pour son seul intérêt, sa jouissance narcissique, l’égoïste en réalité —puisque qu’il faut bien d’une certaine manière nommer cet être-là, tout à fait individualiste—, tombe ainsi à genou sans le savoir devant le programme général le plus élémentaire, celui, primitif de la perpétration. Un parti commun, universel, ancré au plus profond des êtres depuis le commencement, et qui accouche en l’être moderne du plus subtil subterfuge romanesque, du plus raffiné des théâtres pour arriver à ses fins. Toute cause privée satisfait en réalité un intérêt qui la dépasse de beaucoup. C’est en tout cas l’esprit de la conclusion apportée par le philosophe allemand sur le sujet principal de la volonté. Où le vaniteux... —et pardonnez-moi cette légère digression— dont il faudrait aussi beaucoup parlé, ne se rend pas compte de l’état de subordination dans lequel il se trouve plongé, alors qu’il baigne justement dans l’illusion de son total libre-arbitre. Dans sa métaphysique de l’amour, Schopenhauer écrit : « &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Aucun thème ne peut égaler celui-là en intérêt, parce qu’il concerne le bonheur et le malheur de l’espèce, et par suite se rapporte à tous les autres […] &lt;/span&gt;»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Quant à &lt;span style="font-style: italic;"&gt;l’amour&lt;/span&gt;, je vous suis parfaitement, mais ça ne remet pas forcément en cause ce postulat dont nous parlions juste à l’instant, et qui visait d’abord à constater les nombreuses incongruités relevées dans l’expédition américaine sur la lune de juillet soixante-neuf.&lt;br /&gt;-Non, pas d’emblée. Ou plutôt si justement, si l’on accepte ce génie qui nous occupe ici, cette disposition physiologique initiale... comme une tare naturelle propre à nous mystifier en toutes circonstances ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n’en revenais pas. Je demandai alors à mon interlocuteur s’il acceptait de pousser un peu plus loin cet exercice d’élucubration intellectuelle à propos de la mission Apollo 11 et du corpus d’informations disponibles concernant l’ensemble des voyages lunaires effectués par la NASA au cours du début des années soixante-dix. Jules acquiesça, certainement à cause de son penchant pour toutes les discussions théoriques. « Par pur esprit de contradiction » rajouta le fils Chaumont.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Croyeriez-vous donc ! » décochais-je alors dans une sorte de provocation calculée « comme seuls quelques fous tentent de nous en convaincre depuis ce Bill Kaysing et ses spéculations notoirement farfelues, que cette formidable aventure humaine pu être aussi une... escroquerie ?&lt;br /&gt;-La plus grande escroquerie qu’il puisse s’imaginer, me répondit-il sans se défaire le moins du monde. Oui, l’arnaque des arnaques. Et si vous y teniez, je saurais vous en donner la preuve à l’instant même. »&lt;br /&gt;-Soit ! » lui répondis-je, non sans une certaine grimace de jubilation. « Je suis vraiment curieux d’entendre ça ». Jules... (qui avouait encore il y a un instant en marmonnant : ne même plus réussir à se souvenir du nom exact de tous les protagonistes, de cette ballade historique aux confins possibles de notre monde en proie aux pires obsessions !!!...) « Et bien allons-y, poursuivis-je. Tiens, commençons alors par la séquence d’alunissage à proprement parlé ; la descente du LEM et la sortie de l’équipage sur la mer de la tranquillité... Vous voulez donc dire que tout ça n’a jamais eu lieu, que tout le monde a rêvé ? qu’environ un demi milliard de téléspectateurs à l’époque, auraient toutes été victimes d’une gigantesque hallucination collective ? » J’avais d’emblée saisi l’opportunité d’interroger Jules sur le point capital de ces six heures et vingt minutes de pause dans la retransmission en direct de la mission lunaire... envisageant que mon témoin privilégié se souviendrait peut-être de quelques détails, non pas de son propre souvenir, mais dans l’espoir que Tony lui-même, sa mère ou n’importe qui aurait pu le renseigner à posteriori sur les événements qui s’étaient déroulés cette fameuse nuit du 20 au 21 juillet 1969, entre le moment où le module d’exploration s’était posé et l’image historique de Neil Amstrong posant le pied pour la première fois sur le sol lunaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« -D’accord, allons-y ! Un peu moins de six heures trente... pendant lesquelles pas une image télévisée, ni même un son ne nous est parvenu, ni de l’intérieur, ni de l’extérieur de la capsule. Rien. Le black-out audiovisuel total. Juste dans l’intervalle des deux plus grands pics d’audience enregistrés sur l’ensemble de la mission. J’ai tout vérifié sur l’archive de l’émission diffusée cette nuit-là la télévision française. Vous pouvez vous rendre compte par vous-même, le document est disponible à l’INA. Tout le monde peut y avoir accès sans aucune restriction. » Les yeux de Jules se mirent soudainement à briller avec une effrayante intensité. « Deux astronautes, le pilote Buzz Aldrin(X1) et le commandant Neil Amstrong, enfermés dans leur engin d’exploration spatiale au terme d’un voyage de près de trois jours dans les radiations mortelles de la grande nuit stellaire et après un atterrissage —et tiens, prenez justement l’atterrissage... oui, commençons par le commencement !— Quelques minutes avant le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Final touchdwon&lt;/span&gt; prévu selon un protocole d’approche et d’alunissage dont il est raisonnable d’imaginer que rien n’avait été laissé au hasard quant à cette phase jugée la plus critique de l’opération, l’ordinateur de bord, l’AGC (Apollo Guidance Computer) affiche alors un code erreur 1201 puis encore 1202... tout de suite après (ou dans l’ordre inverse, de toute façon ça n’y changerait rien...) dont personne à Huston ne semble savoir ce que cette formule numérique affichée sur le DSKY (l’interface de commande) peut bien vouloir signifier. Même pas les gens du MIT (Massachusetts Institute of Technology) qui avaient pourtant conçu la machine, révolutionnaire pour l’époque et dont les ingénieurs maîtrisaient forcément jusqu’à la plus futile des variables de fonctionnement (un ordinateur portable de 32 Kg, d’une puissance CPU de 1MHz avec 4Ko de RAM... Soit la capacité d’une simple calculatrice d’écoliers. Un système d’exploitation doté d’une mémoire de 16 bits... et censé permettre d’exécuter quelques 8 tâches simultanées). Je simplifie pour que l’on ne perde pas de vue l’essentiel. Au bout d’un moment, le centre de commandes comprit enfin que l’AGC devait saturer à cause d’un encombrement de données, rendant le système de navigation automatique totalement hors service (je passe sur la probabilité d’une défaillance aussi grossière et pile au moment crucial !) Mais je vous le donne en mille... À quelques secondes de la nécessité immédiate de devoir tout abandonner, ou de l’unique autre solution d’attendre tranquillement de l’appareil, qu’il se crashât sur le rebord d’un cratère ou d’un autre : Amstrong, désigné pour être le premier humain à poser le pied sur l’objectif, repris tranquillement les commandes... à la main, comme un bon vieux pilote d’essai qu’il était, le « héros » que l’Amérique et la plus grande partie du monde occidental espérait depuis les plus fâcheuses péripéties de la guerre froide. Cet homme, « seul », le champion, le patron, le boss... l’archétype campbellien(X2) du preux chevalier, ce « surhomme » au-delà de l’évidente victoire collective... Oui, l’accomplissement ultime qui s’annonçait, un triomphe définitif du libéralisme... contre ce spectre communiste, bolchevique qui hantait le monde affranchi, menaçait son intégrité, sa toute puissance, son orgueil en marche jusque dans les étoiles. Tout y était. Une séquence de choix, peut-être la meilleure de tout le programme lunaire... où ce fut bien la « main » de l’homme, oui, la seule aptitude humaine, —suivez-moi bien— qui resta dans la légende comme ayant autorisé cet exploit, la performance la plus remarquable de toute l’histoire de l’humanité. L’homme et non l’outil, la machine... (encore moins cet « ordinateur » encore à ses balbutiements). Une occasion trop belle pour d’innombrables mécènes ! de démontrer —en adversaire réputé de Descartes— la supériorité de la nature humaine sur toute autre chose, dans un dernier réflexe de Pavlov en somme, ou bien dans l’accomplissement d’un scénario, d’une stratégie de communication... où rien, vraiment rien n’avait été négligé. 25 milliards de dollars... pour l’emporter définitivement sur Descartes. Voilà mon avis mon cher, l’impression que je me suis faite de cet alunissage héroïque d’un américain dans la grande histoire de l’entendement universel. Mais attendez le meilleur. Voyez au-delà de l’aspect purement allégorique de cette aventure, les faits bruts dont je puis aussi vous rapporter quelques aperçus à méditer. Prenez encore une fois le déroulement des événements qui ont précédé la pose du LM dans cette sombre et dérisoire régolite ; et considérez maintenant le film dans le détail pétrifié de chaque photogramme. Écoutez par exemple l’enregistrement audio de deux hommes dont je conviendrais volontiers avec vous qu’ils avaient subi un entraînement adéquat pour faire face à toutes sortes de situations inédites, certes ! Mais considérez ce paramètre d’un flegme incroyable dans la voix des deux pilotes, deux terriens fait de chair et se sang sous la pression de la circonstance exceptionnelle du premier  alunissage de la carrière humaine, pression encore accrue par ce tracas d’un système de guidage défaillant, en réalité totalement obsolète à ce moment précis de la manœuvre la plus scabreuse qu’un homme n’est encore jamais réussi. Et bien oui, constatez dans le ton de leur voix, cette indolence hallucinante dans la situation de la pire calamité statistique qu’on puisse leur infliger : mourir à des centaines de milliers de kilomètres de chez soi, dans le noir d’encre affligeant de l’espace inexploré. Leur voix, parfaitement calme... pendant cette phase d’une chute ostensible du niveau de propergol dans le réservoir. Une maîtrise impeccable (le produit d’une physiologie exceptionnelle et d’un entraînement sans faille, d’accord !) Mais imaginez qu’au moment précis du tir de la fusée depuis cap Canaveral le 16 juillet (sous les millions de tonnes de poussée des moteurs de Saturne V, me direz-vous...) : le cœur de Neil Amstrong marqua 109bpm, c’est-à-dire un niveau de stress déjà significatif pour les performances cardiaques de cet athlète de haut niveau confronté à ce premier problème du décollage. Et j’entends encore le commentateur de l’ORTF de l’époque, le chef du bureau de New-York Jacques sallebert, s’inquiéter 4 jours plus tard (ce jour où l’homme marcha sur...) de ce que la commandant Amstrong —reprenant la main sur la machine alors que le carburant allait manquer et que la cible prévue pour poser l’engin était déjà dépassée de plusieurs kilomètres— aurait atteint son niveau de pulsations cardiaques le plus élevé de toute la mission. Tout ceci pour vous inviter à réaliser vous-même cette expérience élémentaire, cette simple petite épreuve physique de poursuivre une conversation, sereinement et sans que personne ne réussisse à déceler la moindre peine dans le rythme ou le débit de vos paroles, et alors que vous atteignez une force cardiaque permettant de courir à l’allure d’un concours de course à pied ?!... Oui, faites tout simplement cette expérience par vous-même et comparez votre résultat à l’aune de la communication enregistrée entre les deux astronautes à l’instant critique et la console du capcom... Oui, tout simplement ahurissant ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X1- Edwin E. Aldrin, Franc-maçon. Initié en février 1965, devenu Compagnon le 12 avril de la même année et Maître le 21 février 1968 au sein de la "Montclair Lodge" No. 144 de la Grande Loge du New Jersey. Il est 33ème degré du REAA, membre du Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien &amp;amp; Accepté des Etats-Unis, Juridiction Sud. Sur le même thème et pour le cas d’Amstrong, rien est tranché de manière définitive, au seul détail que son père Neil (senior) fut bien lui, un membre actif au sein de la grande loge de l’Ohio. Idem pour John Glenn (Mercury 6) devenu par la suite sénateur du même état.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X2- Joseph Campbell, anthropologue américain (1904-1987). Auteur d’un travail de recherche sur les mythologies comparées et d’une définition singulière du héro dont on peut encore vérifier les traits symétriques dans les œuvres hollywoodiennes actuelles.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Jules avait alors joint ses mains derrière sa nuque, dans un réflexe de satisfaction mêlé de cette suffisance pontifiante qu’ont quelques magisters à l’épilogue de leur exposé. L’agent du cadastre fixait dorénavant ce mur de pluie qui barrait par la fenêtre la couleur foncée de l’horizon, un rideau cramoisi dont j’eus je ne sais pourquoi l’idée d’estimer la distance à sa droite d’environ quatre à cinq mètres par un angle de 45° qui l’obligeait mon hôte à une franche contorsion de la tête, des épaules et aussi un peu des hanches. Croisée par-dessus sa jambe, la pointe de son pied droit dessinait un circuit endogène en ligne droite tirée du haut vers le bas puis en sens inverse sur un rythme de métronome assez flou. Une sorte d’étirement instinctif du membre le plus en avant, le plus exposé à la concurrence ; la réminiscence d’un réflexe de l’animal disposé au baroud, mais dans l’ordre d’une violence entièrement contenue par l’effet d’une grande part de civilisation. Un don ancestral pour la brutalité convertie en noble pantomime réputée de bonne manière et conduisant aussi quelquefois jusqu’à l’obséquiosité. Une attitude qui par ailleurs, n'interdisait nullement la disposition d’une certaine cruauté à l’égard de ses contradicteurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À vrai dire, j’avais d’abord été forcé de concéder d’une certaine forme de maestria avec laquelle le fonctionnaire d’état membre de la Direction Générale des Finances passionné de cinéma, d’horticulture et de poésie romaine avait réussi à me transporter dans la gamme surprenante de ses opinions philosophiques. Ce qui par ailleurs ne m’avançait pas beaucoup sur le point des gages que j’attendais du fils Chaumont, concernant le véritable sujet qui me préoccupait et pour lequel j’avais d’abord investi dans ce précieux rendez-vous. J’insistais donc, pressé par des heures dont je devinais qu’elles fileraient dans le vertige de notre enthousiasme respectif jusqu’à ce bronze sélénite à peine saturé dont chaque mur aurait à s’accommoder bientôt. Et comme les rayons de la lune font rêver celui qui doit rêver... Que cette mécanique d’une nuit noire qui accable, plie toujours à son avantage industriel les débris du jour et les copeaux de l’histoire passée  : « Mais revenons si vous le voulez bien sur ces six heures et presque trente minutes. Six heures et vingt-et-une minutes exactement pendant lesquelles —à l’issue de cette première victoire américaine d’un engin piloté jusque sur la surface lunaire grâce à l’extraordinaire sang-froid de son commandant de bord— nul pu savoir jamais ce qu’il s’était réellement passé là-haut ? &lt;span style="font-style: italic;"&gt;à mille milles de toute terre habitée &lt;/span&gt;».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jules inspira un grand coup. Je le vis prendre sa respiration dans une forme d’élan sportif comme un sprinteur s’apprête à exploser depuis des starting-blocks : « Mon père, je crois l’a suivie. Je veux dire que ma mère une fois descendue à l’heure que vous dites, mon père ne l’a plus lâchée d’une semelle et s’est forcément rendu compte de tout ce qu’il avait déjà dû deviner depuis longtemps. Pour autant, il faut que je vous avoue un détail en ce qui concerne le rythme cardiaque d’Amstrong... Une chose qui me tracasse depuis ce couplet athlétique de mon invention et dont je vous ai livré toute une part d’intelligence déviée tout à l’heure. » J’étais tout à fait excédé. Cette fois, Je fis tout mon possible pour ne plus laisser filer mon témoin dans ses broderies ; rassemblais toutes mes forces afin de ramener mon client sur le pas de la porte principale et de tout verrouiller à double tour avant de jeter les clés au puit. Jules, d’abord effrayé par cette subite détermination de ma part... me fit la promesse d’accéder à ma réquisition, mais seulement après qu’il m’aurait avoué ce « détail » qu’il jugea trop oppressant de garder pour lui plus longtemps. En sorte que je lui permis cet ultime répit comme la dernière faveur qu’on accorde au condamné. « Je suppose, reprit-il alors, que vous ne m’en voudrez pas d’apprendre que c’est une sorte d’impulsion qui m’a emporté tout à l’heure. » Jules avait dit ça comme on s’acquitte d’une prévarication honteuse, du pire des crimes de sang... « Cette expérience dont on parlait d’une course à pied qui eût dû nous révéler la supercherie d’un homme au cœur si rude à l’effort qu’il s’exprimât d’une voix claire et sans malaise visible, même au seuil de ses capacités anaérobiques.... » Je n’écoutais plus qu’à peine, arrivé au point où tout ce qui me semblât être étranger au but que je recherchais, constituât seulement le fruit perfide d’un appareillage toxique de dissimulation à l’attention d’une vérité que j’étais venu découvrir coûte que coûte. Jules continua pourtant dans son sillage, maintint son cap droit devant lui. « Donc, voilà ! Si vous vous souvenez, je vous ai parlé de ces calculs sur lesquels je m’étais basé pour déterminer ma réflexion à propos l’élément des battements de cœur de Neil Amstrong, et dont le rythme fut estimé aux alentours de 160 battements par minute au pire moment de la mission. (Ce moment où le propergol vint à manquer de telle sorte qu’il fût en théorie presque impossible à qui que ce soit alors précipité ces malheureuses conditions, de garder son flegme absolument intact). Une évaluation approximative de 160bpm... rapportée comme information sur un site Internet dont je n’ai en vérité jamais pu vérifier l’authenticité. Comprenez bien mon ânerie... Une simple ligne de code HTML déposée sur le site assez banal d’un webmaster entiché d’un de ces climats conspirationnistes dont vous évoquiez à l’instant encore, l’aspect farfelu. Tout est parti de là. Une simple source binaire ; le plus aléatoire des renseignements auquel je ne sais pourquoi, j’ai tenu à adhérer tout de suite ; comme ça, sans essayer d’y réfléchir d’avantages. Oui... je reconnais là que j’avais d’abord fait une vraie gaffe. C’est-à-dire que je m’étais d’abord promis d’obtenir une confirmation officielle à propos de cet indice capital, cet argument essentiel d’un cœur au sprint dans la cage thoracique d’un pilote confortablement assis dans l’apesanteur lunaire... et puis j’ai oublié. Plus tard, lorsque j’ai repris mes recherches à propos de cette nuit du mois de juillet 1969... je suis tombé un peu par hasard sur ce communiqué laconique en pages spéciales de la grande presse. Quelques lignes seulement où la NASA affirmait avoir perdu toute trace d’une quelconque mesure cardiaque, enregistrée à l’époque sur les électrocardiogrammes du centre de contrôle au sol. Imaginez !... Plus une donnée médicale, plus une preuve... Rien !&lt;br /&gt;-Effectivement, c’est plutôt ballot !...&lt;br /&gt;-Et attendez le meilleur... Cette même année 2006 (15/08/2006), l’agence spatiale américaine disait ne plus se souvenir non plus de l’endroit exact où le matériel filmé lors des missions Apollo avait été entreposé. Soit la bagatelle de dix à vingt milles bandes vidéos, larges d’un pouce, d’une durée quart d’heure chacune... « égarées(X) ». Les preuves, décisives... du plus grand voyage de l’histoire humaine... Avouez que la pilule est tout de même un peu difficile à avaler !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Lors d’une conférence de presse organisée au mois d’août 2006, Grey Hautalama, porte-parole de la NASA déclarait alors aux journalistes restés un temps dubitatifs, que l’agence avait cherché les supports d’enregistrement pendant plusieurs mois sans succès : « On ne les a pas vus depuis un certain temps, répondait Hautalama. On a cherché plus d’un an, mais sans obtenir de résultat ». Plusieurs sources concordantes tentaient alors d’expliquer le chemin parcouru par le matériel depuis l’origine des missions. Des documents officiels prouvaient que les bandes avaient d’abord été stockées dans un département du Goddard Space Flight Center installé à Greenbelt dans le Maryland (un immense centre de recherche crée en 1959, et destiné à rassembler les meilleurs spécialistes dans le domaine spatial). À partir de 1970, toutes les boîtes avaient été déplacées et confiées aux archives nationales (NARA) à Washington. Enfin, en 1984, sans que l’on ne sache plus pourquoi, quelques 700 boîtes de transcriptions originales de vols spatiaux dont l’intégralité des 6 séquences d’atterrissages sur la lune (Apollo 11, 12, 14, 15, 16 et 17) sont retournées à Greenbelt dans les mains de l’agence spatiale américaine.  &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Encore un peu plus tard, en 2009 (lors de la commémoration des quarante ans du premier pas sur la lune...)  la NASA s’était à nouveau flanquée d’un dernier communiqué de presse sur les sujet des archives concernant les misions spatiales habitées (16/07/2009). Cette fois, l’agence gouvernementale admettait avoir quelque peu retrouvé la mémoire quant à cette fâcheuse affaire d’une disparition des films originaux. Selon elle, le précieux matériel avait tout bonnement été « effacé et réutilisé »... Je n’en revenais pas ! Le film original, « authentique » de l’aventure humaine la plus folle du vingtième siècle... oui, « effacé » dans une logique d’économie de moyens, « écrasé » pour une réutilisation ultérieure. Qui pouvait croire un truc pareil ?!... Des données de première importance pour la recherche médicale, les enregistrements sonores du plus grands héro de tous les temps... Oui, toutes les preuves(X), historiques... soi-disant écrasées, pour faire des économies.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Où l’on doit aussi comprendre que l’ensemble des images en circulation sur les différentes chaînes de télévision du monde, ou disponibles sur la multitude de sites Internet consacrés au sujet des voyages habités sur la lune (toutes les images et sans aucune exception...) sont en réalité issues d’enregistrements vidéo —pour majorité des archives CBS— réalisés à partir d’un matériel audiovisuel dupliqué et spécialement recodé pour permettre la retransmission en direct sur les standards des télévisions commerciales de l’époque. En clair, ces images du premier pas d’un homme sur la lune (cette vagues forme spectrale grisâtre en forme de document historique d’un premier homme marchant sur la lune...) ne sont pas les enregistrements du véritable signal vidéo noir et blanc (320 lignes en 500 KHz) envoyé depuis le vaisseau (ces mystérieux enregistrements originaux dont il est question depuis tout à l’heure et dont il est permis de penser qu’ils étaient d’une qualité incomparablement supérieurs à cette bouillie télévisuelle envoyée à près d’un milliard de téléspectateurs rivés devant leur poste !...) mais une simple copie de cette deuxième génération au standard (525 lignes numérisées à 30 images/seconde en 4,5 MHz)... seule et unique preuve disponible dorénavant pour imaginer répondre à toutes les questions posées.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En substance, auriez-vous alors cette immense gentillesse d’essayer de m’expliquer pourquoi ces véritables enregistrements d’un premier voyage de l’homme sur la lune, n’ont jamais fait l’objet d’aucune sorte de diffusion publique avant cette regrettable histoire de disparition. Car comprenez que je m’interroge sur le fait qu’on est pu délibérément laisser se répandre cette copie informe, ce contretype à peine tangible, et la projeter encore si longtemps après les faits... au lieu d’un programme « authentique » et dont la définition bien supérieure était alors connue de tous les responsables de la NASA.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je crois qu’au solde d’un long silence entre nous, il fut convenu qu’un peu agacés par l’aspect répétitif et très analytique de cet enregistrement au piano de l’œuvre numéro 988 dans le catalogue BWV de Bach, nous arriverions à Rachmaninov (la symphonie N°2 en mi mineur, op. 27 de Rachmaninov). Le troisième mouvement. Cette cantilène amoureuse confiée à la clarinette précédant la réponse de l’orchestre tout entier ; l’Adagio célèbre, à propos duquel Schopenhauer disait précisément (et pour revenir juste à l’instant au philosophe de Dantzig) que &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« tous les écarts de la mélodie représentent les formes diverses du désir humain ; et son retour au ton fondamental en symbolise la réalisation »&lt;/span&gt;. « Plus qu’une mer, un océan » selon Baudelaire. Et puis tout à basculer. Tout s’est arrêté net dans la morne incandescence de ses joues livides et hâves.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il s’effondra d’un coup.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jules parlait maintenant depuis des heures, le mouvement de sa bouche comme une oscillation corollairement accrochée à sa passion folle de vouloir démonter chaque pièce d’un engrenage industriel frauduleux ; une gigantesque opération de maquillage répandue jusqu’au seuil des étoiles et qui le dépassait complètement ; l’arnaque des arnaques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le fils Chaumont laissa d’abord tombé ses yeux sur le sol verni du salon et pile à l’endroit du reflet chancelant d’une sonde russe un peu déboussolée au passage de trois artistes américains, le sourire jusqu’aux lèvres, épatés par la couleur avachie du noir sidéral. Je remarquais surtout sa tête baissée en train de se déformer sous l’effet d’une vitesse orbitale considérable. Toute la carcasse de son corps semblait ne plus vouloir se maintenir qu’à la force d’une volonté électrique instinctive. La simple ruse d’un homme ivre. Une lueur vermeille transperçait la fenêtre en rais pâles alors que je décidai de me relever pour m’habiller et prendre congé de mon témoin. La pluie avait définitivement cessé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faisait bon. La rue scintillait de micro particules de matière brillante incrustées dans un immense aplat opaque. Je guettais le passage d’Hubble entre l’unique tour nord de la cathédrale St Pierre et l’angle sud de la bibliothèque municipale. Mais je ne vis rien. Pas une seule arme qui pût espérer déchirer la voûte céleste encore moite, par l’effet d’un corps flamboyant. Remâchant une tonne d’indices contradictoires sur la présomption d’une invraisemblable opération de concussion organisée dans la substance d’état pour le plus grand profit d’un remaniement libéral de l’économie à l’échelle planétaire. J’eus d’abord du mal à tout rassembler du grand cirque esthétique et de l’état contemplatif qui me tenaient encore en haleine depuis mon départ précipité de chez Jules. Un sentiment multiple m’accrochait, comme un réflexe d’angoisse m’aurait épinglé par tous mes pôles. Et j’eus froid aussi, à l’idée que me fusse trouvé si longtemps claustré au lieu d’une telle ignorance eu égard à ces mille feintes décochées contre mes belles illusions d’enfance et toutes les certitudes de mon éducation. Quelle sorte de vérité partiale avait su à ce point discipliner mon esprit ? en sorte qu’il me fut toujours impossible de me convaincre d’autre chose que ces dogmes en uniforme, ces sortes d’axiomes analgésiques perfusés en vérités inébranlables. J’ouvris alors les yeux comme un nouveau-né sur un nouveau mode de circulation propre à mon esprit. Découvris cette faculté nouvelle de naviguer à vue dans quelques passages tortueux flânant d’instinct par-dessous des frontières archaïques. Bref ! je décidais d’explorer à nouveau toutes les preuves par la voie nouvelle d’une hémorragie intérieure autonome et absolument affranchie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’entrepris de réexaminer, un à un... chaque argument, chacune des charges rapportées par les uns et les autres en commençant par les kilos de roches lunaires déplacées qui prouvassent bien ce que nous eussions encore besoin de prouver pour rassurer le mauvais esprit ambiant : L’indication de tirs lasers exécutés presque toutes les nuits depuis la terre vers l’un ou l’autre des trois réflecteurs déposés par les missions 11, 14 et 15 afin de mesurer l’évolution de la distance entre la terre et la lune (soit en moyenne 384 000 kilomètres). Sur ce point, je me souvins aussi que Jules m’avait exposé qu’en 1751 déjà ! François de Lalande et l'abbé Nicolas Louis de La Caille avaient obtenu une valeur extrêmement proche de celle de la NASA par l’intermédiaire d’une simple méthode de triangulation calculant la parallaxe de la Lune (ce qui ne prouvait pas grand-chose, mais le renseignement avait tout de même réussi à faire son petit effet !) Quant aux russes... qui n’avaient pas bronché... leur silence, leur manque de réaction dans cette affaire, ne constituait-il pas l’élément le plus incontestable de la crédibilité américaine dans la matière de leur réussite authentique et parfaitement avérée ? Un argument encore... —et malgré les bruits ineptes qui courent sur les dizaines de photographies jugées aberrantes par certains spécialistes ; certaines vidéos réputées falsifiées par les principaux détracteurs— Oui, pourquoi la NASA aurait-elle multiplié les risques à sept reprises (six atterrissages réussis, et le célèbre retour en catastrophe d’Apollo XIII) d’être découverte dans son entreprise de falsification, alors qu’un seul voyage d’Apollo XI avait suffi à remplir tous les termes du contrat sans une bévue ? Enfin, comment autant de personnes impliquées dans le programme lunaire (des dizaines de milliers de techniciens, d’ingénieurs de toute obédience...) seraient-elles restées dans l’ignorance la plus totale d’une imposture, d’une mystification aussi extravagante, la plus grande arnaque de l’histoire de l’humanité ? Blablabla, blablabla...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Où je convoquerai pour la dernière fois la folie du métaphysicien prussien de l&lt;span style="font-style: italic;"&gt;a volonté et du principe de raison suffisante&lt;/span&gt; en ce qu’il avait écrit avec une certaine pertinence empruntée à Kant sur l’objet de la géométrie et de la théorie de l’espace... qu’il faut toujours se méfier des représentations du monde en tant que cette définition correspond à une forme juxtaposée à notre volonté de croire en ce qui nous plaît, et pour le plus grand bien d’une volonté intérieure qui nous dépasse complètement. Et considérez, cette fois pour en finir vraiment, cet exemple soulevé par ce valeureux maître du phénomène d’intuition (passant sur le sujet du génie d’Euclide le précédant de plusieurs siècles au même endroit) : Celui qu’un triangle puisse présenter trois côtés égaux et pour lequel vous vous demanderez si trois angles, eux aussi égaux, sont susceptibles d’en dominer la cause ?... Allez, faites un effort, le dernier ! Je vous le demande, comme un service. Où vous devrez nécessairement conclure, qu’il ne saurait être question d’une relation entre des concepts ou des jugements, mais seulement d’une évidente corrélation entre des angles et des côtés...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour ma part, j’avoue avoir préféré l’homme du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Vouloir vivre et de l’art de la sagesse&lt;/span&gt;, ce « Bouddha occidental » décrit par Nietzsche... sur la rédaction de son &lt;span style="font-style: italic;"&gt;monde contemplé&lt;/span&gt;. Cet intérêt qu’il portât à l’artiste, en tant que son génie s’accorda mal au vulgaire pleinement repu et satisfait de sa routine quotidienne. Ce beau chapitre sur la beauté... De quoi parlions-nous ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans une sorte d’hypocrisie librement assumée, je dus conclure bêtement que l’immense océan de preuves qu’un homme avait bel et bien mis les pieds sur la lune dés l’année 1969 (triangle ou pas...) suffirait toujours à éclipser les torrents d’affirmations du contraire, et m’en tînt à cette dernière réflexion. La nuit filait vers le crépuscule... et je n’avais toujours rien appris de plus à propos de ces six heures trente... ce vide total de six heures trente qui m’encombrait l’esprit depuis des mois. Allo... Allo Huston... ici la base de la tranquillité... Allo... Et personne ne répondait jamais. Un sentiment d’abandon indescriptible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/272337987890703271-5888622506608006329?l=lecoupdechaud.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/feeds/5888622506608006329/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=272337987890703271&amp;postID=5888622506608006329' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/5888622506608006329'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/5888622506608006329'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/2007/01/le-coup-de-chaud-chapitre-xiv.html' title='LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE XIV'/><author><name>jean-Luc Gantner</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://1.bp.blogspot.com/-mRvgoJL0ohM/TX8U-FgjFwI/AAAAAAAAEbo/VZoUQW5Bq_c/s220/photomobile%2B0.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-272337987890703271.post-3288539065778875655</id><published>2006-12-15T22:38:00.007+01:00</published><updated>2010-01-11T10:41:28.810+01:00</updated><title type='text'>LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE XV</title><content type='html'>&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;CHAPITRE XV&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;JUILLET 1970&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Au mois de Juillet 1970, soit un an exactement après l’exploit exceptionnel de la mission Apollo XI et quelques semaines avant le piteux record de Luna 16(X) censé permettre aux soviétiques d’arrêter de passer pour des cons plus longtemps dans les derniers soubresauts de la course aux étoiles, Antoine était donc réapparu sur le seuil du café de l’horloge qui n’avait pas encore changé de nom. En conséquence, ce fut alors ce brave Kane qui se chargea une dernière fois de servir le reporter de guerre dont il jura plus tard qu’il ne l’avait pas encore reconnu à ce moment-là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Luna 16 fut l’une des 24 missions d’un programme de voyages spatiaux inhabités lancées par l’Union soviétique entre 1959 et 1976. En septembre 1970, plus d’un an après le retour victorieux d’Apollo XI, Luna 16 réussit cette magnifique « performance » d’un retour automatique de 101 grammes d’échantillons de sol lunaire vers la terre. De sorte qu’à ce petit jeu du plus gros tas de cailloux ramassés dans l’espace, les américains l’emportèrent largement et sans aucune discussion possible, comptabilisant 382Kg de roches en 6 voyages habités, contre seulement 326 grammes dans le camp opposé. Oui, un sacré putain de caillou d’avance !&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le type fumait lorsqu’il était entré. Tony s’en souvenait très bien. Tony pouvait d’ailleurs corroborer tout ce qu’il avait écrit dans ses cahiers depuis ce jour-là : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les fragrances d’épices dans l’encadrement de la porte d’entrée lorsque la silhouette d’Antoine l’avait franchie de son allure exsangue. Cette fumée jaune sur son visage affreusement triste.&lt;/span&gt;.. Son côté vétéran du Vietnam qu’on devinait facilement à quelques signes caractéristiques cousus sur un sac qu’il portait à l’épaule. Tony se souvenait de tout, mais le flic sut tout de suite que cette tête de con n’avouerait jamais rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’était tout juste un an après qu’Antoine s’en fut allé pour son baptême du feu dans le golf du Tonkin. Un an jour pour jour après que Marie eut à quitter son amant sur le quai d’une gare, et avec cette certitude propre à ce qu’on appelle généralement l’intuition féminine, que son amant, son grand amour ne reviendrait pas. Ce jour, cette date du 21 juillet (202e jour de l’année du calendrier grégorien et 30e jour du Cancer(X) ) dont la jeune femme avait fini par se convaincre qu’elle lui portait la poisse à cause d’une sorte de déglinguage  du temps cosmique ou peut-être aussi d’un immense trou d’air dans l’ordre des planètes... À commencer par ce 21 juillet 1964 où Tony lui était tombé dessus sans prévenir, avec son air de ne pas y toucher... Son gentil maçon au début. Ses yeux roulés en boule et sa tête au carré. Un petit gars du bâtiment plutôt bien fait malgré sa taille réduite, qui avait su la faire jouir quatre ou cinq nuits durant, avec ses bras d’haltérophile et son sens du rythme, son instinct de la cadence qui faisait sa réputation auprès d’une catégorie d’employeurs spécialisés dans les constructions à bas prix, le début de l’immobilier low cost. Et puis tout s’était très vite enrayé : La naissance de Jules sous le signe des gémeaux, à cause d’un oubli, d’une petite erreur de calcul. (Ce troisième signe du zodiaque qui s’entendait plutôt mal avec les vierges à cause de leur côté timide, réservé ; leur sens de l’ordre, leur manie du tri, ce goût exacerbé pour l’organisation. Les vierges... que les Gémeaux trouvaient en général trop maniaques à leur goût !)  Tony et son nom de famille impossible à porter. « Chaumont... Un nom de ville... » Marie avait fini par détester jusqu’à son propre prénom collé devant. « Marie », un petit nom dont tout le monde prédisait qu’il finirait par tomber rapidement en désuétude à cause d’une connotation religieuse un peu cruche, son caractère de reine vierge ostensible complètement dépassée, d’immaculée conception... une pietà italienne dorée à l’or fin, son cul brossé à l’eau écarlate pour épater les corbeaux. Marie pensa alors à un &lt;span style="font-style: italic;"&gt;oiseau d’ébène&lt;/span&gt;... perché sur &lt;span style="font-style: italic;"&gt;le minuit lugubre&lt;/span&gt;... Marie Chaumont, arrêtée, plantée là par le bec d’un volatile baudelairien, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;un corbeau immuable&lt;/span&gt;. Marie éplorée, cabrée sur son lit de plumes atomiques !... mais bon, passons. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les ténèbres et rien de plus&lt;/span&gt;. Oui, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;cela seul et rien de plus&lt;/span&gt; avait à son tour répété Baudelaire à l’instigation d’Edgar Poe (Marie était folle d’Edgar Poe. Peut-être aussi parce qu’elle se trouvait une certaine ressemblance physique avec le portrait de Sarah Elmira Royster à 15 ans, le grand amour d’enfance du poète américain génial, l’inventeur dit-on, du roman policier qui l’avait éperdument aimée jusqu’à son dernier souffle. Plus tard, Marie avait aussi trouvé beaucoup de similitudes entre le seul visage connu de Sarah à 15 ans et Nathalie Portman à peu près au même âge, cette actrice qui interprétait la jeune Mathilda dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Léon&lt;/span&gt; le film de Luc Besson, aux côtés de Jean Reno). Ce 21 juillet, dont Marie avait lu quelque part que la date coïncidait encore à celle de cet incendie célèbre du temple d’Artémis à Éphèse, l’année 356 av JC ; ce jour, funeste, oui, de la naissance d’Alexandre le macédonien, l’incendiaire frustré de la magnifique Persépolis au royaume de Perse. Oui, une regrettable coïncidence pour l’héritage et la conservation du patrimoine culturel mondial. Mais depuis on avait l’UNESCO...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour arriver enfin à ce 21 juillet 1969 dans la nuit (cette sorgue glauque répandue sur l’écran perlé, ce goût amer qui lui restait collé au palais lorsqu’elle essayait de se rappeler d’abord ce fleuve brûlant, puis cette aube longue suintante sur sa peau).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- Cancer. 22 juin au 23 juillet. Un des signes les plus sensibles du zodiac et gouverné par la lune. La nature du Cancer est émotive, tendre et imaginative. Un signe attiré par le merveilleux, le mystique. Il recherche avant tout une forme d’aboutissement dans la sécurité sentimentale. Ceux du troisième décan présentent l’attrait d’une nature rêveuse, vaporeuse... et très stable en amour. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce 21 juillet 1969 au milieu de la nuit, où ce flic l’avait ramassée, disons juste avant 4 heures, après qu’une sorte de trou noir l’eut avalée complètement.... Cette drôle de nuit où Marie eût un peu de mal à mesurer concrètement qu’Antoine s’était fait la malle pour le Vietnam, et sans véritable promesse d’en revenir jamais... Ce jour, exactement, celui de son anniversaire. Ce 21 juillet qui commençait à peine alors qu’elle venait juste de tenter d’en finir une bonne foi pour toutes avec les lois universelles des conjonctions astrales, les histoires d’amour à dix balles, les leçons que tout le monde donne pour se rassurer du sort hasardeux des digues d’argile et des retenues d’eau dans l’air humide et poisseux des sentiments humains égarés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tony repensait à cette nuit-là lorsque le fils Beauregard, le petit Comte à son père, ses yeux bleu gris et sa longue tignasse blonde terminée en boucles sur une paire d’épaules kaki... fit son entrée au seuil d’un rideau de scène de bistrot pour jouer son dernier acte dans la vie de Marie. Cette nuit où il les avait suivis, elle, et ses talons aiguilles enfilés à la hâte par-dessus ses pieds nus, sa robe rose qu’il lui avait achetée aux Magasins Réunis grâce à des chantiers au noir, un peu de boulot non déclaré pour essayer de lui faire plaisir avec un bout de tissu très au-dessus de ses moyens ; lui, « ce sale petit con ! » et son Leica™ M6 attaché autour du cou, un modèle d’appareil photos mythique acheté flambant neuf. Ce fils de pute. Cette nuit, où il les avait vus s'étreindre sous la verrière métallique immense et blême. Deux corps affligés sur le quai N°2 en direction du Vietnam via une correspondance parisienne. Tony se souvenait de tout, mais ne voulait plus piper mot depuis cette vision d’un tableau tragique à l’endroit de son cœur fendu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Il était donc revenu. Ce fumier, cette saloperie d’enfant de putain était revenu pile comme il l’avait écrit dans sa dernière lettre !... » Antoine avait donc rappliqué pour elle, pour cette petite garce qui aurait certainement accouru au premier signe de ce crétin de Kane qui trempait dans leur combine depuis le début. Et elle aurait su, elle, sa propre femme, la femme de sa vie, la seule qu’il n’aurait jamais aimée... qu’Antoine était rentré de voyage rien que pour ses jolis yeux tristes mélangés à sa bouche pâle et à son petit nez retroussé ; ses cheveux peignés à la Vidal Sassoon qu’Antoine avait tant aimé caresser et son petit cul aussi ; c’est ça ! son petit cul et l’intérieur sucré de ses cuisses. Elle, Marie, une simple bonnetière à la chaîne sous-payée, une ouvrière assujettie aux tours de vice du grand capital le jour, et à la concurrence asiatique le restant de la nuit. De la main d’œuvre féminine à bon « Comte » (&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les Comtes™ père &amp;amp; fils&lt;/span&gt;...) L’un et l’autre, associés dans l’affaire d’un coup tordu de premier ordre et malgré qu’ils ne se soient jamais revus depuis la mort de Madeleine. Mais cette fois Tony ne se laisserait pas faire... Il avait prévu d’en découdre là, maintenant et sans plus attendre d’être une nouvelle fois humilié, rétrogradé au rang minable de conjoint trahi, déchu de fait, de tous ses droits exclusifs envers le grand amour de sa vie, son petit rayon de soleil rien qu’à lui, sa Juliette... sa seule et unique raison de vivre. Tony avait tout minutieusement préparé depuis la dernière lettre qu’il avait interceptée de ce trou du cul ; juste à temps pour tout prévoir dans les moindres détails. Un projet diabolique. Le dessein hideux d’une vengeance &lt;span style="font-style: italic;"&gt;blennorrhagique&lt;/span&gt; pestilentielle. Kane fut condamné à suivre sans discuter. « Ce sale maquereau... » Le patron avait fini par tout avouer : L’affaire d’une poste restante derrière le comptoir, les signes convenus du taulier à la gosse les jours de distribution. (Depuis près d’un an, Kane avait servi d’intermédiaire, comme qui dirait d’agent de liaison pour les beaux yeux de la môme Chaumont, son cœur épris pour « ce p’tit gars mûr au branle-bas, paré pour la bourlingue et les coups de suifs... Un qu’en avait encore un peu dans les claouis. Le genre qui n’avait pas froid aux yeux malgré ses cheveux longs... » Kane... l’ancien d’Algérie ; un de la 10e qui conservait la photo du général Massu sous la forme d’un retable à trois volets accroché derrière son rade, juste à côté du calendrier des postes. Ce qui pouvait aussi expliquer la manière qu’il avait eu d’agir dans l’intérêt d’un de ces « petits cons » prêts à s’enrôler dans le camp « des enfouraillés de première classe, pour ratiboiser du niac à la tonne et continuer de nettoyer la planète de toute la vermine communiste qui proliférait ». À l’époque, Antoine lavait laissé dire l’ancien para et gamberger à peu près sur tout ce que cette vieille saloperie de FAF voulait bien entendre à propos des motifs qui appuyaient son départ précipité ; voyant là, l’objet de son futur avantage assuré, comme pour celui de Marie...)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le type s’était assis, avait commandé une pression, déposé son Zippo® au logo embouti sur le zinc (un modèle hybride, regular en laiton chromé et au couvercle de 1968 soudé à l’étain sur un corps qu’on devinait plus ancien ; un bricolage de guerre qui faisait son petit effet sur les tables des troquets de l’arrière, les gargotes de planqués). Pétrifié derrière son bar, Kane fit d’abord mine de ne rien voir ni rien entendre... Au bout d’une minute qu’il ne se passât rien, Antoine pria le taulier un ton au-dessus, « s’excusant qu’il pût éventuellement ne pas avoir été entendu la première fois, au sujet d’un bock de gueuze qu’il croyait pourtant avoir commandé en entrant ». L’espèce de flibustier en treillis de l’armée américaine déjà en déroute dans le Sud-est asiatique, ce retrousseur de jupons, ce traficoteur de fleurs fragiles en plein come back... accompagna son exhortation d’un geste du bras dans la direction de ce faux derche de Kane, ramenant son poing fermé dans un court trajet circulaire dont n’importe quel barman aurait tout de suite pu saisi le sens évident. N’importe lequel... sauf ce blaireau de Kane, justement ! pétochard comme pas deux, dés qu’il s’agissait d’autre chose que de la ramener à propos de son tiroir-caisse ou de la main d’œuvre étrangère qui en bénéficiait. « Toutes ces feignasses qui rodaient dans les parages... cette équipe de cossards occupés au bistrot moyennant tout ce que le trésor public ramassait auprès des buvetiers honnêtes pour indemniser les poivrots d’importation. Ces saloperies de gauchistes, les rats ! Toutes ces foutues contributions... qui finiraient par le foutre sur la paille, lui et son commerce bien tenu », ce barbeau ». Tony comprit que c’était le moment. Saisit l’opportunité d’entreprendre le reporter sur le sujet de cette tronche de fion d’aubergiste de droite un poil sourdingue à cause d’un tir d’artillerie qui lui avait rasé les moustaches le jour d’une grande peignée en Afrique du nord. (Un tir manqué venu de l’arrière, alors qu’il essayait de raccorder la gégène aux testicules d’un harki croyant connecté le cerveau d’un fellaga au réseau électrique EDF™). Ce cave, cette tronche de gland, et con comme une cage d’escalier vide... Une entrée en matière comme une autre pour amorcer la conversation comme le plan l’avait anticipé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« T’as pigé ?... Tony s’était adressé à Antoine sous l’effet d’un demi-litre de whisky absorbé en moins d’une heure, et dans la méthode de l’Actor’s studio qu’il avait répétée pour réussir à exécuter son rôle d’ivrogne à la perfection.&lt;br /&gt;-Kane... T’as pas encore pigé ! Kane... c’est un nom bidon.&lt;br /&gt;-Vraiment ! Antoine vira juste un œil sur sa droite pour inspecter l’air franchement imbibé du pilier de comptoir assis à côté de lui.&lt;br /&gt;-Bein puisque je vous le dis ! » Tony s’était d’abord ravisé sur le procédé d’un tutoiement spontané qu’il jugeât plutôt inadéquat dans le contexte. « Kane...  poursuivit Tony. C’est pas son nom, c’est juste le truc marqué sur l’enseigne... la raison social de la distillerie, quoi ; une marque™ pour qu’on se rappelle le nom du tripot quand on a la bouche sèche... »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le maçon proposa de commander lui-même une bière de printemps qui faisait la réputation de la maison ; une Märzen™ (une bière allemande brassée au début de l’hiver et un peu difficile à caser passé le mois de juin).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Kane, putain !... Tire une Märzen à mon pote ! Tony hurlait à moitié.&lt;br /&gt;-Laissez, objecta le reporter. Je vais me débrouiller. Et puis je vais plutôt prendre une Kriek. »&lt;br /&gt;Antoine était resté tout à fait calme, malgré les vociférations de ce type un peu curieux dans sa façon de boire, oui, cocasse de lever le coude en forçant certainement sa vraie nature pour se faire remarquer. Il alluma une nouvelle cigarette, inhala plusieurs bouffées d’un seul coup.&lt;br /&gt;-Une Kriek ?!... Là, tu me déçois mon gars. Aussi vrai que je te vois, là, assis à côté de moi avec ton costard de camouflage et toute ta bijouterie professionnelle accrochée autour du cou. Une bibine au sucre... et pourquoi pas une Chartreuse, ou tiens ! un petit Genépi ?!... Hé, Bob... (Tony appelait souvent le patron « Bob » au lieu de Kane...) Mon pote voudrait que tu lui serves une de tes tisanes de pisseuse... Une bécasse...&lt;br /&gt;-Bon, ça va maintenant Tony. Tu commences à faire chier, là. Kane flipait comme un malade à l’idée que n’importe quoi pouvait partir en vrille à chaque instant. Tony reprit au point où il en était resté :&lt;br /&gt;-Gene Krantz... est-ce que vous connaissez ce Gene Krantz ? Un de ces types qui bossent pour la piste aux étoiles à Cap Canaveral... Ce grand cirque en Floride où l’Amérique s’envoie en l’air pour faire la nique aux ruskofs empêtrés dans leur résidence surveillée de Baïkonour au Kasakhstan... Bref ! tout le bataclan de cette sale pourriture de Nixon, cette bleusaille de la maçonnerie anglo-saxonne qui envoie des acrobates en combinaisons spatiales casser des cailloux sur la lune devant des caméras de télé. Gene Krantz... Le héro d’Apollo XIII... le mec qu’à réussi à sauver l’équipage de la mission le 13 avril dernier... après l’explosion du réservoir d’oxygène et alors que les gars s’apprêtaient à faire leur numéro sur la lune, le troisième en neuf mois. Ouais, et je sais pas si vous êtes superstitieux, mais bon, passons sur les chiffres... Le type était déjà le chef du vol historique numéro onze... Un bon cathodique... (sa langue avait fourché, alors qu’il voulait dire : un bon catholique) père de six enfants. J’ai tout vérifié dans les journaux ! Et bien je vais te raconter un truc, mon gars, aussi vrai que je m’appelle Chaumont, un putain de nom de ville paumée dans le département de la Haute-Marne, disons à mi chemin entre Châteauvillain et Bourdons-sur-Rognon ; en gros, sur la route de langres en venant de St Dizier, mais sans s’arrêter. Ouais, faut que t’entendes ça mon pote ! L’histoire se passe au mois de juillet l’année dernière. Ça fait pile un an aujourd’hui. Neil Amstrong, Aldrin... Tu te souviens de ces gars-là ?... Antoine tourna franchement la tête vers son voisin de bar, prolongeant son attitude un peu récalcitrante à son égard. Tu ne te souviens pas ? Je veux dire : vous n’avez même pas une petite idée ? Putain c’est quand même dingue ! Mais tout le monde... se souvient de ce truc incroyable ! Un américain sur la lune. La lune mon pote ! Putain de merde... On peut quand même pas oublier un truc pareil ! À moins que tu fasses partie des millions de cons qui n’ont toujours pas acheté de télé, et alors même ! t’aurais au moins dû entendre le son des conversations à la radio... Je sais pas moi ?! Un petit pas pour l’homme... Hé Bob... sers voir la suite bordel ! Bon, du coup j’ai perdu le fil... oui, voilà !... ce Gene... (je me souviens facilement de son nom parce que c’est le même que celui du prénom de la quille à Johnny Weissmuller dans Tarzan... le rôle de Jane Parker jouée par Maureen O'Sullivan en 1932). Excusez-moi, je m’éloigne un peu ; je vous parlais de ce Gene... un vétéran de l’Air force et de la Mc Donnell Aircraft. Le gars qui dirige tout le bastringue depuis la mission Gemini 4 en soixante-cinq. Et bien ce jour-là, à 20H17 UTC(X)... J’y arrive... ce con a failli tout faire capoter. C’est ça... À quelques mètres de l’objectif, à la date du 20 juillet 1969 vers 21H30 heure française, le ponte du centre Kennedy est sur le point de prend la décision de tout arrêter en plein direct télévisé à cause d’un ordinateur de bord qui chauffe un peu, et parce qu’il craint pour la vie de ses deux p’tits gars embarqués dans l’affaire la plus importante, la plus utile de l’histoire politique américaine et de celle du monde occidental depuis les expéditions de Vasco de Gama, de Colomb ou celles de Fernand de Magellan. Une vraie fiotte ! C’est en tout cas la version officielle rapportée par les journaux concernant cette péripétie du premier atterrissage sur la lune d’une capsule habitée. Un petit chefaillon tremblant de sueurs au moment d’accoucher, tu vois un peu le boulot ! La même jeune vierge effarouchée qui aurait donc permis à Lowel, Haise et Swigert de revenir sur terre sains et saufs il y a trois mois grâce à « son sang-froid exceptionnel, son sens affûté du commandement » et je ne sais quelles conneries qu’on raconte encore sur lui ; juste la même personne ! C’est à rien n’y comprendre mon pote ?! Mais je parle, je parle... et j’oublie ce qu’il y a de plus important. L’histoire du nom de baptême du troisième vol habité vers la lune... (j’ai tout gratté jusqu’à l’os, je te dis...) Le nom du vaisseau de commande d’Apollo XIII, le CSM... &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Odyssée&lt;/span&gt;... ça te dit rien non plus ? Odyssée... le nom de l’engin spatial, dans le film de Kubrick ! Ces cons ont poussé le bouchon jusqu’à appeler le vaisseau principal exactement comme dans celui du film... Ouais, et ben je vais t’dire : Ça m’a tout de suite fait penser à l’ordinateur qui était tombé en panne au pire moment de la mission Apollo XI... Tout comme &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Carl&lt;/span&gt;, le cerveau artificiel de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’odyssée de l’espace&lt;/span&gt; qui s’prend un sérieux coup de chaud aussi pendant son voyage vers Jupiter. C’est Dave... David Bowman qui arrive à débrancher la machine (Hal 9000 dans la version originale) pour reprendre les commandes juste à temps. La scène est magnifique. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Dave.&lt;/span&gt;.. répète avec lassitude le calculateur central pendant que le type dans sa combinaison d’astronaute orange est en train de lui déconnecter le cerveau. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Dave, Arrête Dave&lt;/span&gt;...  Une voix comme anéantie. Pendant de très longues minutes, on entend juste la respiration de David Bowman dans son casque. T’as pas vu le film non plus ! Le singe qui lance un tibia dans le ciel au début... le truc noir, la pierre de vie qui te déchire les tympans sur le prélude d’&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ainsi parlait Zarathoustra&lt;/span&gt;, le poème symphonique de Richard Strauss... Mais alors t’as rien vu ? Tu sais rien, t’as rien vu et t’as rien entendu non plus !... Un putain de scénario j’te dis... Et attends, c’est pas fini ! Le nom du LM qui a permis a Apollo XIII de rentrer en utilisant la force gravitationnelle de la lune comme accélérateur naturel, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Aquarius.&lt;/span&gt;.. Aquarius ça veut dire Verseau en français, le signe du Zodiac... Faut que je te fasse un dessin ? Tu t’intéresses pas non plus à l’astrologie ?!... Bon, alors vas-y, qu’est-ce que tu penses de tout ça mon pote. Ça t’en bouche un coin, non ?! Arthur Clarke, Asimov, Lovecraft et George Orwell réunis n’auraient pas fait mieux. C’est ce que je dis, moi... Hé Bob, ramène un peu ta gueule ici qu’on cause un peu vrai avec le monsieur. Fais donc péter le diesel... »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;-X- UTC pour Temps Universel Codé... le mode de calcul de référence adopté par une majorité des pays pour définir l’heure civile de manière précise. Le 1er janvier 1970 à 00:00:00, naîtrait aussi le Temps Unix, plus généralement appelé l’époque POSIX. Une méthode de comptabilité du temps écoulé destinée à s’adapter à l’ère numérique de l’information.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Antoine ne broncha pas, dégagea juste ses boucles blondes élimées de devant ses yeux cernés avant d’écraser sa clope dans un cendrier Berger jaune. On entendit Johann Strauss (fils) en fond sonore dans une paire d’enceintes en bois de noyer naturel. Bob descendit très légèrement le volume sonore de son ampli à lampes et poursuivit son vieux truc de nettoyer les verres pour ne pas avoir à rester debout comme un con, les bras croisés sans rien faire, en arrière plan de l’action principale... Le photographe de guerre chercha quelque chose d’un peu intelligent à répondre à son voisin et pour faire mine de s’intéresser au moins par politesse. Une question d’éducation.&lt;br /&gt;« Vous vous passionnez pour la conquête de l’espace ?&lt;br /&gt;-En quelque sorte. Ouais c’est ça, à l’espace... c’est tout à fait ça.&lt;br /&gt;-Voyez-vous, j’ai longtemps été absent et, la lune, les missions Apollo comme vous dites... bien sûr ! mais là où j’étais, enfin... c’est assez difficile de vous expliquer dans le détail et franchement, il faut tout de même que je vous dise : j’en ai vraiment rien à foutre, moi, de vos ordinateurs qui pètent les plombs à plus de 300 000 kilomètres de la terre ou de je ne sais quel agent de service miteux, embauché par Hollywood pour se payer la tête de la planète entière avec son petit veston cousu main et sa tronche de G.I. sur le retour.&lt;br /&gt;-Pas Hollywood... Disney !&lt;br /&gt;-Quoi ?&lt;br /&gt;-Non, je disais juste, c’est avec Disney que tout a commencé.&lt;br /&gt;-Mais qu’est-ce que vous me raconter encore ?!... Qu’est-ce que ce Disney a à voir là-dedans ?&lt;br /&gt;-Je dis que c’est comme ça que tout a commencé, c’est tout.&lt;br /&gt;Werner Von Braun, l’ingénieur allemand, le commandant SS passé dans le camp américain en 44... Un SS... l’actuel administrateur adjoint de l’agence spatiale ; le père des V2...&lt;br /&gt;-Oui...&lt;br /&gt;-Et bien c’est lui qui est à l’origine de cette histoire avec l’oncle Walt, ce Von Braun. Le type dirigeait les chaînes de montage de missiles balistiques dans le camp de Norhausen-Dora lorsque les américains et les russes ont enfin réussi à foutre sur la gueule des boches.&lt;br /&gt;-Et alors ?&lt;br /&gt;-Et bien Von Braun, qui s’était rendu de lui-même aux alliés afin de poursuivre son rêve de conquête dans le camp des vainqueurs, mais voyant qu’Eisenhower se foutait complètement de la possibilité de développer un programme astronautique aux Etats-Unis, s’est alors tourné vers les studios de Walt Disney pour populariser son idée d’envoyer des hommes sur la lune. Quelques films ont suffi pour que l’idée de l’ex officier SS remporte un succès considérable auprès du public américain. C’est comme ça que la NASA est née mon pote. Un coup de Mickey les grandes oreilles et d’un de ces petits nazis prétentieux.&lt;br /&gt;-Mickey, dites-vous ?!... Oui, effectivement, c’est intéressant ! mais j’attends quelqu’un voyez-vous. Et franchement, je n’avais pas obligatoirement prévu de refaire l’histoire de la conquête spatiale aujourd’hui avec vous. Ni d’aucune sorte d’histoire d’ailleurs. Comment disiez-vous déjà que vous vous appeliez... mon pote ?! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(À SUIVRE)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/272337987890703271-3288539065778875655?l=lecoupdechaud.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/feeds/3288539065778875655/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=272337987890703271&amp;postID=3288539065778875655' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/3288539065778875655'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/272337987890703271/posts/default/3288539065778875655'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lecoupdechaud.blogspot.com/2006/12/le-coup-de-chaud-chapitre-xv.html' title='LE COUP DE CHAUD / CHAPITRE XV'/><author><name>jean-Luc Gantner</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://1.bp.blogspot.com/-mRvgoJL0ohM/TX8U-FgjFwI/AAAAAAAAEbo/VZoUQW5Bq_c/s220/photomobile%2B0.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry></feed>
